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Chapitre 1 L'accord Katia Je me suis rĂ©veillĂ©e au son de gens qui chantaient faux. — Joyeux anniversaire... J’ai clignĂ© des yeux, la lumiĂšre du soleil filtrait Ă  travers les rideaux, et mon cerveau avait du mal Ă  redĂ©marrer. Les voix devenaient plus fortes, et pendant une seconde, j’ai cru que je rĂȘvais. Un rĂȘve vraiment bizarre, tout faux. — Joyeux anniversaire, Katia... La porte de ma chambre s’est ouverte en grand. Je me suis redressĂ©e si vite que la couverture s’est emmĂȘlĂ©e autour de mes jambes comme un piĂšge. Ma vue s’est ajustĂ©e juste Ă  temps pour voir une petite procession entrer dans la piĂšce : Delia en tĂȘte avec un cupcake sur un plateau, mon pĂšre derriĂšre elle, tĂ©lĂ©phone levĂ© comme s’il filmait une vidĂ©o d’otage, et puis, ma mĂšre, qui souriait. J’ai failli m’étouffer : ma mĂšre ne m’a jamais souri. — Joyeux anniversaire, mon cƓur, dit-elle ; sa voix Ă©tait douce et artificielle, comme si elle l’avait parfumĂ©e avant de la laisser sortir. Je la fixai comme si une deuxiĂšme tĂȘte lui avait poussĂ©. Parce que voilĂ  : Martha ne fĂȘtait pas les anniversaires. Pas les miens, en tout cas. Delia, si. ThĂšmes princesse, ballons, robes neuves, et un chƓur de parents qui faisaient semblant de s’aimer. Moi, j’avais les silences gĂȘnĂ©s et des cartes achetĂ©es Ă  la station-service Ă  la derniĂšre minute. Une fois, j’ai eu un aspirateur. J’avais douze ans. Alors ça ? Ça sentait le piĂšge. — Euh... merci ? bĂ©gayai-je d’une voix rauque, mĂ©fiante. Delia posa le plateau sur mes genoux comme une offrande de paix. — C’est moi qui ai fait le cupcake, dit-elle d’une voix mielleuse, ce qui voulait dire que la femme de mĂ©nage l’avait sans doute fait pendant que Delia supervisait un verre de vin Ă  la main. Je baissai les yeux. Vanille, glaçage blanc, et une bougie esseulĂ©e plantĂ©e au milieu comme une fusĂ©e de dĂ©tresse. — Souffle, dit gaiement mon pĂšre, mais ses yeux faisaient ce truc qu’ils font quand il est nerveux : ils furetaient partout comme s’ils cherchaient une sortie. Je plissai les yeux. — D’accord, sĂ©rieux. Qu’est-ce qui se passe ? Ma mĂšre eut un petit rire, comme si j’étais ridicule d’avoir les bons instincts. Elle s’assit au bord du lit, lissant la couette comme si elle l’avait dĂ©jĂ  touchĂ©e. — Tu as vingt ans maintenant, dit-elle doucement. C’est un Ăąge trĂšs important. — Cool, dis-je, pas impressionnĂ©e. Je dois me prĂ©parer Ă  un sĂ©minaire fiscal ou quoi ? Delia gloussa. Papa toussa. Ma mĂšre continua, imperturbable. — Tu es une femme maintenant, Katia. Et ton pĂšre et moi avons quelque chose de trĂšs excitant et trĂšs important Ă  te dire. VoilĂ . Le dard dans le glaçage. Le piĂšge sous le ruban. Je me redressai un peu plus. — D’accord... Elle me regarda comme si elle s’apprĂȘtait Ă  me poser un diadĂšme sur la tĂȘte. — Tu as Ă©tĂ© choisie pour Ă©pouser Julian Windsor. La piĂšce n’a pas sombrĂ© dans le silence ; elle a sonnĂ© creux. Pendant une seconde, je n’ai mĂȘme pas rĂ©ussi Ă  traiter les mots. Je l’ai fixĂ©e, attendant la chute, une Ă©quipe de tournage, n’importe quoi. — Qui ? demandai-je, alors que j’avais trĂšs bien entendu. — Julian Windsor, rĂ©pĂ©ta-t-elle comme si l’idiote, c’était moi. L’hĂ©ritier Windsor. Leur famille s’intĂ©resse Ă  une alliance depuis des annĂ©es. Tu as Ă©tĂ© fiancĂ©e Ă  seize ans. — Quoi ?! — On ne voulait pas te submerger Ă  l’époque, dit penaud mon pĂšre. — À l’époque ? Tu veux dire quand j’avais seize ans ?! Le sourire de ma mĂšre ne vacilla pas. — C’était un mariage stratĂ©gique. Sa famille est trĂšs discrĂšte. TrĂšs puissante. C’est une bonne chose, Katia. Tu as une chance incroyable. Chanceuse ? Comme si c’était un lot. Comme si j’étais censĂ©e sauter de joie parce que j’étais le ticket d’or d’une loterie de reproduction de milliardaires. — Je ne l’ai mĂȘme jamais rencontrĂ©, dis-je, toujours en train d’essayer d’encaisser l’horreur dĂ©contractĂ©e qu’elle venait de me lĂącher comme un sujet de brunch. — Delia non plus, rĂ©pondit-elle avec aisance. Mais si les choses avaient Ă©tĂ© diffĂ©rentes, c’est elle qui l’aurait Ă©pousĂ©. Tu devrais ĂȘtre reconnaissante que ce soit toi. — Waouh, marmonnai-je. Que c’est gĂ©nĂ©reux de ta part, MĂšre. Delia s’adossa au montant du lit, enroulant une mĂšche autour de son doigt. — Il paraĂźt qu’il est vraiment trĂšs beau. Et riche. Genre... riche riche. Les Windsor possĂšdent, genre, tout. Des casinos. Du pĂ©trole. Peut-ĂȘtre un vaisseau spatial ? Je n’en sais rien. Ils sont ultra secrets. — GĂ©nial, lĂąchai-je sĂšchement. Donc j’épouse un fantĂŽme de gosse de riche, et tu sais ça comment ? Les yeux de ma mĂšre se durcirent, juste une seconde. — Ne fais pas ta comĂ©die, dit-elle. Il est bien rĂ©el. Et ils t’ont choisie. Ça devrait vouloir dire quelque chose. — Non, dis-je. Ce qui veut dire quelque chose, c’est que vous avez attendu quatre ans pour me dire que j’étais promise Ă  un parfait inconnu, comme dans une vente aux enchĂšres mĂ©diĂ©vale. — On s’est dit qu’on attendrait que les Windsor nous contactent, dit mon pĂšre en s’éclaircissant la voix. Et... c’est fait. Je le fixai. — Tu veux dire que c’est pour maintenant ? — Ils ont prĂ©vu une rencontre dans quelques semaines, dit ma mĂšre. Il y aura un dĂźner. Des formalitĂ©s. Vous ferez connaissance avant que les fiançailles soient rendues publiques. Publiques ? Bien sĂ»r. Parce que ce n’était pas une relation. C’était un communiquĂ© de presse en attente de publication. — Je n’arrive pas Ă  y croire, dis-je d’une voix plate. Vous ne m’avez mĂȘme pas demandĂ© mon avis. — On ne demande pas pour des opportunitĂ©s comme celle-lĂ , dit fermement ma mĂšre. On les accepte. VoilĂ  son vrai ton. Le masque glissait. Ce n’était plus la mĂšre souriante avec un cupcake. C’était la PDG de cette famille, et moi, une acquisition ratĂ©e qu’on forçait Ă  fusionner. Je sortis du lit et repoussai le plateau de mes genoux. Le cupcake bascula, la bougie Ă©talant du glaçage sur la couverture comme une couche de mensonges blancs. — J’ai besoin de prendre l’air, dis-je. Ma mĂšre se leva. — Katia, ne sois pas ridicule— — Non. J’ai besoin de rĂ©flĂ©chir. Je vais Ă  Vegas. Ça la prit de court. — Vegas ? — Juste un week-end, mentis-je. Pour me vider la tĂȘte. Vous voulez que j’épouse un inconnu ? TrĂšs bien. Mais laissez-moi d’abord un moment de libertĂ©. Elle avait l’air prĂȘte Ă  rĂ©pliquer, mais mon pĂšre posa la main sur son bras. — Laisse-la partir. Elle se ravisera. Je vis la guerre silencieuse se jouer sur son visage. Au final, le contrĂŽle a gagnĂ©. Parce qu’elle pensait l’avoir dĂ©jĂ  en poche. — TrĂšs bien, dit-elle, avec ce sourire atroce qui revenait. Va. Prends du temps. Mais n’oublie pas ce qui t’attend Ă  ton retour. Je n’ai pas rĂ©pondu. Je faisais dĂ©jĂ  ma valise Ă  la seconde oĂč la porte s’est refermĂ©e. Ils croyaient me laisser de l’espace. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que je n’allais pas Ă  Vegas pour prendre l’air. J’y allais pour la vitesse. Chapitre 2 La Pilote et la cerise sautĂ©e ~Katia~ La chaleur de Vegas m’a frappĂ©e comme une vague dĂšs que j’ai posĂ© le pied hors du jet privĂ©. La piste ondulait sous le soleil de fin d’aprĂšs-midi. J’ai plissĂ© les yeux derriĂšre mes lunettes, dĂ©jĂ  Ă  moitiĂ© attentive aux pings des mises Ă  jour sur mon tĂ©lĂ©phone jetable chiffrĂ© pour les courses. Six heures avant le dĂ©part, et mon cƓur battait la chamade. Mais je n’étais pas nerveuse. J’avais faim. La Rolls Royce Ghost noire qui m’attendait devant le hangar n’était pas discrĂšte, mais rien dans ce voyage ne devait l’ĂȘtre. Mon Ă©quipe m’a accueillie comme une PDG dĂ©barquant pour une OPA hostile. Je n’ai rien dit ; ils savaient pourquoi j’étais lĂ . Cette course clandestine, ce n’était pas une embrouille de coin de rue. C’était l’élite de l’élite, invitations fermĂ©es, accĂšs chiffrĂ©, et assez de voitures de luxe pour faire passer une grille de Formule 1 pour un parc d’occasions. Ils l’organisaient sur un ancien aĂ©rodrome dĂ©saffectĂ© Ă  la sortie de la ville. Vu du ciel, ça avait l’air abandonnĂ©. Vu du sol ? Un colisĂ©e nĂ©on, vibrant de bruit, de chaleur et de fric. Ma voiture Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ . Une Aston Martin Valkyrie AMR Pro bleu nuit, personnalisĂ©e jusqu’au dernier boulon. Le moteur ronronnait comme un lion en cage. J’ai passĂ© la main sur le capot, laissant la vibration remonter dans mon bras. Cette machine Ă©tait faite pour gagner. Comme moi. Je me suis changĂ©e au fond de la remorque, j’ai enfilĂ© ma combinaison noire mate, moulante, faite de matĂ©riaux qui valent plus cher que la maison de certains. Le casque Ă©tait tout noir, avec juste une fente de visiĂšre rouge vif. Pas besoin que les gens voient mon visage. Ils ne le mĂ©ritaient pas. Quand j’ai mis le pied sur le tarmac, l’endroit Ă©tait vivant. Des centaines de personnes longeaient les barriĂšres, des gosses de riches en plein fantasme Fast & Furious, des pilotes aguerris qui avaient misĂ©s de l’argent qu’ils n’avaient pas. Les flashes crĂ©pitaient, des basses cognaient depuis des enceintes grosses comme des camions. Des drones bourdonnaient au-dessus, captant chaque mouvement. Mais tout le monde s’est retournĂ© quand quelqu’un est arrivĂ©. Je parie que c’était le fameux Jules. McLaren Sabre argent. Finitions chromĂ©es, ailerons noirs. Le son du moteur Ă©tait si grave qu’il alourdissait l’air. Il en est sorti comme un fantĂŽme d’acier. Son casque reflĂ©tait le mien, sans visage, illisible. Il ne m’a pas regardĂ©e, pas directement, mais j’ai senti son attention comme de l’électricitĂ© statique sur ma peau. Tout le monde connaissait Jules, mais personne ne savait qui il Ă©tait, ni Ă  quoi il ressemblait. Il n’avait jamais perdu. Pas une seule fois. Pas en trois ans. Son nom Ă©tait synonyme de trouille sur la piste. Pas seulement parce qu’il Ă©tait rapide. Mais parce qu’il donnait l’impression aux autres d’ĂȘtre Ă  l’arrĂȘt. Je n’étais pas venue Ă  Vegas pour des vacances. J’étais venue pour mettre fin Ă  sa sĂ©rie. La voix du speaker a rĂ©sonnĂ© dans les haut-parleurs. — Mesdames et messieurs... voilĂ  celle que vous attendiez. La Reine du Strip contre le Roi FantĂŽme. Catwoman. Jules. Une course, un vainqueur. La foule a hurlĂ©. Les camĂ©ras ont fouettĂ© l’air entre nous. Je suis montĂ©e dans ma voiture et je me suis sanglĂ©e, laissant le silence du cockpit m’engloutir. Mes mains ont glissĂ© sur le volant comme si je touchais quelque chose de sacrĂ©. Le monde dehors n’existait plus. Il n’y avait plus que la route, le moteur et la ligne d’arrivĂ©e. Les feux sont passĂ©s au rouge. Puis au jaune. Puis au vert, et je me suis Ă©lancĂ©e. La force G m’a cueillie comme un coup de poing en plein torse. Ma vision s’est rĂ©trĂ©cie quand j’ai pris le premier virage, les pneus hurlant sur l’asphalte. Il Ă©tait lĂ , toujours lĂ , comme une ombre collĂ©e Ă  mon rĂ©tro. Chaque virage, il rĂ©pondait. Chaque accĂ©lĂ©ration, il suivait. Mais je l’avais Ă©tudiĂ©. Je savais comment il prenait ses courbes. Je savais oĂč il hĂ©sitait d’une milliseconde. Et ce soir, je ne faisais pas que courir ; j’attaquais. On a avalĂ© le premier tour en moins d’une minute. Le deuxiĂšme s’est fondu dans les flammes au bord de piste, l’odeur de gomme brĂ»lĂ©e et le vacarme assourdissant des chants. Mon pouls s’est calĂ© sur le grondement de mon moteur. Au troisiĂšme tour, j’ai tentĂ©. Il est parti Ă  gauche, j’ai coupĂ© Ă  l’intĂ©rieur et cessĂ© le vibreur, frĂŽlant la barriĂšre Ă  quelques centimĂštres. La voiture a tremblĂ©. Mes dents ont claquĂ©. Mais j’ai pris l’avantage. La foule a explosĂ©. La derniĂšre ligne droite, c’était le chaos — cous tendus, paris hurlĂ©s, des gens en train de filmer l’Histoire avec des mains qui tremblaient. J’ai gardĂ© le pied au plancher. Pas de peur. Pas de pitiĂ©. La ligne d’arrivĂ©e m’a foncĂ© dessus. Je l’ai franchie la premiĂšre. Avec 0,7 seconde d’avance. J’ai plantĂ© les freins et fait glisser la voiture en demi-drift avant qu’elle ne s’immobilise. Mon souffle venait par saccades, et pendant une seconde, je n’ai pas bougĂ©. J’ai laissĂ© l’info s’imprimer. Je venais de battre Jules. La grande lĂ©gende invaincue. Et je l’avais fait chez lui. Je suis sortie lentement. Les camĂ©ras ont affluĂ©. Les fans ont hurlĂ©. Mais je n’ai pas enlevĂ© mon casque. J’ai levĂ© une main gantĂ©e vers la foule et je me suis Ă©loignĂ©e. Il m’a regardĂ©e. Il a levĂ© deux doigts contre son casque et m’a saluĂ©e d’un geste lent, presque amusĂ©. Puis il a tournĂ© les talons et s’est fondu dans la foule. Il avait disparu quand j’ai voulu le revoir. Pas de confrontation. Pas de poignĂ©e de main. Classique, mais je m’en fichais. J’avais fait ce que personne d’autre n’avait pu faire. Et j’avais besoin d’un verre. Le bar Ă©tait planquĂ© dans le genre d’hĂŽtel de luxe que seul le vieil argent peut se payer — marbre au sol, ascenseurs en verre, cocktails plus chers qu’une paire de pompes. Je me suis assise Ă  la table du coin, en petite robe noire. Mes fringues de route et le casque verrouillĂ©s dans la voiture, les yeux planquĂ©s derriĂšre des lunettes de crĂ©ateur. J’ai commandĂ© un truc costaud, peu importe quoi. À la moitiĂ© de mon deuxiĂšme verre, ils se sont pointĂ©s — deux types. Vingt-cinq, vingt-huit ans, costumes dĂ©faits, confiance poussĂ©e Ă  fond. Riches, clairement. L’un avait un sourire en coin sombre qui collait mal Ă  sa dĂ©tente apparente. L’autre, le genre qui n’a pas besoin d’essayer pour ĂȘtre charmant ; ça arrive tout seul. — On peut s’asseoir ? J’ai haussĂ© les Ă©paules. — C’est Vegas, non ? Ils se sont glissĂ©s dans la banquette et ont commencĂ© Ă  parler. Je n’écoutais pas les mots. J’avais juste besoin de bruit. Un truc pour noyer mes pensĂ©es. On a bu. Plus que de raison. Je n’ai pas demandĂ© de prĂ©noms. Eux non plus. Entre un fou rire et le sol qui commençait Ă  tanguer, j’ai senti une main frĂŽler la mienne. Chaude. Douce. Pas pressĂ©e. Juste lĂ . Je ne l’ai pas retirĂ©e. Au contraire, j’ai attrapĂ© sa main et je l’ai emmenĂ© sur la piste. On a dansĂ©, mais je ne sais pas ce qui m’a pris ; peut-ĂȘtre l’alcool, mais je me collais Ă  lui. Peut-ĂȘtre le fameux — ce qui se passe Ă  Vegas reste Ă  Vegas. Il Ă©tait dur, je me suis retournĂ©e et je lui ai ri au nez. — Des ennuis, a-t-il soufflĂ© en m’attrapant la main pour m’entraĂźner dehors. On est montĂ©s sur le toit, un hĂ©lico nous attendait. Il m’a fait monter. Le pilote n’a mĂȘme pas levĂ© les yeux. L’homme m’a embrassĂ©e ; j’ai commencĂ© par lui enlever sa chemise. Il m’a regardĂ©e comme s’il me plaignait. Mais je continuais Ă  me frotter Ă  sa partie sensible pendant qu’on s’embrassait. — Je crois que mon pote a mis quelque chose dans nos verres ; j’ai juste envie lĂ , tout de suite. — Faisons-le. Je n’en revenais pas d’entendre ma propre voix, mais je voulais qu’il me prenne. Il se glisse sur moi, cale son genou pour m’écarter les jambes, et sa main remonte ma cuisse, passe sur le tissu fin comme du papier de ma robe noire. Je me tortille sous lui, ça semble l’encourager, et je sens sa duretĂ© heurter mon bassin. Son souffle chaud trace une ligne le long de mon cou. — Je veux ĂȘtre doux, mais je n’y arrive pas. Le truc est trop fort, chuchote-t-il. — Ne t'arrĂȘte pas, je t’en prie, ai-je suppliĂ©. — J'y suis presque ; tu me rends tellement dur, princesse, dit-il. On est arrivĂ©s Ă  un hĂŽtel ; il me tenait comme un trophĂ©e. — On se marie ? a-t-il demandĂ©, et j’ai hochĂ© la tĂȘte. On a achetĂ© une bague pour homme. — Et la mienne ? ai-je demandĂ©, et il a ri. — Dans ma chambre d’hĂŽtel. La tienne est spĂ©ciale, dit-il, et un homme est arrivĂ© avec des papiers et on a tous les deux signĂ©. Je ne sais pas ce que je signais, j’ai juste signĂ©. Chapitre 3 Je vais jouir en toi ~Katia~ — Tu sais comme j’ai dĂ» me retenir ? Je ne rĂ©pondis pas. Mon esprit Ă©tait encore embrumĂ© par tout ce qui venait de se passer. Je ressentais une Ă©trange tension dans tout mon corps. Il me porta dans ses bras, comme une mariĂ©e, et me conduisit Ă  sa chambre d’hĂŽtel. — Maintenant, je peux enfin ĂȘtre avec toi comme je le veux, parce que tu es ma femme, princesse. La chambre Ă©tait sombre. Je ressentais mille choses Ă  la fois ; je doutais mĂȘme de me souvenir de mon prĂ©nom Ă  ce stade. Il me dĂ©posa sur le lit. Son doigt glissa sur mes lĂšvres avant que sa bouche ne frĂŽle mon cou. Je frissonnai. Mon esprit oscillait entre trouble, Ă©motion et confusion. — J’adore ton corps, ma femme. Il remonta lĂ©gĂšrement ma robe. — Je n’arrivais plus Ă  attendre de t’avoir prĂšs de moi. Depuis l’hĂ©lico, je ne pense qu’à ça. Je veux que tu t’en souviennes. Ses paroles me traversĂšrent de part en part. Je sentis la chaleur envahir mon visage. — Tu es magnifique. Je n’eus pas le temps de rĂ©pondre. Tout semblait aller trop vite. Les battements de mon cƓur rĂ©sonnaient dans mes oreilles tandis qu’il continuait de me couvrir d’attention. — Regarde-moi, ma femme. J’essayai de parler, mais aucun mot ne vint. Le temps semblait se dĂ©former autour de nous. Je me sentais Ă©tourdie, emportĂ©e dans un tourbillon de sensations et d’émotions contradictoires. Il retira ma robe, puis se dĂ©barrassa de ses propres vĂȘtements. Lorsqu’il se rapprocha davantage, je retins mon souffle. Mon esprit se dispersa un instant tandis qu’il m’attirait contre lui. — Tellement parfaite, murmura-t-il. Il continua de me serrer contre lui, multipliant les gestes tendres et possessifs. Peu Ă  peu, la confusion laissa place Ă  une Ă©trange sensation de sĂ©curitĂ©. Puis il me redressa contre lui. Je m’accrochai Ă  ses Ă©paules tandis qu’il me maintenait prĂšs de lui. Tout semblait irrĂ©el, comme un rĂȘve dont je n’arrivais plus Ă  distinguer les contours. — Je vais prendre soin de toi, princesse. Sa voix Ă©tait basse, presque rassurante. La nuit s’étira sans que je sois capable de mesurer le temps. Les heures s'effacĂšrent dans un mĂ©lange de fatigue, d’émotions et de proximitĂ©. Lorsque le sommeil finit par nous emporter, je ne savais mĂȘme plus Ă  quel moment cela Ă©tait arrivĂ©. Le matin me frappa avec un soleil cruel et un mal de tĂȘte insupportable. Je me rĂ©veillai dans une chambre que je ne reconnaissais pas. La piĂšce respirait le luxe et portait encore les traces d’une nuit agitĂ©e. Une odeur de parfum coĂ»teux flottait dans l’air. Ma tĂȘte battait. Mon corps me faisait mal. J’étais nue sous les draps, emmĂȘlĂ©e dedans comme si j’y avais Ă©tĂ© abandonnĂ©e. À cĂŽtĂ© de moi, un homme dormait. Un inconnu. La panique me saisit immĂ©diatement. Je n’arrivais mĂȘme pas Ă  le regarder. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas associer un visage Ă  cette nuit dont je ne gardais presque aucun souvenir. Je me redressai trop vite et une douleur traversa le bas de mon corps. Je retins un souffle et resserrai les draps autour de moi. Tout Ă©tait endolori. Mes jambes semblaient lourdes et douloureuses. Je cherchai ma robe du regard. Elle gisait sur le sol, froissĂ©e et imprĂ©gnĂ©e de fumĂ©e. Je l’enfilai en grimaçant Ă  chaque mouvement. Mes talons reposaient prĂšs de la porte. J’avançai vers eux lentement, comme si je rĂ©apprenais Ă  marcher. Qu’est-ce qui s’est passĂ© hier soir ? Je me souvenais de la course. De la victoire. Du rugissement de la foule. Je me souvenais ĂȘtre allĂ©e boire un verre pour fĂȘter ça. Puis un autre. Et encore un autre. Deux hommes Ă©taient venus me parler. Leurs visages Ă©taient flous. AprĂšs cela ? Le nĂ©ant. Quelques Ă©clats de rire. Peut-ĂȘtre une partie de billard. Peut-ĂȘtre de la tequila. Puis plus rien. Seulement les douleurs. Seulement cet inconnu. Seulement cette chambre inconnue. Je rĂ©cupĂ©rai mon sac prĂšs du canapĂ© et quittai la piĂšce sans me retourner. Je ne voulais pas le rĂ©veiller. Je ne voulais pas l’entendre parler. Je ne voulais pas savoir qui il Ă©tait. Je rejoignis ma voiture et retournai Ă  mon hĂŽtel comme un fantĂŽme. Une fois dans ma suite, je me prĂ©cipitai sous la douche. L’eau chaude coula sur ma peau, mais elle ne parvenait pas Ă  effacer le malaise qui me collait Ă  la peau. Ma poitrine Ă©tait serrĂ©e. Mes yeux brĂ»laient. Puis quelque chose de froid heurta ma joue. Je baissai les yeux vers ma main gauche. Mon souffle se coupa. Une bague. Je portais une bague. Ce n’était pas un simple bijou. Elle brillait. Elle semblait prĂ©cieuse. Importante. DĂ©finitive. — C’est quoi ce dĂ©lire ? murmurai-je. Je sortis prĂ©cipitamment de la douche. Mes mains tremblaient tandis que j’examinais l’anneau. Il avait l’air authentique. TrĂšs cher. Beaucoup trop cher. Mais je ne me souvenais de rien. Ni d’une demande. Ni d’une cĂ©rĂ©monie. Ni mĂȘme d’un Ă©change de vƓux. J’enfilai des vĂȘtements Ă  la hĂąte et quittai ma chambre pour retrouver cet homme. N’importe quel indice aurait fait l’affaire. Mais je ne me rappelais rien. Aucun nom. Aucun visage. Aucune chambre. MĂȘme si je le croisais dans le hall, je serais incapable de le reconnaĂźtre. — Bordel..., murmurai-je en me tenant la tempe. Je ne me souvenais de rien.

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Chapitre 1 L'accord Katia Je me suis rĂ©veillĂ©e au son de gens qui chantaient faux. — Joyeux anniversaire... J’ai clignĂ© des yeux, la lumiĂšre du soleil filtrait Ă  travers les rideaux, et mon cerveau avait du mal Ă  redĂ©marrer. Les voix devenaient plus fortes, et pendant une seconde, j’ai cru que je rĂȘvais. Un rĂȘve vraiment bizarre, tout faux. — Joyeux anniversaire, Katia... La porte de ma chambre s’est ouverte en grand. Je me suis redressĂ©e si vite que la couverture s’est emmĂȘlĂ©e autour de mes jambes comme un piĂšge. Ma vue s’est ajustĂ©e juste Ă  temps pour voir une petite procession entrer dans la piĂšce : Delia en tĂȘte avec un cupcake sur un plateau, mon pĂšre derriĂšre elle, tĂ©lĂ©phone levĂ© comme s’il filmait une vidĂ©o d’otage, et puis, ma mĂšre, qui souriait. J’ai failli m’étouffer : ma mĂšre ne m’a jamais souri. — Joyeux anniversaire, mon cƓur, dit-elle ; sa voix Ă©tait douce et artificielle, comme si elle l’avait parfumĂ©e avant de la laisser sortir. Je la fixai comme si une deuxiĂšme tĂȘte lui avait poussĂ©. Parce que voilĂ  : Martha ne fĂȘtait pas les anniversaires. Pas les miens, en tout cas. Delia, si. ThĂšmes princesse, ballons, robes neuves, et un chƓur de parents qui faisaient semblant de s’aimer. Moi, j’avais les silences gĂȘnĂ©s et des cartes achetĂ©es Ă  la station-service Ă  la derniĂšre minute. Une fois, j’ai eu un aspirateur. J’avais douze ans. Alors ça ? Ça sentait le piĂšge. — Euh... merci ? bĂ©gayai-je d’une voix rauque, mĂ©fiante. Delia posa le plateau sur mes genoux comme une offrande de paix. — C’est moi qui ai fait le cupcake, dit-elle d’une voix mielleuse, ce qui voulait dire que la femme de mĂ©nage l’avait sans doute fait pendant que Delia supervisait un verre de vin Ă  la main. Je baissai les yeux. Vanille, glaçage blanc, et une bougie esseulĂ©e plantĂ©e au milieu comme une fusĂ©e de dĂ©tresse. — Souffle, dit gaiement mon pĂšre, mais ses yeux faisaient ce truc qu’ils font quand il est nerveux : ils furetaient partout comme s’ils cherchaient une sortie. Je plissai les yeux. — D’accord, sĂ©rieux. Qu’est-ce qui se passe ? Ma mĂšre eut un petit rire, comme si j’étais ridicule d’avoir les bons instincts. Elle s’assit au bord du lit, lissant la couette comme si elle l’avait dĂ©jĂ  touchĂ©e. — Tu as vingt ans maintenant, dit-elle doucement. C’est un Ăąge trĂšs important. — Cool, dis-je, pas impressionnĂ©e. Je dois me prĂ©parer Ă  un sĂ©minaire fiscal ou quoi ? Delia gloussa. Papa toussa. Ma mĂšre continua, imperturbable. — Tu es une femme maintenant, Katia. Et ton pĂšre et moi avons quelque chose de trĂšs excitant et trĂšs important Ă  te dire. VoilĂ . Le dard dans le glaçage. Le piĂšge sous le ruban. Je me redressai un peu plus. — D’accord... Elle me regarda comme si elle s’apprĂȘtait Ă  me poser un diadĂšme sur la tĂȘte. — Tu as Ă©tĂ© choisie pour Ă©pouser Julian Windsor. La piĂšce n’a pas sombrĂ© dans le silence ; elle a sonnĂ© creux. Pendant une seconde, je n’ai mĂȘme pas rĂ©ussi Ă  traiter les mots. Je l’ai fixĂ©e, attendant la chute, une Ă©quipe de tournage, n’importe quoi. — Qui ? demandai-je, alors que j’avais trĂšs bien entendu. — Julian Windsor, rĂ©pĂ©ta-t-elle comme si l’idiote, c’était moi. L’hĂ©ritier Windsor. Leur famille s’intĂ©resse Ă  une alliance depuis des annĂ©es. Tu as Ă©tĂ© fiancĂ©e Ă  seize ans. — Quoi ?! — On ne voulait pas te submerger Ă  l’époque, dit penaud mon pĂšre. — À l’époque ? Tu veux dire quand j’avais seize ans ?! Le sourire de ma mĂšre ne vacilla pas. — C’était un mariage stratĂ©gique. Sa famille est trĂšs discrĂšte. TrĂšs puissante. C’est une bonne chose, Katia. Tu as une chance incroyable. Chanceuse ? Comme si c’était un lot. Comme si j’étais censĂ©e sauter de joie parce que j’étais le ticket d’or d’une loterie de reproduction de milliardaires. — Je ne l’ai mĂȘme jamais rencontrĂ©, dis-je, toujours en train d’essayer d’encaisser l’horreur dĂ©contractĂ©e qu’elle venait de me lĂącher comme un sujet de brunch. — Delia non plus, rĂ©pondit-elle avec aisance. Mais si les choses avaient Ă©tĂ© diffĂ©rentes, c’est elle qui l’aurait Ă©pousĂ©. Tu devrais ĂȘtre reconnaissante que ce soit toi. — Waouh, marmonnai-je. Que c’est gĂ©nĂ©reux de ta part, MĂšre. Delia s’adossa au montant du lit, enroulant une mĂšche autour de son doigt. — Il paraĂźt qu’il est vraiment trĂšs beau. Et riche. Genre... riche riche. Les Windsor possĂšdent, genre, tout. Des casinos. Du pĂ©trole. Peut-ĂȘtre un vaisseau spatial ? Je n’en sais rien. Ils sont ultra secrets. — GĂ©nial, lĂąchai-je sĂšchement. Donc j’épouse un fantĂŽme de gosse de riche, et tu sais ça comment ? Les yeux de ma mĂšre se durcirent, juste une seconde. — Ne fais pas ta comĂ©die, dit-elle. Il est bien rĂ©el. Et ils t’ont choisie. Ça devrait vouloir dire quelque chose. — Non, dis-je. Ce qui veut dire quelque chose, c’est que vous avez attendu quatre ans pour me dire que j’étais promise Ă  un parfait inconnu, comme dans une vente aux enchĂšres mĂ©diĂ©vale. — On s’est dit qu’on attendrait que les Windsor nous contactent, dit mon pĂšre en s’éclaircissant la voix. Et... c’est fait. Je le fixai. — Tu veux dire que c’est pour maintenant ? — Ils ont prĂ©vu une rencontre dans quelques semaines, dit ma mĂšre. Il y aura un dĂźner. Des formalitĂ©s. Vous ferez connaissance avant que les fiançailles soient rendues publiques. Publiques ? Bien sĂ»r. Parce que ce n’était pas une relation. C’était un communiquĂ© de presse en attente de publication. — Je n’arrive pas Ă  y croire, dis-je d’une voix plate. Vous ne m’avez mĂȘme pas demandĂ© mon avis. — On ne demande pas pour des opportunitĂ©s comme celle-lĂ , dit fermement ma mĂšre. On les accepte. VoilĂ  son vrai ton. Le masque glissait. Ce n’était plus la mĂšre souriante avec un cupcake. C’était la PDG de cette famille, et moi, une acquisition ratĂ©e qu’on forçait Ă  fusionner. Je sortis du lit et repoussai le plateau de mes genoux. Le cupcake bascula, la bougie Ă©talant du glaçage sur la couverture comme une couche de mensonges blancs. — J’ai besoin de prendre l’air, dis-je. Ma mĂšre se leva. — Katia, ne sois pas ridicule— — Non. J’ai besoin de rĂ©flĂ©chir. Je vais Ă  Vegas. Ça la prit de court. — Vegas ? — Juste un week-end, mentis-je. Pour me vider la tĂȘte. Vous voulez que j’épouse un inconnu ? TrĂšs bien. Mais laissez-moi d’abord un moment de libertĂ©. Elle avait l’air prĂȘte Ă  rĂ©pliquer, mais mon pĂšre posa la main sur son bras. — Laisse-la partir. Elle se ravisera. Je vis la guerre silencieuse se jouer sur son visage. Au final, le contrĂŽle a gagnĂ©. Parce qu’elle pensait l’avoir dĂ©jĂ  en poche. — TrĂšs bien, dit-elle, avec ce sourire atroce qui revenait. Va. Prends du temps. Mais n’oublie pas ce qui t’attend Ă  ton retour. Je n’ai pas rĂ©pondu. Je faisais dĂ©jĂ  ma valise Ă  la seconde oĂč la porte s’est refermĂ©e. Ils croyaient me laisser de l’espace. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que je n’allais pas Ă  Vegas pour prendre l’air. J’y allais pour la vitesse. Chapitre 2 La Pilote et la cerise sautĂ©e ~Katia~ La chaleur de Vegas m’a frappĂ©e comme une vague dĂšs que j’ai posĂ© le pied hors du jet privĂ©. La piste ondulait sous le soleil de fin d’aprĂšs-midi. J’ai plissĂ© les yeux derriĂšre mes lunettes, dĂ©jĂ  Ă  moitiĂ© attentive aux pings des mises Ă  jour sur mon tĂ©lĂ©phone jetable chiffrĂ© pour les courses. Six heures avant le dĂ©part, et mon cƓur battait la chamade. Mais je n’étais pas nerveuse. J’avais faim. La Rolls Royce Ghost noire qui m’attendait devant le hangar n’était pas discrĂšte, mais rien dans ce voyage ne devait l’ĂȘtre. Mon Ă©quipe m’a accueillie comme une PDG dĂ©barquant pour une OPA hostile. Je n’ai rien dit ; ils savaient pourquoi j’étais lĂ . Cette course clandestine, ce n’était pas une embrouille de coin de rue. C’était l’élite de l’élite, invitations fermĂ©es, accĂšs chiffrĂ©, et assez de voitures de luxe pour faire passer une grille de Formule 1 pour un parc d’occasions. Ils l’organisaient sur un ancien aĂ©rodrome dĂ©saffectĂ© Ă  la sortie de la ville. Vu du ciel, ça avait l’air abandonnĂ©. Vu du sol ? Un colisĂ©e nĂ©on, vibrant de bruit, de chaleur et de fric. Ma voiture Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ . Une Aston Martin Valkyrie AMR Pro bleu nuit, personnalisĂ©e jusqu’au dernier boulon. Le moteur ronronnait comme un lion en cage. J’ai passĂ© la main sur le capot, laissant la vibration remonter dans mon bras. Cette machine Ă©tait faite pour gagner. Comme moi. Je me suis changĂ©e au fond de la remorque, j’ai enfilĂ© ma combinaison noire mate, moulante, faite de matĂ©riaux qui valent plus cher que la maison de certains. Le casque Ă©tait tout noir, avec juste une fente de visiĂšre rouge vif. Pas besoin que les gens voient mon visage. Ils ne le mĂ©ritaient pas. Quand j’ai mis le pied sur le tarmac, l’endroit Ă©tait vivant. Des centaines de personnes longeaient les barriĂšres, des gosses de riches en plein fantasme Fast & Furious, des pilotes aguerris qui avaient misĂ©s de l’argent qu’ils n’avaient pas. Les flashes crĂ©pitaient, des basses cognaient depuis des enceintes grosses comme des camions. Des drones bourdonnaient au-dessus, captant chaque mouvement. Mais tout le monde s’est retournĂ© quand quelqu’un est arrivĂ©. Je parie que c’était le fameux Jules. McLaren Sabre argent. Finitions chromĂ©es, ailerons noirs. Le son du moteur Ă©tait si grave qu’il alourdissait l’air. Il en est sorti comme un fantĂŽme d’acier. Son casque reflĂ©tait le mien, sans visage, illisible. Il ne m’a pas regardĂ©e, pas directement, mais j’ai senti son attention comme de l’électricitĂ© statique sur ma peau. Tout le monde connaissait Jules, mais personne ne savait qui il Ă©tait, ni Ă  quoi il ressemblait. Il n’avait jamais perdu. Pas une seule fois. Pas en trois ans. Son nom Ă©tait synonyme de trouille sur la piste. Pas seulement parce qu’il Ă©tait rapide. Mais parce qu’il donnait l’impression aux autres d’ĂȘtre Ă  l’arrĂȘt. Je n’étais pas venue Ă  Vegas pour des vacances. J’étais venue pour mettre fin Ă  sa sĂ©rie. La voix du speaker a rĂ©sonnĂ© dans les haut-parleurs. — Mesdames et messieurs... voilĂ  celle que vous attendiez. La Reine du Strip contre le Roi FantĂŽme. Catwoman. Jules. Une course, un vainqueur. La foule a hurlĂ©. Les camĂ©ras ont fouettĂ© l’air entre nous. Je suis montĂ©e dans ma voiture et je me suis sanglĂ©e, laissant le silence du cockpit m’engloutir. Mes mains ont glissĂ© sur le volant comme si je touchais quelque chose de sacrĂ©. Le monde dehors n’existait plus. Il n’y avait plus que la route, le moteur et la ligne d’arrivĂ©e. Les feux sont passĂ©s au rouge. Puis au jaune. Puis au vert, et je me suis Ă©lancĂ©e. La force G m’a cueillie comme un coup de poing en plein torse. Ma vision s’est rĂ©trĂ©cie quand j’ai pris le premier virage, les pneus hurlant sur l’asphalte. Il Ă©tait lĂ , toujours lĂ , comme une ombre collĂ©e Ă  mon rĂ©tro. Chaque virage, il rĂ©pondait. Chaque accĂ©lĂ©ration, il suivait. Mais je l’avais Ă©tudiĂ©. Je savais comment il prenait ses courbes. Je savais oĂč il hĂ©sitait d’une milliseconde. Et ce soir, je ne faisais pas que courir ; j’attaquais. On a avalĂ© le premier tour en moins d’une minute. Le deuxiĂšme s’est fondu dans les flammes au bord de piste, l’odeur de gomme brĂ»lĂ©e et le vacarme assourdissant des chants. Mon pouls s’est calĂ© sur le grondement de mon moteur. Au troisiĂšme tour, j’ai tentĂ©. Il est parti Ă  gauche, j’ai coupĂ© Ă  l’intĂ©rieur et cessĂ© le vibreur, frĂŽlant la barriĂšre Ă  quelques centimĂštres. La voiture a tremblĂ©. Mes dents ont claquĂ©. Mais j’ai pris l’avantage. La foule a explosĂ©. La derniĂšre ligne droite, c’était le chaos — cous tendus, paris hurlĂ©s, des gens en train de filmer l’Histoire avec des mains qui tremblaient. J’ai gardĂ© le pied au plancher. Pas de peur. Pas de pitiĂ©. La ligne d’arrivĂ©e m’a foncĂ© dessus. Je l’ai franchie la premiĂšre. Avec 0,7 seconde d’avance. J’ai plantĂ© les freins et fait glisser la voiture en demi-drift avant qu’elle ne s’immobilise. Mon souffle venait par saccades, et pendant une seconde, je n’ai pas bougĂ©. J’ai laissĂ© l’info s’imprimer. Je venais de battre Jules. La grande lĂ©gende invaincue. Et je l’avais fait chez lui. Je suis sortie lentement. Les camĂ©ras ont affluĂ©. Les fans ont hurlĂ©. Mais je n’ai pas enlevĂ© mon casque. J’ai levĂ© une main gantĂ©e vers la foule et je me suis Ă©loignĂ©e. Il m’a regardĂ©e. Il a levĂ© deux doigts contre son casque et m’a saluĂ©e d’un geste lent, presque amusĂ©. Puis il a tournĂ© les talons et s’est fondu dans la foule. Il avait disparu quand j’ai voulu le revoir. Pas de confrontation. Pas de poignĂ©e de main. Classique, mais je m’en fichais. J’avais fait ce que personne d’autre n’avait pu faire. Et j’avais besoin d’un verre. Le bar Ă©tait planquĂ© dans le genre d’hĂŽtel de luxe que seul le vieil argent peut se payer — marbre au sol, ascenseurs en verre, cocktails plus chers qu’une paire de pompes. Je me suis assise Ă  la table du coin, en petite robe noire. Mes fringues de route et le casque verrouillĂ©s dans la voiture, les yeux planquĂ©s derriĂšre des lunettes de crĂ©ateur. J’ai commandĂ© un truc costaud, peu importe quoi. À la moitiĂ© de mon deuxiĂšme verre, ils se sont pointĂ©s — deux types. Vingt-cinq, vingt-huit ans, costumes dĂ©faits, confiance poussĂ©e Ă  fond. Riches, clairement. L’un avait un sourire en coin sombre qui collait mal Ă  sa dĂ©tente apparente. L’autre, le genre qui n’a pas besoin d’essayer pour ĂȘtre charmant ; ça arrive tout seul. — On peut s’asseoir ? J’ai haussĂ© les Ă©paules. — C’est Vegas, non ? Ils se sont glissĂ©s dans la banquette et ont commencĂ© Ă  parler. Je n’écoutais pas les mots. J’avais juste besoin de bruit. Un truc pour noyer mes pensĂ©es. On a bu. Plus que de raison. Je n’ai pas demandĂ© de prĂ©noms. Eux non plus. Entre un fou rire et le sol qui commençait Ă  tanguer, j’ai senti une main frĂŽler la mienne. Chaude. Douce. Pas pressĂ©e. Juste lĂ . Je ne l’ai pas retirĂ©e. Au contraire, j’ai attrapĂ© sa main et je l’ai emmenĂ© sur la piste. On a dansĂ©, mais je ne sais pas ce qui m’a pris ; peut-ĂȘtre l’alcool, mais je me collais Ă  lui. Peut-ĂȘtre le fameux — ce qui se passe Ă  Vegas reste Ă  Vegas. Il Ă©tait dur, je me suis retournĂ©e et je lui ai ri au nez. — Des ennuis, a-t-il soufflĂ© en m’attrapant la main pour m’entraĂźner dehors. On est montĂ©s sur le toit, un hĂ©lico nous attendait. Il m’a fait monter. Le pilote n’a mĂȘme pas levĂ© les yeux. L’homme m’a embrassĂ©e ; j’ai commencĂ© par lui enlever sa chemise. Il m’a regardĂ©e comme s’il me plaignait. Mais je continuais Ă  me frotter Ă  sa partie sensible pendant qu’on s’embrassait. — Je crois que mon pote a mis quelque chose dans nos verres ; j’ai juste envie lĂ , tout de suite. — Faisons-le. Je n’en revenais pas d’entendre ma propre voix, mais je voulais qu’il me prenne. Il se glisse sur moi, cale son genou pour m’écarter les jambes, et sa main remonte ma cuisse, passe sur le tissu fin comme du papier de ma robe noire. Je me tortille sous lui, ça semble l’encourager, et je sens sa duretĂ© heurter mon bassin. Son souffle chaud trace une ligne le long de mon cou. — Je veux ĂȘtre doux, mais je n’y arrive pas. Le truc est trop fort, chuchote-t-il. — Ne t'arrĂȘte pas, je t’en prie, ai-je suppliĂ©. — J'y suis presque ; tu me rends tellement dur, princesse, dit-il. On est arrivĂ©s Ă  un hĂŽtel ; il me tenait comme un trophĂ©e. — On se marie ? a-t-il demandĂ©, et j’ai hochĂ© la tĂȘte. On a achetĂ© une bague pour homme. — Et la mienne ? ai-je demandĂ©, et il a ri. — Dans ma chambre d’hĂŽtel. La tienne est spĂ©ciale, dit-il, et un homme est arrivĂ© avec des papiers et on a tous les deux signĂ©. Je ne sais pas ce que je signais, j’ai juste signĂ©. Chapitre 3 Je vais jouir en toi ~Katia~ — Tu sais comme j’ai dĂ» me retenir ? Je ne rĂ©pondis pas. Mon esprit Ă©tait encore embrumĂ© par tout ce qui venait de se passer. Je ressentais une Ă©trange tension dans tout mon corps. Il me porta dans ses bras, comme une mariĂ©e, et me conduisit Ă  sa chambre d’hĂŽtel. — Maintenant, je peux enfin ĂȘtre avec toi comme je le veux, parce que tu es ma femme, princesse. La chambre Ă©tait sombre. Je ressentais mille choses Ă  la fois ; je doutais mĂȘme de me souvenir de mon prĂ©nom Ă  ce stade. Il me dĂ©posa sur le lit. Son doigt glissa sur mes lĂšvres avant que sa bouche ne frĂŽle mon cou. Je frissonnai. Mon esprit oscillait entre trouble, Ă©motion et confusion. — J’adore ton corps, ma femme. Il remonta lĂ©gĂšrement ma robe. — Je n’arrivais plus Ă  attendre de t’avoir prĂšs de moi. Depuis l’hĂ©lico, je ne pense qu’à ça. Je veux que tu t’en souviennes. Ses paroles me traversĂšrent de part en part. Je sentis la chaleur envahir mon visage. — Tu es magnifique. Je n’eus pas le temps de rĂ©pondre. Tout semblait aller trop vite. Les battements de mon cƓur rĂ©sonnaient dans mes oreilles tandis qu’il continuait de me couvrir d’attention. — Regarde-moi, ma femme. J’essayai de parler, mais aucun mot ne vint. Le temps semblait se dĂ©former autour de nous. Je me sentais Ă©tourdie, emportĂ©e dans un tourbillon de sensations et d’émotions contradictoires. Il retira ma robe, puis se dĂ©barrassa de ses propres vĂȘtements. Lorsqu’il se rapprocha davantage, je retins mon souffle. Mon esprit se dispersa un instant tandis qu’il m’attirait contre lui. — Tellement parfaite, murmura-t-il. Il continua de me serrer contre lui, multipliant les gestes tendres et possessifs. Peu Ă  peu, la confusion laissa place Ă  une Ă©trange sensation de sĂ©curitĂ©. Puis il me redressa contre lui. Je m’accrochai Ă  ses Ă©paules tandis qu’il me maintenait prĂšs de lui. Tout semblait irrĂ©el, comme un rĂȘve dont je n’arrivais plus Ă  distinguer les contours. — Je vais prendre soin de toi, princesse. Sa voix Ă©tait basse, presque rassurante. La nuit s’étira sans que je sois capable de mesurer le temps. Les heures s'effacĂšrent dans un mĂ©lange de fatigue, d’émotions et de proximitĂ©. Lorsque le sommeil finit par nous emporter, je ne savais mĂȘme plus Ă  quel moment cela Ă©tait arrivĂ©. Le matin me frappa avec un soleil cruel et un mal de tĂȘte insupportable. Je me rĂ©veillai dans une chambre que je ne reconnaissais pas. La piĂšce respirait le luxe et portait encore les traces d’une nuit agitĂ©e. Une odeur de parfum coĂ»teux flottait dans l’air. Ma tĂȘte battait. Mon corps me faisait mal. J’étais nue sous les draps, emmĂȘlĂ©e dedans comme si j’y avais Ă©tĂ© abandonnĂ©e. À cĂŽtĂ© de moi, un homme dormait. Un inconnu. La panique me saisit immĂ©diatement. Je n’arrivais mĂȘme pas Ă  le regarder. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas associer un visage Ă  cette nuit dont je ne gardais presque aucun souvenir. Je me redressai trop vite et une douleur traversa le bas de mon corps. Je retins un souffle et resserrai les draps autour de moi. Tout Ă©tait endolori. Mes jambes semblaient lourdes et douloureuses. Je cherchai ma robe du regard. Elle gisait sur le sol, froissĂ©e et imprĂ©gnĂ©e de fumĂ©e. Je l’enfilai en grimaçant Ă  chaque mouvement. Mes talons reposaient prĂšs de la porte. J’avançai vers eux lentement, comme si je rĂ©apprenais Ă  marcher. Qu’est-ce qui s’est passĂ© hier soir ? Je me souvenais de la course. De la victoire. Du rugissement de la foule. Je me souvenais ĂȘtre allĂ©e boire un verre pour fĂȘter ça. Puis un autre. Et encore un autre. Deux hommes Ă©taient venus me parler. Leurs visages Ă©taient flous. AprĂšs cela ? Le nĂ©ant. Quelques Ă©clats de rire. Peut-ĂȘtre une partie de billard. Peut-ĂȘtre de la tequila. Puis plus rien. Seulement les douleurs. Seulement cet inconnu. Seulement cette chambre inconnue. Je rĂ©cupĂ©rai mon sac prĂšs du canapĂ© et quittai la piĂšce sans me retourner. Je ne voulais pas le rĂ©veiller. Je ne voulais pas l’entendre parler. Je ne voulais pas savoir qui il Ă©tait. Je rejoignis ma voiture et retournai Ă  mon hĂŽtel comme un fantĂŽme. Une fois dans ma suite, je me prĂ©cipitai sous la douche. L’eau chaude coula sur ma peau, mais elle ne parvenait pas Ă  effacer le malaise qui me collait Ă  la peau. Ma poitrine Ă©tait serrĂ©e. Mes yeux brĂ»laient. Puis quelque chose de froid heurta ma joue. Je baissai les yeux vers ma main gauche. Mon souffle se coupa. Une bague. Je portais une bague. Ce n’était pas un simple bijou. Elle brillait. Elle semblait prĂ©cieuse. Importante. DĂ©finitive. — C’est quoi ce dĂ©lire ? murmurai-je. Je sortis prĂ©cipitamment de la douche. Mes mains tremblaient tandis que j’examinais l’anneau. Il avait l’air authentique. TrĂšs cher. Beaucoup trop cher. Mais je ne me souvenais de rien. Ni d’une demande. Ni d’une cĂ©rĂ©monie. Ni mĂȘme d’un Ă©change de vƓux. J’enfilai des vĂȘtements Ă  la hĂąte et quittai ma chambre pour retrouver cet homme. N’importe quel indice aurait fait l’affaire. Mais je ne me rappelais rien. Aucun nom. Aucun visage. Aucune chambre. MĂȘme si je le croisais dans le hall, je serais incapable de le reconnaĂźtre. — Bordel..., murmurai-je en me tenant la tempe. Je ne me souvenais de rien.

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Chapitre 1 L'accord Katia Je me suis rĂ©veillĂ©e au son de gens qui chantaient faux. — Joyeux anniversaire... J’ai clignĂ© des yeux, la lumiĂšre du soleil filtrait Ă  travers les rideaux, et mon cerveau avait du mal Ă  redĂ©marrer. Les voix devenaient plus fortes, et pendant une seconde, j’ai cru que je rĂȘvais. Un rĂȘve vraiment bizarre, tout faux. — Joyeux anniversaire, Katia... La porte de ma chambre s’est ouverte en grand. Je me suis redressĂ©e si vite que la couverture s’est emmĂȘlĂ©e autour de mes jambes comme un piĂšge. Ma vue s’est ajustĂ©e juste Ă  temps pour voir une petite procession entrer dans la piĂšce : Delia en tĂȘte avec un cupcake sur un plateau, mon pĂšre derriĂšre elle, tĂ©lĂ©phone levĂ© comme s’il filmait une vidĂ©o d’otage, et puis, ma mĂšre, qui souriait. J’ai failli m’étouffer : ma mĂšre ne m’a jamais souri. — Joyeux anniversaire, mon cƓur, dit-elle ; sa voix Ă©tait douce et artificielle, comme si elle l’avait parfumĂ©e avant de la laisser sortir. Je la fixai comme si une deuxiĂšme tĂȘte lui avait poussĂ©. Parce que voilĂ  : Martha ne fĂȘtait pas les anniversaires. Pas les miens, en tout cas. Delia, si. ThĂšmes princesse, ballons, robes neuves, et un chƓur de parents qui faisaient semblant de s’aimer. Moi, j’avais les silences gĂȘnĂ©s et des cartes achetĂ©es Ă  la station-service Ă  la derniĂšre minute. Une fois, j’ai eu un aspirateur. J’avais douze ans. Alors ça ? Ça sentait le piĂšge. — Euh... merci ? bĂ©gayai-je d’une voix rauque, mĂ©fiante. Delia posa le plateau sur mes genoux comme une offrande de paix. — C’est moi qui ai fait le cupcake, dit-elle d’une voix mielleuse, ce qui voulait dire que la femme de mĂ©nage l’avait sans doute fait pendant que Delia supervisait un verre de vin Ă  la main. Je baissai les yeux. Vanille, glaçage blanc, et une bougie esseulĂ©e plantĂ©e au milieu comme une fusĂ©e de dĂ©tresse. — Souffle, dit gaiement mon pĂšre, mais ses yeux faisaient ce truc qu’ils font quand il est nerveux : ils furetaient partout comme s’ils cherchaient une sortie. Je plissai les yeux. — D’accord, sĂ©rieux. Qu’est-ce qui se passe ? Ma mĂšre eut un petit rire, comme si j’étais ridicule d’avoir les bons instincts. Elle s’assit au bord du lit, lissant la couette comme si elle l’avait dĂ©jĂ  touchĂ©e. — Tu as vingt ans maintenant, dit-elle doucement. C’est un Ăąge trĂšs important. — Cool, dis-je, pas impressionnĂ©e. Je dois me prĂ©parer Ă  un sĂ©minaire fiscal ou quoi ? Delia gloussa. Papa toussa. Ma mĂšre continua, imperturbable. — Tu es une femme maintenant, Katia. Et ton pĂšre et moi avons quelque chose de trĂšs excitant et trĂšs important Ă  te dire. VoilĂ . Le dard dans le glaçage. Le piĂšge sous le ruban. Je me redressai un peu plus. — D’accord... Elle me regarda comme si elle s’apprĂȘtait Ă  me poser un diadĂšme sur la tĂȘte. — Tu as Ă©tĂ© choisie pour Ă©pouser Julian Windsor. La piĂšce n’a pas sombrĂ© dans le silence ; elle a sonnĂ© creux. Pendant une seconde, je n’ai mĂȘme pas rĂ©ussi Ă  traiter les mots. Je l’ai fixĂ©e, attendant la chute, une Ă©quipe de tournage, n’importe quoi. — Qui ? demandai-je, alors que j’avais trĂšs bien entendu. — Julian Windsor, rĂ©pĂ©ta-t-elle comme si l’idiote, c’était moi. L’hĂ©ritier Windsor. Leur famille s’intĂ©resse Ă  une alliance depuis des annĂ©es. Tu as Ă©tĂ© fiancĂ©e Ă  seize ans. — Quoi ?! — On ne voulait pas te submerger Ă  l’époque, dit penaud mon pĂšre. — À l’époque ? Tu veux dire quand j’avais seize ans ?! Le sourire de ma mĂšre ne vacilla pas. — C’était un mariage stratĂ©gique. Sa famille est trĂšs discrĂšte. TrĂšs puissante. C’est une bonne chose, Katia. Tu as une chance incroyable. Chanceuse ? Comme si c’était un lot. Comme si j’étais censĂ©e sauter de joie parce que j’étais le ticket d’or d’une loterie de reproduction de milliardaires. — Je ne l’ai mĂȘme jamais rencontrĂ©, dis-je, toujours en train d’essayer d’encaisser l’horreur dĂ©contractĂ©e qu’elle venait de me lĂącher comme un sujet de brunch. — Delia non plus, rĂ©pondit-elle avec aisance. Mais si les choses avaient Ă©tĂ© diffĂ©rentes, c’est elle qui l’aurait Ă©pousĂ©. Tu devrais ĂȘtre reconnaissante que ce soit toi. — Waouh, marmonnai-je. Que c’est gĂ©nĂ©reux de ta part, MĂšre. Delia s’adossa au montant du lit, enroulant une mĂšche autour de son doigt. — Il paraĂźt qu’il est vraiment trĂšs beau. Et riche. Genre... riche riche. Les Windsor possĂšdent, genre, tout. Des casinos. Du pĂ©trole. Peut-ĂȘtre un vaisseau spatial ? Je n’en sais rien. Ils sont ultra secrets. — GĂ©nial, lĂąchai-je sĂšchement. Donc j’épouse un fantĂŽme de gosse de riche, et tu sais ça comment ? Les yeux de ma mĂšre se durcirent, juste une seconde. — Ne fais pas ta comĂ©die, dit-elle. Il est bien rĂ©el. Et ils t’ont choisie. Ça devrait vouloir dire quelque chose. — Non, dis-je. Ce qui veut dire quelque chose, c’est que vous avez attendu quatre ans pour me dire que j’étais promise Ă  un parfait inconnu, comme dans une vente aux enchĂšres mĂ©diĂ©vale. — On s’est dit qu’on attendrait que les Windsor nous contactent, dit mon pĂšre en s’éclaircissant la voix. Et... c’est fait. Je le fixai. — Tu veux dire que c’est pour maintenant ? — Ils ont prĂ©vu une rencontre dans quelques semaines, dit ma mĂšre. Il y aura un dĂźner. Des formalitĂ©s. Vous ferez connaissance avant que les fiançailles soient rendues publiques. Publiques ? Bien sĂ»r. Parce que ce n’était pas une relation. C’était un communiquĂ© de presse en attente de publication. — Je n’arrive pas Ă  y croire, dis-je d’une voix plate. Vous ne m’avez mĂȘme pas demandĂ© mon avis. — On ne demande pas pour des opportunitĂ©s comme celle-lĂ , dit fermement ma mĂšre. On les accepte. VoilĂ  son vrai ton. Le masque glissait. Ce n’était plus la mĂšre souriante avec un cupcake. C’était la PDG de cette famille, et moi, une acquisition ratĂ©e qu’on forçait Ă  fusionner. Je sortis du lit et repoussai le plateau de mes genoux. Le cupcake bascula, la bougie Ă©talant du glaçage sur la couverture comme une couche de mensonges blancs. — J’ai besoin de prendre l’air, dis-je. Ma mĂšre se leva. — Katia, ne sois pas ridicule— — Non. J’ai besoin de rĂ©flĂ©chir. Je vais Ă  Vegas. Ça la prit de court. — Vegas ? — Juste un week-end, mentis-je. Pour me vider la tĂȘte. Vous voulez que j’épouse un inconnu ? TrĂšs bien. Mais laissez-moi d’abord un moment de libertĂ©. Elle avait l’air prĂȘte Ă  rĂ©pliquer, mais mon pĂšre posa la main sur son bras. — Laisse-la partir. Elle se ravisera. Je vis la guerre silencieuse se jouer sur son visage. Au final, le contrĂŽle a gagnĂ©. Parce qu’elle pensait l’avoir dĂ©jĂ  en poche. — TrĂšs bien, dit-elle, avec ce sourire atroce qui revenait. Va. Prends du temps. Mais n’oublie pas ce qui t’attend Ă  ton retour. Je n’ai pas rĂ©pondu. Je faisais dĂ©jĂ  ma valise Ă  la seconde oĂč la porte s’est refermĂ©e. Ils croyaient me laisser de l’espace. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que je n’allais pas Ă  Vegas pour prendre l’air. J’y allais pour la vitesse. Chapitre 2 La Pilote et la cerise sautĂ©e ~Katia~ La chaleur de Vegas m’a frappĂ©e comme une vague dĂšs que j’ai posĂ© le pied hors du jet privĂ©. La piste ondulait sous le soleil de fin d’aprĂšs-midi. J’ai plissĂ© les yeux derriĂšre mes lunettes, dĂ©jĂ  Ă  moitiĂ© attentive aux pings des mises Ă  jour sur mon tĂ©lĂ©phone jetable chiffrĂ© pour les courses. Six heures avant le dĂ©part, et mon cƓur battait la chamade. Mais je n’étais pas nerveuse. J’avais faim. La Rolls Royce Ghost noire qui m’attendait devant le hangar n’était pas discrĂšte, mais rien dans ce voyage ne devait l’ĂȘtre. Mon Ă©quipe m’a accueillie comme une PDG dĂ©barquant pour une OPA hostile. Je n’ai rien dit ; ils savaient pourquoi j’étais lĂ . Cette course clandestine, ce n’était pas une embrouille de coin de rue. C’était l’élite de l’élite, invitations fermĂ©es, accĂšs chiffrĂ©, et assez de voitures de luxe pour faire passer une grille de Formule 1 pour un parc d’occasions. Ils l’organisaient sur un ancien aĂ©rodrome dĂ©saffectĂ© Ă  la sortie de la ville. Vu du ciel, ça avait l’air abandonnĂ©. Vu du sol ? Un colisĂ©e nĂ©on, vibrant de bruit, de chaleur et de fric. Ma voiture Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ . Une Aston Martin Valkyrie AMR Pro bleu nuit, personnalisĂ©e jusqu’au dernier boulon. Le moteur ronronnait comme un lion en cage. J’ai passĂ© la main sur le capot, laissant la vibration remonter dans mon bras. Cette machine Ă©tait faite pour gagner. Comme moi. Je me suis changĂ©e au fond de la remorque, j’ai enfilĂ© ma combinaison noire mate, moulante, faite de matĂ©riaux qui valent plus cher que la maison de certains. Le casque Ă©tait tout noir, avec juste une fente de visiĂšre rouge vif. Pas besoin que les gens voient mon visage. Ils ne le mĂ©ritaient pas. Quand j’ai mis le pied sur le tarmac, l’endroit Ă©tait vivant. Des centaines de personnes longeaient les barriĂšres, des gosses de riches en plein fantasme Fast & Furious, des pilotes aguerris qui avaient misĂ©s de l’argent qu’ils n’avaient pas. Les flashes crĂ©pitaient, des basses cognaient depuis des enceintes grosses comme des camions. Des drones bourdonnaient au-dessus, captant chaque mouvement. Mais tout le monde s’est retournĂ© quand quelqu’un est arrivĂ©. Je parie que c’était le fameux Jules. McLaren Sabre argent. Finitions chromĂ©es, ailerons noirs. Le son du moteur Ă©tait si grave qu’il alourdissait l’air. Il en est sorti comme un fantĂŽme d’acier. Son casque reflĂ©tait le mien, sans visage, illisible. Il ne m’a pas regardĂ©e, pas directement, mais j’ai senti son attention comme de l’électricitĂ© statique sur ma peau. Tout le monde connaissait Jules, mais personne ne savait qui il Ă©tait, ni Ă  quoi il ressemblait. Il n’avait jamais perdu. Pas une seule fois. Pas en trois ans. Son nom Ă©tait synonyme de trouille sur la piste. Pas seulement parce qu’il Ă©tait rapide. Mais parce qu’il donnait l’impression aux autres d’ĂȘtre Ă  l’arrĂȘt. Je n’étais pas venue Ă  Vegas pour des vacances. J’étais venue pour mettre fin Ă  sa sĂ©rie. La voix du speaker a rĂ©sonnĂ© dans les haut-parleurs. — Mesdames et messieurs... voilĂ  celle que vous attendiez. La Reine du Strip contre le Roi FantĂŽme. Catwoman. Jules. Une course, un vainqueur. La foule a hurlĂ©. Les camĂ©ras ont fouettĂ© l’air entre nous. Je suis montĂ©e dans ma voiture et je me suis sanglĂ©e, laissant le silence du cockpit m’engloutir. Mes mains ont glissĂ© sur le volant comme si je touchais quelque chose de sacrĂ©. Le monde dehors n’existait plus. Il n’y avait plus que la route, le moteur et la ligne d’arrivĂ©e. Les feux sont passĂ©s au rouge. Puis au jaune. Puis au vert, et je me suis Ă©lancĂ©e. La force G m’a cueillie comme un coup de poing en plein torse. Ma vision s’est rĂ©trĂ©cie quand j’ai pris le premier virage, les pneus hurlant sur l’asphalte. Il Ă©tait lĂ , toujours lĂ , comme une ombre collĂ©e Ă  mon rĂ©tro. Chaque virage, il rĂ©pondait. Chaque accĂ©lĂ©ration, il suivait. Mais je l’avais Ă©tudiĂ©. Je savais comment il prenait ses courbes. Je savais oĂč il hĂ©sitait d’une milliseconde. Et ce soir, je ne faisais pas que courir ; j’attaquais. On a avalĂ© le premier tour en moins d’une minute. Le deuxiĂšme s’est fondu dans les flammes au bord de piste, l’odeur de gomme brĂ»lĂ©e et le vacarme assourdissant des chants. Mon pouls s’est calĂ© sur le grondement de mon moteur. Au troisiĂšme tour, j’ai tentĂ©. Il est parti Ă  gauche, j’ai coupĂ© Ă  l’intĂ©rieur et cessĂ© le vibreur, frĂŽlant la barriĂšre Ă  quelques centimĂštres. La voiture a tremblĂ©. Mes dents ont claquĂ©. Mais j’ai pris l’avantage. La foule a explosĂ©. La derniĂšre ligne droite, c’était le chaos — cous tendus, paris hurlĂ©s, des gens en train de filmer l’Histoire avec des mains qui tremblaient. J’ai gardĂ© le pied au plancher. Pas de peur. Pas de pitiĂ©. La ligne d’arrivĂ©e m’a foncĂ© dessus. Je l’ai franchie la premiĂšre. Avec 0,7 seconde d’avance. J’ai plantĂ© les freins et fait glisser la voiture en demi-drift avant qu’elle ne s’immobilise. Mon souffle venait par saccades, et pendant une seconde, je n’ai pas bougĂ©. J’ai laissĂ© l’info s’imprimer. Je venais de battre Jules. La grande lĂ©gende invaincue. Et je l’avais fait chez lui. Je suis sortie lentement. Les camĂ©ras ont affluĂ©. Les fans ont hurlĂ©. Mais je n’ai pas enlevĂ© mon casque. J’ai levĂ© une main gantĂ©e vers la foule et je me suis Ă©loignĂ©e. Il m’a regardĂ©e. Il a levĂ© deux doigts contre son casque et m’a saluĂ©e d’un geste lent, presque amusĂ©. Puis il a tournĂ© les talons et s’est fondu dans la foule. Il avait disparu quand j’ai voulu le revoir. Pas de confrontation. Pas de poignĂ©e de main. Classique, mais je m’en fichais. J’avais fait ce que personne d’autre n’avait pu faire. Et j’avais besoin d’un verre. Le bar Ă©tait planquĂ© dans le genre d’hĂŽtel de luxe que seul le vieil argent peut se payer — marbre au sol, ascenseurs en verre, cocktails plus chers qu’une paire de pompes. Je me suis assise Ă  la table du coin, en petite robe noire. Mes fringues de route et le casque verrouillĂ©s dans la voiture, les yeux planquĂ©s derriĂšre des lunettes de crĂ©ateur. J’ai commandĂ© un truc costaud, peu importe quoi. À la moitiĂ© de mon deuxiĂšme verre, ils se sont pointĂ©s — deux types. Vingt-cinq, vingt-huit ans, costumes dĂ©faits, confiance poussĂ©e Ă  fond. Riches, clairement. L’un avait un sourire en coin sombre qui collait mal Ă  sa dĂ©tente apparente. L’autre, le genre qui n’a pas besoin d’essayer pour ĂȘtre charmant ; ça arrive tout seul. — On peut s’asseoir ? J’ai haussĂ© les Ă©paules. — C’est Vegas, non ? Ils se sont glissĂ©s dans la banquette et ont commencĂ© Ă  parler. Je n’écoutais pas les mots. J’avais juste besoin de bruit. Un truc pour noyer mes pensĂ©es. On a bu. Plus que de raison. Je n’ai pas demandĂ© de prĂ©noms. Eux non plus. Entre un fou rire et le sol qui commençait Ă  tanguer, j’ai senti une main frĂŽler la mienne. Chaude. Douce. Pas pressĂ©e. Juste lĂ . Je ne l’ai pas retirĂ©e. Au contraire, j’ai attrapĂ© sa main et je l’ai emmenĂ© sur la piste. On a dansĂ©, mais je ne sais pas ce qui m’a pris ; peut-ĂȘtre l’alcool, mais je me collais Ă  lui. Peut-ĂȘtre le fameux — ce qui se passe Ă  Vegas reste Ă  Vegas. Il Ă©tait dur, je me suis retournĂ©e et je lui ai ri au nez. — Des ennuis, a-t-il soufflĂ© en m’attrapant la main pour m’entraĂźner dehors. On est montĂ©s sur le toit, un hĂ©lico nous attendait. Il m’a fait monter. Le pilote n’a mĂȘme pas levĂ© les yeux. L’homme m’a embrassĂ©e ; j’ai commencĂ© par lui enlever sa chemise. Il m’a regardĂ©e comme s’il me plaignait. Mais je continuais Ă  me frotter Ă  sa partie sensible pendant qu’on s’embrassait. — Je crois que mon pote a mis quelque chose dans nos verres ; j’ai juste envie lĂ , tout de suite. — Faisons-le. Je n’en revenais pas d’entendre ma propre voix, mais je voulais qu’il me prenne. Il se glisse sur moi, cale son genou pour m’écarter les jambes, et sa main remonte ma cuisse, passe sur le tissu fin comme du papier de ma robe noire. Je me tortille sous lui, ça semble l’encourager, et je sens sa duretĂ© heurter mon bassin. Son souffle chaud trace une ligne le long de mon cou. — Je veux ĂȘtre doux, mais je n’y arrive pas. Le truc est trop fort, chuchote-t-il. — Ne t'arrĂȘte pas, je t’en prie, ai-je suppliĂ©. — J'y suis presque ; tu me rends tellement dur, princesse, dit-il. On est arrivĂ©s Ă  un hĂŽtel ; il me tenait comme un trophĂ©e. — On se marie ? a-t-il demandĂ©, et j’ai hochĂ© la tĂȘte. On a achetĂ© une bague pour homme. — Et la mienne ? ai-je demandĂ©, et il a ri. — Dans ma chambre d’hĂŽtel. La tienne est spĂ©ciale, dit-il, et un homme est arrivĂ© avec des papiers et on a tous les deux signĂ©. Je ne sais pas ce que je signais, j’ai juste signĂ©. Chapitre 3 Je vais jouir en toi ~Katia~ — Tu sais comme j’ai dĂ» me retenir ? Je ne rĂ©pondis pas. Mon esprit Ă©tait encore embrumĂ© par tout ce qui venait de se passer. Je ressentais une Ă©trange tension dans tout mon corps. Il me porta dans ses bras, comme une mariĂ©e, et me conduisit Ă  sa chambre d’hĂŽtel. — Maintenant, je peux enfin ĂȘtre avec toi comme je le veux, parce que tu es ma femme, princesse. La chambre Ă©tait sombre. Je ressentais mille choses Ă  la fois ; je doutais mĂȘme de me souvenir de mon prĂ©nom Ă  ce stade. Il me dĂ©posa sur le lit. Son doigt glissa sur mes lĂšvres avant que sa bouche ne frĂŽle mon cou. Je frissonnai. Mon esprit oscillait entre trouble, Ă©motion et confusion. — J’adore ton corps, ma femme. Il remonta lĂ©gĂšrement ma robe. — Je n’arrivais plus Ă  attendre de t’avoir prĂšs de moi. Depuis l’hĂ©lico, je ne pense qu’à ça. Je veux que tu t’en souviennes. Ses paroles me traversĂšrent de part en part. Je sentis la chaleur envahir mon visage. — Tu es magnifique. Je n’eus pas le temps de rĂ©pondre. Tout semblait aller trop vite. Les battements de mon cƓur rĂ©sonnaient dans mes oreilles tandis qu’il continuait de me couvrir d’attention. — Regarde-moi, ma femme. J’essayai de parler, mais aucun mot ne vint. Le temps semblait se dĂ©former autour de nous. Je me sentais Ă©tourdie, emportĂ©e dans un tourbillon de sensations et d’émotions contradictoires. Il retira ma robe, puis se dĂ©barrassa de ses propres vĂȘtements. Lorsqu’il se rapprocha davantage, je retins mon souffle. Mon esprit se dispersa un instant tandis qu’il m’attirait contre lui. — Tellement parfaite, murmura-t-il. Il continua de me serrer contre lui, multipliant les gestes tendres et possessifs. Peu Ă  peu, la confusion laissa place Ă  une Ă©trange sensation de sĂ©curitĂ©. Puis il me redressa contre lui. Je m’accrochai Ă  ses Ă©paules tandis qu’il me maintenait prĂšs de lui. Tout semblait irrĂ©el, comme un rĂȘve dont je n’arrivais plus Ă  distinguer les contours. — Je vais prendre soin de toi, princesse. Sa voix Ă©tait basse, presque rassurante. La nuit s’étira sans que je sois capable de mesurer le temps. Les heures s'effacĂšrent dans un mĂ©lange de fatigue, d’émotions et de proximitĂ©. Lorsque le sommeil finit par nous emporter, je ne savais mĂȘme plus Ă  quel moment cela Ă©tait arrivĂ©. Le matin me frappa avec un soleil cruel et un mal de tĂȘte insupportable. Je me rĂ©veillai dans une chambre que je ne reconnaissais pas. La piĂšce respirait le luxe et portait encore les traces d’une nuit agitĂ©e. Une odeur de parfum coĂ»teux flottait dans l’air. Ma tĂȘte battait. Mon corps me faisait mal. J’étais nue sous les draps, emmĂȘlĂ©e dedans comme si j’y avais Ă©tĂ© abandonnĂ©e. À cĂŽtĂ© de moi, un homme dormait. Un inconnu. La panique me saisit immĂ©diatement. Je n’arrivais mĂȘme pas Ă  le regarder. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas associer un visage Ă  cette nuit dont je ne gardais presque aucun souvenir. Je me redressai trop vite et une douleur traversa le bas de mon corps. Je retins un souffle et resserrai les draps autour de moi. Tout Ă©tait endolori. Mes jambes semblaient lourdes et douloureuses. Je cherchai ma robe du regard. Elle gisait sur le sol, froissĂ©e et imprĂ©gnĂ©e de fumĂ©e. Je l’enfilai en grimaçant Ă  chaque mouvement. Mes talons reposaient prĂšs de la porte. J’avançai vers eux lentement, comme si je rĂ©apprenais Ă  marcher. Qu’est-ce qui s’est passĂ© hier soir ? Je me souvenais de la course. De la victoire. Du rugissement de la foule. Je me souvenais ĂȘtre allĂ©e boire un verre pour fĂȘter ça. Puis un autre. Et encore un autre. Deux hommes Ă©taient venus me parler. Leurs visages Ă©taient flous. AprĂšs cela ? Le nĂ©ant. Quelques Ă©clats de rire. Peut-ĂȘtre une partie de billard. Peut-ĂȘtre de la tequila. Puis plus rien. Seulement les douleurs. Seulement cet inconnu. Seulement cette chambre inconnue. Je rĂ©cupĂ©rai mon sac prĂšs du canapĂ© et quittai la piĂšce sans me retourner. Je ne voulais pas le rĂ©veiller. Je ne voulais pas l’entendre parler. Je ne voulais pas savoir qui il Ă©tait. Je rejoignis ma voiture et retournai Ă  mon hĂŽtel comme un fantĂŽme. Une fois dans ma suite, je me prĂ©cipitai sous la douche. L’eau chaude coula sur ma peau, mais elle ne parvenait pas Ă  effacer le malaise qui me collait Ă  la peau. Ma poitrine Ă©tait serrĂ©e. Mes yeux brĂ»laient. Puis quelque chose de froid heurta ma joue. Je baissai les yeux vers ma main gauche. Mon souffle se coupa. Une bague. Je portais une bague. Ce n’était pas un simple bijou. Elle brillait. Elle semblait prĂ©cieuse. Importante. DĂ©finitive. — C’est quoi ce dĂ©lire ? murmurai-je. Je sortis prĂ©cipitamment de la douche. Mes mains tremblaient tandis que j’examinais l’anneau. Il avait l’air authentique. TrĂšs cher. Beaucoup trop cher. Mais je ne me souvenais de rien. Ni d’une demande. Ni d’une cĂ©rĂ©monie. Ni mĂȘme d’un Ă©change de vƓux. J’enfilai des vĂȘtements Ă  la hĂąte et quittai ma chambre pour retrouver cet homme. N’importe quel indice aurait fait l’affaire. Mais je ne me rappelais rien. Aucun nom. Aucun visage. Aucune chambre. MĂȘme si je le croisais dans le hall, je serais incapable de le reconnaĂźtre. — Bordel..., murmurai-je en me tenant la tempe. Je ne me souvenais de rien.

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Chapitre 1 L'accord Katia Je me suis rĂ©veillĂ©e au son de gens qui chantaient faux. — Joyeux anniversaire... J’ai clignĂ© des yeux, la lumiĂšre du soleil filtrait Ă  travers les rideaux, et mon cerveau avait du mal Ă  redĂ©marrer. Les voix devenaient plus fortes, et pendant une seconde, j’ai cru que je rĂȘvais. Un rĂȘve vraiment bizarre, tout faux. — Joyeux anniversaire, Katia... La porte de ma chambre s’est ouverte en grand. Je me suis redressĂ©e si vite que la couverture s’est emmĂȘlĂ©e autour de mes jambes comme un piĂšge. Ma vue s’est ajustĂ©e juste Ă  temps pour voir une petite procession entrer dans la piĂšce : Delia en tĂȘte avec un cupcake sur un plateau, mon pĂšre derriĂšre elle, tĂ©lĂ©phone levĂ© comme s’il filmait une vidĂ©o d’otage, et puis, ma mĂšre, qui souriait. J’ai failli m’étouffer : ma mĂšre ne m’a jamais souri. — Joyeux anniversaire, mon cƓur, dit-elle ; sa voix Ă©tait douce et artificielle, comme si elle l’avait parfumĂ©e avant de la laisser sortir. Je la fixai comme si une deuxiĂšme tĂȘte lui avait poussĂ©. Parce que voilĂ  : Martha ne fĂȘtait pas les anniversaires. Pas les miens, en tout cas. Delia, si. ThĂšmes princesse, ballons, robes neuves, et un chƓur de parents qui faisaient semblant de s’aimer. Moi, j’avais les silences gĂȘnĂ©s et des cartes achetĂ©es Ă  la station-service Ă  la derniĂšre minute. Une fois, j’ai eu un aspirateur. J’avais douze ans. Alors ça ? Ça sentait le piĂšge. — Euh... merci ? bĂ©gayai-je d’une voix rauque, mĂ©fiante. Delia posa le plateau sur mes genoux comme une offrande de paix. — C’est moi qui ai fait le cupcake, dit-elle d’une voix mielleuse, ce qui voulait dire que la femme de mĂ©nage l’avait sans doute fait pendant que Delia supervisait un verre de vin Ă  la main. Je baissai les yeux. Vanille, glaçage blanc, et une bougie esseulĂ©e plantĂ©e au milieu comme une fusĂ©e de dĂ©tresse. — Souffle, dit gaiement mon pĂšre, mais ses yeux faisaient ce truc qu’ils font quand il est nerveux : ils furetaient partout comme s’ils cherchaient une sortie. Je plissai les yeux. — D’accord, sĂ©rieux. Qu’est-ce qui se passe ? Ma mĂšre eut un petit rire, comme si j’étais ridicule d’avoir les bons instincts. Elle s’assit au bord du lit, lissant la couette comme si elle l’avait dĂ©jĂ  touchĂ©e. — Tu as vingt ans maintenant, dit-elle doucement. C’est un Ăąge trĂšs important. — Cool, dis-je, pas impressionnĂ©e. Je dois me prĂ©parer Ă  un sĂ©minaire fiscal ou quoi ? Delia gloussa. Papa toussa. Ma mĂšre continua, imperturbable. — Tu es une femme maintenant, Katia. Et ton pĂšre et moi avons quelque chose de trĂšs excitant et trĂšs important Ă  te dire. VoilĂ . Le dard dans le glaçage. Le piĂšge sous le ruban. Je me redressai un peu plus. — D’accord... Elle me regarda comme si elle s’apprĂȘtait Ă  me poser un diadĂšme sur la tĂȘte. — Tu as Ă©tĂ© choisie pour Ă©pouser Julian Windsor. La piĂšce n’a pas sombrĂ© dans le silence ; elle a sonnĂ© creux. Pendant une seconde, je n’ai mĂȘme pas rĂ©ussi Ă  traiter les mots. Je l’ai fixĂ©e, attendant la chute, une Ă©quipe de tournage, n’importe quoi. — Qui ? demandai-je, alors que j’avais trĂšs bien entendu. — Julian Windsor, rĂ©pĂ©ta-t-elle comme si l’idiote, c’était moi. L’hĂ©ritier Windsor. Leur famille s’intĂ©resse Ă  une alliance depuis des annĂ©es. Tu as Ă©tĂ© fiancĂ©e Ă  seize ans. — Quoi ?! — On ne voulait pas te submerger Ă  l’époque, dit penaud mon pĂšre. — À l’époque ? Tu veux dire quand j’avais seize ans ?! Le sourire de ma mĂšre ne vacilla pas. — C’était un mariage stratĂ©gique. Sa famille est trĂšs discrĂšte. TrĂšs puissante. C’est une bonne chose, Katia. Tu as une chance incroyable. Chanceuse ? Comme si c’était un lot. Comme si j’étais censĂ©e sauter de joie parce que j’étais le ticket d’or d’une loterie de reproduction de milliardaires. — Je ne l’ai mĂȘme jamais rencontrĂ©, dis-je, toujours en train d’essayer d’encaisser l’horreur dĂ©contractĂ©e qu’elle venait de me lĂącher comme un sujet de brunch. — Delia non plus, rĂ©pondit-elle avec aisance. Mais si les choses avaient Ă©tĂ© diffĂ©rentes, c’est elle qui l’aurait Ă©pousĂ©. Tu devrais ĂȘtre reconnaissante que ce soit toi. — Waouh, marmonnai-je. Que c’est gĂ©nĂ©reux de ta part, MĂšre. Delia s’adossa au montant du lit, enroulant une mĂšche autour de son doigt. — Il paraĂźt qu’il est vraiment trĂšs beau. Et riche. Genre... riche riche. Les Windsor possĂšdent, genre, tout. Des casinos. Du pĂ©trole. Peut-ĂȘtre un vaisseau spatial ? Je n’en sais rien. Ils sont ultra secrets. — GĂ©nial, lĂąchai-je sĂšchement. Donc j’épouse un fantĂŽme de gosse de riche, et tu sais ça comment ? Les yeux de ma mĂšre se durcirent, juste une seconde. — Ne fais pas ta comĂ©die, dit-elle. Il est bien rĂ©el. Et ils t’ont choisie. Ça devrait vouloir dire quelque chose. — Non, dis-je. Ce qui veut dire quelque chose, c’est que vous avez attendu quatre ans pour me dire que j’étais promise Ă  un parfait inconnu, comme dans une vente aux enchĂšres mĂ©diĂ©vale. — On s’est dit qu’on attendrait que les Windsor nous contactent, dit mon pĂšre en s’éclaircissant la voix. Et... c’est fait. Je le fixai. — Tu veux dire que c’est pour maintenant ? — Ils ont prĂ©vu une rencontre dans quelques semaines, dit ma mĂšre. Il y aura un dĂźner. Des formalitĂ©s. Vous ferez connaissance avant que les fiançailles soient rendues publiques. Publiques ? Bien sĂ»r. Parce que ce n’était pas une relation. C’était un communiquĂ© de presse en attente de publication. — Je n’arrive pas Ă  y croire, dis-je d’une voix plate. Vous ne m’avez mĂȘme pas demandĂ© mon avis. — On ne demande pas pour des opportunitĂ©s comme celle-lĂ , dit fermement ma mĂšre. On les accepte. VoilĂ  son vrai ton. Le masque glissait. Ce n’était plus la mĂšre souriante avec un cupcake. C’était la PDG de cette famille, et moi, une acquisition ratĂ©e qu’on forçait Ă  fusionner. Je sortis du lit et repoussai le plateau de mes genoux. Le cupcake bascula, la bougie Ă©talant du glaçage sur la couverture comme une couche de mensonges blancs. — J’ai besoin de prendre l’air, dis-je. Ma mĂšre se leva. — Katia, ne sois pas ridicule— — Non. J’ai besoin de rĂ©flĂ©chir. Je vais Ă  Vegas. Ça la prit de court. — Vegas ? — Juste un week-end, mentis-je. Pour me vider la tĂȘte. Vous voulez que j’épouse un inconnu ? TrĂšs bien. Mais laissez-moi d’abord un moment de libertĂ©. Elle avait l’air prĂȘte Ă  rĂ©pliquer, mais mon pĂšre posa la main sur son bras. — Laisse-la partir. Elle se ravisera. Je vis la guerre silencieuse se jouer sur son visage. Au final, le contrĂŽle a gagnĂ©. Parce qu’elle pensait l’avoir dĂ©jĂ  en poche. — TrĂšs bien, dit-elle, avec ce sourire atroce qui revenait. Va. Prends du temps. Mais n’oublie pas ce qui t’attend Ă  ton retour. Je n’ai pas rĂ©pondu. Je faisais dĂ©jĂ  ma valise Ă  la seconde oĂč la porte s’est refermĂ©e. Ils croyaient me laisser de l’espace. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que je n’allais pas Ă  Vegas pour prendre l’air. J’y allais pour la vitesse. Chapitre 2 La Pilote et la cerise sautĂ©e ~Katia~ La chaleur de Vegas m’a frappĂ©e comme une vague dĂšs que j’ai posĂ© le pied hors du jet privĂ©. La piste ondulait sous le soleil de fin d’aprĂšs-midi. J’ai plissĂ© les yeux derriĂšre mes lunettes, dĂ©jĂ  Ă  moitiĂ© attentive aux pings des mises Ă  jour sur mon tĂ©lĂ©phone jetable chiffrĂ© pour les courses. Six heures avant le dĂ©part, et mon cƓur battait la chamade. Mais je n’étais pas nerveuse. J’avais faim. La Rolls Royce Ghost noire qui m’attendait devant le hangar n’était pas discrĂšte, mais rien dans ce voyage ne devait l’ĂȘtre. Mon Ă©quipe m’a accueillie comme une PDG dĂ©barquant pour une OPA hostile. Je n’ai rien dit ; ils savaient pourquoi j’étais lĂ . Cette course clandestine, ce n’était pas une embrouille de coin de rue. C’était l’élite de l’élite, invitations fermĂ©es, accĂšs chiffrĂ©, et assez de voitures de luxe pour faire passer une grille de Formule 1 pour un parc d’occasions. Ils l’organisaient sur un ancien aĂ©rodrome dĂ©saffectĂ© Ă  la sortie de la ville. Vu du ciel, ça avait l’air abandonnĂ©. Vu du sol ? Un colisĂ©e nĂ©on, vibrant de bruit, de chaleur et de fric. Ma voiture Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ . Une Aston Martin Valkyrie AMR Pro bleu nuit, personnalisĂ©e jusqu’au dernier boulon. Le moteur ronronnait comme un lion en cage. J’ai passĂ© la main sur le capot, laissant la vibration remonter dans mon bras. Cette machine Ă©tait faite pour gagner. Comme moi. Je me suis changĂ©e au fond de la remorque, j’ai enfilĂ© ma combinaison noire mate, moulante, faite de matĂ©riaux qui valent plus cher que la maison de certains. Le casque Ă©tait tout noir, avec juste une fente de visiĂšre rouge vif. Pas besoin que les gens voient mon visage. Ils ne le mĂ©ritaient pas. Quand j’ai mis le pied sur le tarmac, l’endroit Ă©tait vivant. Des centaines de personnes longeaient les barriĂšres, des gosses de riches en plein fantasme Fast & Furious, des pilotes aguerris qui avaient misĂ©s de l’argent qu’ils n’avaient pas. Les flashes crĂ©pitaient, des basses cognaient depuis des enceintes grosses comme des camions. Des drones bourdonnaient au-dessus, captant chaque mouvement. Mais tout le monde s’est retournĂ© quand quelqu’un est arrivĂ©. Je parie que c’était le fameux Jules. McLaren Sabre argent. Finitions chromĂ©es, ailerons noirs. Le son du moteur Ă©tait si grave qu’il alourdissait l’air. Il en est sorti comme un fantĂŽme d’acier. Son casque reflĂ©tait le mien, sans visage, illisible. Il ne m’a pas regardĂ©e, pas directement, mais j’ai senti son attention comme de l’électricitĂ© statique sur ma peau. Tout le monde connaissait Jules, mais personne ne savait qui il Ă©tait, ni Ă  quoi il ressemblait. Il n’avait jamais perdu. Pas une seule fois. Pas en trois ans. Son nom Ă©tait synonyme de trouille sur la piste. Pas seulement parce qu’il Ă©tait rapide. Mais parce qu’il donnait l’impression aux autres d’ĂȘtre Ă  l’arrĂȘt. Je n’étais pas venue Ă  Vegas pour des vacances. J’étais venue pour mettre fin Ă  sa sĂ©rie. La voix du speaker a rĂ©sonnĂ© dans les haut-parleurs. — Mesdames et messieurs... voilĂ  celle que vous attendiez. La Reine du Strip contre le Roi FantĂŽme. Catwoman. Jules. Une course, un vainqueur. La foule a hurlĂ©. Les camĂ©ras ont fouettĂ© l’air entre nous. Je suis montĂ©e dans ma voiture et je me suis sanglĂ©e, laissant le silence du cockpit m’engloutir. Mes mains ont glissĂ© sur le volant comme si je touchais quelque chose de sacrĂ©. Le monde dehors n’existait plus. Il n’y avait plus que la route, le moteur et la ligne d’arrivĂ©e. Les feux sont passĂ©s au rouge. Puis au jaune. Puis au vert, et je me suis Ă©lancĂ©e. La force G m’a cueillie comme un coup de poing en plein torse. Ma vision s’est rĂ©trĂ©cie quand j’ai pris le premier virage, les pneus hurlant sur l’asphalte. Il Ă©tait lĂ , toujours lĂ , comme une ombre collĂ©e Ă  mon rĂ©tro. Chaque virage, il rĂ©pondait. Chaque accĂ©lĂ©ration, il suivait. Mais je l’avais Ă©tudiĂ©. Je savais comment il prenait ses courbes. Je savais oĂč il hĂ©sitait d’une milliseconde. Et ce soir, je ne faisais pas que courir ; j’attaquais. On a avalĂ© le premier tour en moins d’une minute. Le deuxiĂšme s’est fondu dans les flammes au bord de piste, l’odeur de gomme brĂ»lĂ©e et le vacarme assourdissant des chants. Mon pouls s’est calĂ© sur le grondement de mon moteur. Au troisiĂšme tour, j’ai tentĂ©. Il est parti Ă  gauche, j’ai coupĂ© Ă  l’intĂ©rieur et cessĂ© le vibreur, frĂŽlant la barriĂšre Ă  quelques centimĂštres. La voiture a tremblĂ©. Mes dents ont claquĂ©. Mais j’ai pris l’avantage. La foule a explosĂ©. La derniĂšre ligne droite, c’était le chaos — cous tendus, paris hurlĂ©s, des gens en train de filmer l’Histoire avec des mains qui tremblaient. J’ai gardĂ© le pied au plancher. Pas de peur. Pas de pitiĂ©. La ligne d’arrivĂ©e m’a foncĂ© dessus. Je l’ai franchie la premiĂšre. Avec 0,7 seconde d’avance. J’ai plantĂ© les freins et fait glisser la voiture en demi-drift avant qu’elle ne s’immobilise. Mon souffle venait par saccades, et pendant une seconde, je n’ai pas bougĂ©. J’ai laissĂ© l’info s’imprimer. Je venais de battre Jules. La grande lĂ©gende invaincue. Et je l’avais fait chez lui. Je suis sortie lentement. Les camĂ©ras ont affluĂ©. Les fans ont hurlĂ©. Mais je n’ai pas enlevĂ© mon casque. J’ai levĂ© une main gantĂ©e vers la foule et je me suis Ă©loignĂ©e. Il m’a regardĂ©e. Il a levĂ© deux doigts contre son casque et m’a saluĂ©e d’un geste lent, presque amusĂ©. Puis il a tournĂ© les talons et s’est fondu dans la foule. Il avait disparu quand j’ai voulu le revoir. Pas de confrontation. Pas de poignĂ©e de main. Classique, mais je m’en fichais. J’avais fait ce que personne d’autre n’avait pu faire. Et j’avais besoin d’un verre. Le bar Ă©tait planquĂ© dans le genre d’hĂŽtel de luxe que seul le vieil argent peut se payer — marbre au sol, ascenseurs en verre, cocktails plus chers qu’une paire de pompes. Je me suis assise Ă  la table du coin, en petite robe noire. Mes fringues de route et le casque verrouillĂ©s dans la voiture, les yeux planquĂ©s derriĂšre des lunettes de crĂ©ateur. J’ai commandĂ© un truc costaud, peu importe quoi. À la moitiĂ© de mon deuxiĂšme verre, ils se sont pointĂ©s — deux types. Vingt-cinq, vingt-huit ans, costumes dĂ©faits, confiance poussĂ©e Ă  fond. Riches, clairement. L’un avait un sourire en coin sombre qui collait mal Ă  sa dĂ©tente apparente. L’autre, le genre qui n’a pas besoin d’essayer pour ĂȘtre charmant ; ça arrive tout seul. — On peut s’asseoir ? J’ai haussĂ© les Ă©paules. — C’est Vegas, non ? Ils se sont glissĂ©s dans la banquette et ont commencĂ© Ă  parler. Je n’écoutais pas les mots. J’avais juste besoin de bruit. Un truc pour noyer mes pensĂ©es. On a bu. Plus que de raison. Je n’ai pas demandĂ© de prĂ©noms. Eux non plus. Entre un fou rire et le sol qui commençait Ă  tanguer, j’ai senti une main frĂŽler la mienne. Chaude. Douce. Pas pressĂ©e. Juste lĂ . Je ne l’ai pas retirĂ©e. Au contraire, j’ai attrapĂ© sa main et je l’ai emmenĂ© sur la piste. On a dansĂ©, mais je ne sais pas ce qui m’a pris ; peut-ĂȘtre l’alcool, mais je me collais Ă  lui. Peut-ĂȘtre le fameux — ce qui se passe Ă  Vegas reste Ă  Vegas. Il Ă©tait dur, je me suis retournĂ©e et je lui ai ri au nez. — Des ennuis, a-t-il soufflĂ© en m’attrapant la main pour m’entraĂźner dehors. On est montĂ©s sur le toit, un hĂ©lico nous attendait. Il m’a fait monter. Le pilote n’a mĂȘme pas levĂ© les yeux. L’homme m’a embrassĂ©e ; j’ai commencĂ© par lui enlever sa chemise. Il m’a regardĂ©e comme s’il me plaignait. Mais je continuais Ă  me frotter Ă  sa partie sensible pendant qu’on s’embrassait. — Je crois que mon pote a mis quelque chose dans nos verres ; j’ai juste envie lĂ , tout de suite. — Faisons-le. Je n’en revenais pas d’entendre ma propre voix, mais je voulais qu’il me prenne. Il se glisse sur moi, cale son genou pour m’écarter les jambes, et sa main remonte ma cuisse, passe sur le tissu fin comme du papier de ma robe noire. Je me tortille sous lui, ça semble l’encourager, et je sens sa duretĂ© heurter mon bassin. Son souffle chaud trace une ligne le long de mon cou. — Je veux ĂȘtre doux, mais je n’y arrive pas. Le truc est trop fort, chuchote-t-il. — Ne t'arrĂȘte pas, je t’en prie, ai-je suppliĂ©. — J'y suis presque ; tu me rends tellement dur, princesse, dit-il. On est arrivĂ©s Ă  un hĂŽtel ; il me tenait comme un trophĂ©e. — On se marie ? a-t-il demandĂ©, et j’ai hochĂ© la tĂȘte. On a achetĂ© une bague pour homme. — Et la mienne ? ai-je demandĂ©, et il a ri. — Dans ma chambre d’hĂŽtel. La tienne est spĂ©ciale, dit-il, et un homme est arrivĂ© avec des papiers et on a tous les deux signĂ©. Je ne sais pas ce que je signais, j’ai juste signĂ©. Chapitre 3 Je vais jouir en toi ~Katia~ — Tu sais comme j’ai dĂ» me retenir ? Je ne rĂ©pondis pas. Mon esprit Ă©tait encore embrumĂ© par tout ce qui venait de se passer. Je ressentais une Ă©trange tension dans tout mon corps. Il me porta dans ses bras, comme une mariĂ©e, et me conduisit Ă  sa chambre d’hĂŽtel. — Maintenant, je peux enfin ĂȘtre avec toi comme je le veux, parce que tu es ma femme, princesse. La chambre Ă©tait sombre. Je ressentais mille choses Ă  la fois ; je doutais mĂȘme de me souvenir de mon prĂ©nom Ă  ce stade. Il me dĂ©posa sur le lit. Son doigt glissa sur mes lĂšvres avant que sa bouche ne frĂŽle mon cou. Je frissonnai. Mon esprit oscillait entre trouble, Ă©motion et confusion. — J’adore ton corps, ma femme. Il remonta lĂ©gĂšrement ma robe. — Je n’arrivais plus Ă  attendre de t’avoir prĂšs de moi. Depuis l’hĂ©lico, je ne pense qu’à ça. Je veux que tu t’en souviennes. Ses paroles me traversĂšrent de part en part. Je sentis la chaleur envahir mon visage. — Tu es magnifique. Je n’eus pas le temps de rĂ©pondre. Tout semblait aller trop vite. Les battements de mon cƓur rĂ©sonnaient dans mes oreilles tandis qu’il continuait de me couvrir d’attention. — Regarde-moi, ma femme. J’essayai de parler, mais aucun mot ne vint. Le temps semblait se dĂ©former autour de nous. Je me sentais Ă©tourdie, emportĂ©e dans un tourbillon de sensations et d’émotions contradictoires. Il retira ma robe, puis se dĂ©barrassa de ses propres vĂȘtements. Lorsqu’il se rapprocha davantage, je retins mon souffle. Mon esprit se dispersa un instant tandis qu’il m’attirait contre lui. — Tellement parfaite, murmura-t-il. Il continua de me serrer contre lui, multipliant les gestes tendres et possessifs. Peu Ă  peu, la confusion laissa place Ă  une Ă©trange sensation de sĂ©curitĂ©. Puis il me redressa contre lui. Je m’accrochai Ă  ses Ă©paules tandis qu’il me maintenait prĂšs de lui. Tout semblait irrĂ©el, comme un rĂȘve dont je n’arrivais plus Ă  distinguer les contours. — Je vais prendre soin de toi, princesse. Sa voix Ă©tait basse, presque rassurante. La nuit s’étira sans que je sois capable de mesurer le temps. Les heures s'effacĂšrent dans un mĂ©lange de fatigue, d’émotions et de proximitĂ©. Lorsque le sommeil finit par nous emporter, je ne savais mĂȘme plus Ă  quel moment cela Ă©tait arrivĂ©. Le matin me frappa avec un soleil cruel et un mal de tĂȘte insupportable. Je me rĂ©veillai dans une chambre que je ne reconnaissais pas. La piĂšce respirait le luxe et portait encore les traces d’une nuit agitĂ©e. Une odeur de parfum coĂ»teux flottait dans l’air. Ma tĂȘte battait. Mon corps me faisait mal. J’étais nue sous les draps, emmĂȘlĂ©e dedans comme si j’y avais Ă©tĂ© abandonnĂ©e. À cĂŽtĂ© de moi, un homme dormait. Un inconnu. La panique me saisit immĂ©diatement. Je n’arrivais mĂȘme pas Ă  le regarder. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas associer un visage Ă  cette nuit dont je ne gardais presque aucun souvenir. Je me redressai trop vite et une douleur traversa le bas de mon corps. Je retins un souffle et resserrai les draps autour de moi. Tout Ă©tait endolori. Mes jambes semblaient lourdes et douloureuses. Je cherchai ma robe du regard. Elle gisait sur le sol, froissĂ©e et imprĂ©gnĂ©e de fumĂ©e. Je l’enfilai en grimaçant Ă  chaque mouvement. Mes talons reposaient prĂšs de la porte. J’avançai vers eux lentement, comme si je rĂ©apprenais Ă  marcher. Qu’est-ce qui s’est passĂ© hier soir ? Je me souvenais de la course. De la victoire. Du rugissement de la foule. Je me souvenais ĂȘtre allĂ©e boire un verre pour fĂȘter ça. Puis un autre. Et encore un autre. Deux hommes Ă©taient venus me parler. Leurs visages Ă©taient flous. AprĂšs cela ? Le nĂ©ant. Quelques Ă©clats de rire. Peut-ĂȘtre une partie de billard. Peut-ĂȘtre de la tequila. Puis plus rien. Seulement les douleurs. Seulement cet inconnu. Seulement cette chambre inconnue. Je rĂ©cupĂ©rai mon sac prĂšs du canapĂ© et quittai la piĂšce sans me retourner. Je ne voulais pas le rĂ©veiller. Je ne voulais pas l’entendre parler. Je ne voulais pas savoir qui il Ă©tait. Je rejoignis ma voiture et retournai Ă  mon hĂŽtel comme un fantĂŽme. Une fois dans ma suite, je me prĂ©cipitai sous la douche. L’eau chaude coula sur ma peau, mais elle ne parvenait pas Ă  effacer le malaise qui me collait Ă  la peau. Ma poitrine Ă©tait serrĂ©e. Mes yeux brĂ»laient. Puis quelque chose de froid heurta ma joue. Je baissai les yeux vers ma main gauche. Mon souffle se coupa. Une bague. Je portais une bague. Ce n’était pas un simple bijou. Elle brillait. Elle semblait prĂ©cieuse. Importante. DĂ©finitive. — C’est quoi ce dĂ©lire ? murmurai-je. Je sortis prĂ©cipitamment de la douche. Mes mains tremblaient tandis que j’examinais l’anneau. Il avait l’air authentique. TrĂšs cher. Beaucoup trop cher. Mais je ne me souvenais de rien. Ni d’une demande. Ni d’une cĂ©rĂ©monie. Ni mĂȘme d’un Ă©change de vƓux. J’enfilai des vĂȘtements Ă  la hĂąte et quittai ma chambre pour retrouver cet homme. N’importe quel indice aurait fait l’affaire. Mais je ne me rappelais rien. Aucun nom. Aucun visage. Aucune chambre. MĂȘme si je le croisais dans le hall, je serais incapable de le reconnaĂźtre. — Bordel..., murmurai-je en me tenant la tempe. Je ne me souvenais de rien.

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Chapitre 1 L'accord Katia Je me suis rĂ©veillĂ©e au son de gens qui chantaient faux. — Joyeux anniversaire... J’ai clignĂ© des yeux, la lumiĂšre du soleil filtrait Ă  travers les rideaux, et mon cerveau avait du mal Ă  redĂ©marrer. Les voix devenaient plus fortes, et pendant une seconde, j’ai cru que je rĂȘvais. Un rĂȘve vraiment bizarre, tout faux. — Joyeux anniversaire, Katia... La porte de ma chambre s’est ouverte en grand. Je me suis redressĂ©e si vite que la couverture s’est emmĂȘlĂ©e autour de mes jambes comme un piĂšge. Ma vue s’est ajustĂ©e juste Ă  temps pour voir une petite procession entrer dans la piĂšce : Delia en tĂȘte avec un cupcake sur un plateau, mon pĂšre derriĂšre elle, tĂ©lĂ©phone levĂ© comme s’il filmait une vidĂ©o d’otage, et puis, ma mĂšre, qui souriait. J’ai failli m’étouffer : ma mĂšre ne m’a jamais souri. — Joyeux anniversaire, mon cƓur, dit-elle ; sa voix Ă©tait douce et artificielle, comme si elle l’avait parfumĂ©e avant de la laisser sortir. Je la fixai comme si une deuxiĂšme tĂȘte lui avait poussĂ©. Parce que voilĂ  : Martha ne fĂȘtait pas les anniversaires. Pas les miens, en tout cas. Delia, si. ThĂšmes princesse, ballons, robes neuves, et un chƓur de parents qui faisaient semblant de s’aimer. Moi, j’avais les silences gĂȘnĂ©s et des cartes achetĂ©es Ă  la station-service Ă  la derniĂšre minute. Une fois, j’ai eu un aspirateur. J’avais douze ans. Alors ça ? Ça sentait le piĂšge. — Euh... merci ? bĂ©gayai-je d’une voix rauque, mĂ©fiante. Delia posa le plateau sur mes genoux comme une offrande de paix. — C’est moi qui ai fait le cupcake, dit-elle d’une voix mielleuse, ce qui voulait dire que la femme de mĂ©nage l’avait sans doute fait pendant que Delia supervisait un verre de vin Ă  la main. Je baissai les yeux. Vanille, glaçage blanc, et une bougie esseulĂ©e plantĂ©e au milieu comme une fusĂ©e de dĂ©tresse. — Souffle, dit gaiement mon pĂšre, mais ses yeux faisaient ce truc qu’ils font quand il est nerveux : ils furetaient partout comme s’ils cherchaient une sortie. Je plissai les yeux. — D’accord, sĂ©rieux. Qu’est-ce qui se passe ? Ma mĂšre eut un petit rire, comme si j’étais ridicule d’avoir les bons instincts. Elle s’assit au bord du lit, lissant la couette comme si elle l’avait dĂ©jĂ  touchĂ©e. — Tu as vingt ans maintenant, dit-elle doucement. C’est un Ăąge trĂšs important. — Cool, dis-je, pas impressionnĂ©e. Je dois me prĂ©parer Ă  un sĂ©minaire fiscal ou quoi ? Delia gloussa. Papa toussa. Ma mĂšre continua, imperturbable. — Tu es une femme maintenant, Katia. Et ton pĂšre et moi avons quelque chose de trĂšs excitant et trĂšs important Ă  te dire. VoilĂ . Le dard dans le glaçage. Le piĂšge sous le ruban. Je me redressai un peu plus. — D’accord... Elle me regarda comme si elle s’apprĂȘtait Ă  me poser un diadĂšme sur la tĂȘte. — Tu as Ă©tĂ© choisie pour Ă©pouser Julian Windsor. La piĂšce n’a pas sombrĂ© dans le silence ; elle a sonnĂ© creux. Pendant une seconde, je n’ai mĂȘme pas rĂ©ussi Ă  traiter les mots. Je l’ai fixĂ©e, attendant la chute, une Ă©quipe de tournage, n’importe quoi. — Qui ? demandai-je, alors que j’avais trĂšs bien entendu. — Julian Windsor, rĂ©pĂ©ta-t-elle comme si l’idiote, c’était moi. L’hĂ©ritier Windsor. Leur famille s’intĂ©resse Ă  une alliance depuis des annĂ©es. Tu as Ă©tĂ© fiancĂ©e Ă  seize ans. — Quoi ?! — On ne voulait pas te submerger Ă  l’époque, dit penaud mon pĂšre. — À l’époque ? Tu veux dire quand j’avais seize ans ?! Le sourire de ma mĂšre ne vacilla pas. — C’était un mariage stratĂ©gique. Sa famille est trĂšs discrĂšte. TrĂšs puissante. C’est une bonne chose, Katia. Tu as une chance incroyable. Chanceuse ? Comme si c’était un lot. Comme si j’étais censĂ©e sauter de joie parce que j’étais le ticket d’or d’une loterie de reproduction de milliardaires. — Je ne l’ai mĂȘme jamais rencontrĂ©, dis-je, toujours en train d’essayer d’encaisser l’horreur dĂ©contractĂ©e qu’elle venait de me lĂącher comme un sujet de brunch. — Delia non plus, rĂ©pondit-elle avec aisance. Mais si les choses avaient Ă©tĂ© diffĂ©rentes, c’est elle qui l’aurait Ă©pousĂ©. Tu devrais ĂȘtre reconnaissante que ce soit toi. — Waouh, marmonnai-je. Que c’est gĂ©nĂ©reux de ta part, MĂšre. Delia s’adossa au montant du lit, enroulant une mĂšche autour de son doigt. — Il paraĂźt qu’il est vraiment trĂšs beau. Et riche. Genre... riche riche. Les Windsor possĂšdent, genre, tout. Des casinos. Du pĂ©trole. Peut-ĂȘtre un vaisseau spatial ? Je n’en sais rien. Ils sont ultra secrets. — GĂ©nial, lĂąchai-je sĂšchement. Donc j’épouse un fantĂŽme de gosse de riche, et tu sais ça comment ? Les yeux de ma mĂšre se durcirent, juste une seconde. — Ne fais pas ta comĂ©die, dit-elle. Il est bien rĂ©el. Et ils t’ont choisie. Ça devrait vouloir dire quelque chose. — Non, dis-je. Ce qui veut dire quelque chose, c’est que vous avez attendu quatre ans pour me dire que j’étais promise Ă  un parfait inconnu, comme dans une vente aux enchĂšres mĂ©diĂ©vale. — On s’est dit qu’on attendrait que les Windsor nous contactent, dit mon pĂšre en s’éclaircissant la voix. Et... c’est fait. Je le fixai. — Tu veux dire que c’est pour maintenant ? — Ils ont prĂ©vu une rencontre dans quelques semaines, dit ma mĂšre. Il y aura un dĂźner. Des formalitĂ©s. Vous ferez connaissance avant que les fiançailles soient rendues publiques. Publiques ? Bien sĂ»r. Parce que ce n’était pas une relation. C’était un communiquĂ© de presse en attente de publication. — Je n’arrive pas Ă  y croire, dis-je d’une voix plate. Vous ne m’avez mĂȘme pas demandĂ© mon avis. — On ne demande pas pour des opportunitĂ©s comme celle-lĂ , dit fermement ma mĂšre. On les accepte. VoilĂ  son vrai ton. Le masque glissait. Ce n’était plus la mĂšre souriante avec un cupcake. C’était la PDG de cette famille, et moi, une acquisition ratĂ©e qu’on forçait Ă  fusionner. Je sortis du lit et repoussai le plateau de mes genoux. Le cupcake bascula, la bougie Ă©talant du glaçage sur la couverture comme une couche de mensonges blancs. — J’ai besoin de prendre l’air, dis-je. Ma mĂšre se leva. — Katia, ne sois pas ridicule— — Non. J’ai besoin de rĂ©flĂ©chir. Je vais Ă  Vegas. Ça la prit de court. — Vegas ? — Juste un week-end, mentis-je. Pour me vider la tĂȘte. Vous voulez que j’épouse un inconnu ? TrĂšs bien. Mais laissez-moi d’abord un moment de libertĂ©. Elle avait l’air prĂȘte Ă  rĂ©pliquer, mais mon pĂšre posa la main sur son bras. — Laisse-la partir. Elle se ravisera. Je vis la guerre silencieuse se jouer sur son visage. Au final, le contrĂŽle a gagnĂ©. Parce qu’elle pensait l’avoir dĂ©jĂ  en poche. — TrĂšs bien, dit-elle, avec ce sourire atroce qui revenait. Va. Prends du temps. Mais n’oublie pas ce qui t’attend Ă  ton retour. Je n’ai pas rĂ©pondu. Je faisais dĂ©jĂ  ma valise Ă  la seconde oĂč la porte s’est refermĂ©e. Ils croyaient me laisser de l’espace. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que je n’allais pas Ă  Vegas pour prendre l’air. J’y allais pour la vitesse. Chapitre 2 La Pilote et la cerise sautĂ©e ~Katia~ La chaleur de Vegas m’a frappĂ©e comme une vague dĂšs que j’ai posĂ© le pied hors du jet privĂ©. La piste ondulait sous le soleil de fin d’aprĂšs-midi. J’ai plissĂ© les yeux derriĂšre mes lunettes, dĂ©jĂ  Ă  moitiĂ© attentive aux pings des mises Ă  jour sur mon tĂ©lĂ©phone jetable chiffrĂ© pour les courses. Six heures avant le dĂ©part, et mon cƓur battait la chamade. Mais je n’étais pas nerveuse. J’avais faim. La Rolls Royce Ghost noire qui m’attendait devant le hangar n’était pas discrĂšte, mais rien dans ce voyage ne devait l’ĂȘtre. Mon Ă©quipe m’a accueillie comme une PDG dĂ©barquant pour une OPA hostile. Je n’ai rien dit ; ils savaient pourquoi j’étais lĂ . Cette course clandestine, ce n’était pas une embrouille de coin de rue. C’était l’élite de l’élite, invitations fermĂ©es, accĂšs chiffrĂ©, et assez de voitures de luxe pour faire passer une grille de Formule 1 pour un parc d’occasions. Ils l’organisaient sur un ancien aĂ©rodrome dĂ©saffectĂ© Ă  la sortie de la ville. Vu du ciel, ça avait l’air abandonnĂ©. Vu du sol ? Un colisĂ©e nĂ©on, vibrant de bruit, de chaleur et de fric. Ma voiture Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ . Une Aston Martin Valkyrie AMR Pro bleu nuit, personnalisĂ©e jusqu’au dernier boulon. Le moteur ronronnait comme un lion en cage. J’ai passĂ© la main sur le capot, laissant la vibration remonter dans mon bras. Cette machine Ă©tait faite pour gagner. Comme moi. Je me suis changĂ©e au fond de la remorque, j’ai enfilĂ© ma combinaison noire mate, moulante, faite de matĂ©riaux qui valent plus cher que la maison de certains. Le casque Ă©tait tout noir, avec juste une fente de visiĂšre rouge vif. Pas besoin que les gens voient mon visage. Ils ne le mĂ©ritaient pas. Quand j’ai mis le pied sur le tarmac, l’endroit Ă©tait vivant. Des centaines de personnes longeaient les barriĂšres, des gosses de riches en plein fantasme Fast & Furious, des pilotes aguerris qui avaient misĂ©s de l’argent qu’ils n’avaient pas. Les flashes crĂ©pitaient, des basses cognaient depuis des enceintes grosses comme des camions. Des drones bourdonnaient au-dessus, captant chaque mouvement. Mais tout le monde s’est retournĂ© quand quelqu’un est arrivĂ©. Je parie que c’était le fameux Jules. McLaren Sabre argent. Finitions chromĂ©es, ailerons noirs. Le son du moteur Ă©tait si grave qu’il alourdissait l’air. Il en est sorti comme un fantĂŽme d’acier. Son casque reflĂ©tait le mien, sans visage, illisible. Il ne m’a pas regardĂ©e, pas directement, mais j’ai senti son attention comme de l’électricitĂ© statique sur ma peau. Tout le monde connaissait Jules, mais personne ne savait qui il Ă©tait, ni Ă  quoi il ressemblait. Il n’avait jamais perdu. Pas une seule fois. Pas en trois ans. Son nom Ă©tait synonyme de trouille sur la piste. Pas seulement parce qu’il Ă©tait rapide. Mais parce qu’il donnait l’impression aux autres d’ĂȘtre Ă  l’arrĂȘt. Je n’étais pas venue Ă  Vegas pour des vacances. J’étais venue pour mettre fin Ă  sa sĂ©rie. La voix du speaker a rĂ©sonnĂ© dans les haut-parleurs. — Mesdames et messieurs... voilĂ  celle que vous attendiez. La Reine du Strip contre le Roi FantĂŽme. Catwoman. Jules. Une course, un vainqueur. La foule a hurlĂ©. Les camĂ©ras ont fouettĂ© l’air entre nous. Je suis montĂ©e dans ma voiture et je me suis sanglĂ©e, laissant le silence du cockpit m’engloutir. Mes mains ont glissĂ© sur le volant comme si je touchais quelque chose de sacrĂ©. Le monde dehors n’existait plus. Il n’y avait plus que la route, le moteur et la ligne d’arrivĂ©e. Les feux sont passĂ©s au rouge. Puis au jaune. Puis au vert, et je me suis Ă©lancĂ©e. La force G m’a cueillie comme un coup de poing en plein torse. Ma vision s’est rĂ©trĂ©cie quand j’ai pris le premier virage, les pneus hurlant sur l’asphalte. Il Ă©tait lĂ , toujours lĂ , comme une ombre collĂ©e Ă  mon rĂ©tro. Chaque virage, il rĂ©pondait. Chaque accĂ©lĂ©ration, il suivait. Mais je l’avais Ă©tudiĂ©. Je savais comment il prenait ses courbes. Je savais oĂč il hĂ©sitait d’une milliseconde. Et ce soir, je ne faisais pas que courir ; j’attaquais. On a avalĂ© le premier tour en moins d’une minute. Le deuxiĂšme s’est fondu dans les flammes au bord de piste, l’odeur de gomme brĂ»lĂ©e et le vacarme assourdissant des chants. Mon pouls s’est calĂ© sur le grondement de mon moteur. Au troisiĂšme tour, j’ai tentĂ©. Il est parti Ă  gauche, j’ai coupĂ© Ă  l’intĂ©rieur et cessĂ© le vibreur, frĂŽlant la barriĂšre Ă  quelques centimĂštres. La voiture a tremblĂ©. Mes dents ont claquĂ©. Mais j’ai pris l’avantage. La foule a explosĂ©. La derniĂšre ligne droite, c’était le chaos — cous tendus, paris hurlĂ©s, des gens en train de filmer l’Histoire avec des mains qui tremblaient. J’ai gardĂ© le pied au plancher. Pas de peur. Pas de pitiĂ©. La ligne d’arrivĂ©e m’a foncĂ© dessus. Je l’ai franchie la premiĂšre. Avec 0,7 seconde d’avance. J’ai plantĂ© les freins et fait glisser la voiture en demi-drift avant qu’elle ne s’immobilise. Mon souffle venait par saccades, et pendant une seconde, je n’ai pas bougĂ©. J’ai laissĂ© l’info s’imprimer. Je venais de battre Jules. La grande lĂ©gende invaincue. Et je l’avais fait chez lui. Je suis sortie lentement. Les camĂ©ras ont affluĂ©. Les fans ont hurlĂ©. Mais je n’ai pas enlevĂ© mon casque. J’ai levĂ© une main gantĂ©e vers la foule et je me suis Ă©loignĂ©e. Il m’a regardĂ©e. Il a levĂ© deux doigts contre son casque et m’a saluĂ©e d’un geste lent, presque amusĂ©. Puis il a tournĂ© les talons et s’est fondu dans la foule. Il avait disparu quand j’ai voulu le revoir. Pas de confrontation. Pas de poignĂ©e de main. Classique, mais je m’en fichais. J’avais fait ce que personne d’autre n’avait pu faire. Et j’avais besoin d’un verre. Le bar Ă©tait planquĂ© dans le genre d’hĂŽtel de luxe que seul le vieil argent peut se payer — marbre au sol, ascenseurs en verre, cocktails plus chers qu’une paire de pompes. Je me suis assise Ă  la table du coin, en petite robe noire. Mes fringues de route et le casque verrouillĂ©s dans la voiture, les yeux planquĂ©s derriĂšre des lunettes de crĂ©ateur. J’ai commandĂ© un truc costaud, peu importe quoi. À la moitiĂ© de mon deuxiĂšme verre, ils se sont pointĂ©s — deux types. Vingt-cinq, vingt-huit ans, costumes dĂ©faits, confiance poussĂ©e Ă  fond. Riches, clairement. L’un avait un sourire en coin sombre qui collait mal Ă  sa dĂ©tente apparente. L’autre, le genre qui n’a pas besoin d’essayer pour ĂȘtre charmant ; ça arrive tout seul. — On peut s’asseoir ? J’ai haussĂ© les Ă©paules. — C’est Vegas, non ? Ils se sont glissĂ©s dans la banquette et ont commencĂ© Ă  parler. Je n’écoutais pas les mots. J’avais juste besoin de bruit. Un truc pour noyer mes pensĂ©es. On a bu. Plus que de raison. Je n’ai pas demandĂ© de prĂ©noms. Eux non plus. Entre un fou rire et le sol qui commençait Ă  tanguer, j’ai senti une main frĂŽler la mienne. Chaude. Douce. Pas pressĂ©e. Juste lĂ . Je ne l’ai pas retirĂ©e. Au contraire, j’ai attrapĂ© sa main et je l’ai emmenĂ© sur la piste. On a dansĂ©, mais je ne sais pas ce qui m’a pris ; peut-ĂȘtre l’alcool, mais je me collais Ă  lui. Peut-ĂȘtre le fameux — ce qui se passe Ă  Vegas reste Ă  Vegas. Il Ă©tait dur, je me suis retournĂ©e et je lui ai ri au nez. — Des ennuis, a-t-il soufflĂ© en m’attrapant la main pour m’entraĂźner dehors. On est montĂ©s sur le toit, un hĂ©lico nous attendait. Il m’a fait monter. Le pilote n’a mĂȘme pas levĂ© les yeux. L’homme m’a embrassĂ©e ; j’ai commencĂ© par lui enlever sa chemise. Il m’a regardĂ©e comme s’il me plaignait. Mais je continuais Ă  me frotter Ă  sa partie sensible pendant qu’on s’embrassait. — Je crois que mon pote a mis quelque chose dans nos verres ; j’ai juste envie lĂ , tout de suite. — Faisons-le. Je n’en revenais pas d’entendre ma propre voix, mais je voulais qu’il me prenne. Il se glisse sur moi, cale son genou pour m’écarter les jambes, et sa main remonte ma cuisse, passe sur le tissu fin comme du papier de ma robe noire. Je me tortille sous lui, ça semble l’encourager, et je sens sa duretĂ© heurter mon bassin. Son souffle chaud trace une ligne le long de mon cou. — Je veux ĂȘtre doux, mais je n’y arrive pas. Le truc est trop fort, chuchote-t-il. — Ne t'arrĂȘte pas, je t’en prie, ai-je suppliĂ©. — J'y suis presque ; tu me rends tellement dur, princesse, dit-il. On est arrivĂ©s Ă  un hĂŽtel ; il me tenait comme un trophĂ©e. — On se marie ? a-t-il demandĂ©, et j’ai hochĂ© la tĂȘte. On a achetĂ© une bague pour homme. — Et la mienne ? ai-je demandĂ©, et il a ri. — Dans ma chambre d’hĂŽtel. La tienne est spĂ©ciale, dit-il, et un homme est arrivĂ© avec des papiers et on a tous les deux signĂ©. Je ne sais pas ce que je signais, j’ai juste signĂ©. Chapitre 3 Je vais jouir en toi ~Katia~ — Tu sais comme j’ai dĂ» me retenir ? Je ne rĂ©pondis pas. Mon esprit Ă©tait encore embrumĂ© par tout ce qui venait de se passer. Je ressentais une Ă©trange tension dans tout mon corps. Il me porta dans ses bras, comme une mariĂ©e, et me conduisit Ă  sa chambre d’hĂŽtel. — Maintenant, je peux enfin ĂȘtre avec toi comme je le veux, parce que tu es ma femme, princesse. La chambre Ă©tait sombre. Je ressentais mille choses Ă  la fois ; je doutais mĂȘme de me souvenir de mon prĂ©nom Ă  ce stade. Il me dĂ©posa sur le lit. Son doigt glissa sur mes lĂšvres avant que sa bouche ne frĂŽle mon cou. Je frissonnai. Mon esprit oscillait entre trouble, Ă©motion et confusion. — J’adore ton corps, ma femme. Il remonta lĂ©gĂšrement ma robe. — Je n’arrivais plus Ă  attendre de t’avoir prĂšs de moi. Depuis l’hĂ©lico, je ne pense qu’à ça. Je veux que tu t’en souviennes. Ses paroles me traversĂšrent de part en part. Je sentis la chaleur envahir mon visage. — Tu es magnifique. Je n’eus pas le temps de rĂ©pondre. Tout semblait aller trop vite. Les battements de mon cƓur rĂ©sonnaient dans mes oreilles tandis qu’il continuait de me couvrir d’attention. — Regarde-moi, ma femme. J’essayai de parler, mais aucun mot ne vint. Le temps semblait se dĂ©former autour de nous. Je me sentais Ă©tourdie, emportĂ©e dans un tourbillon de sensations et d’émotions contradictoires. Il retira ma robe, puis se dĂ©barrassa de ses propres vĂȘtements. Lorsqu’il se rapprocha davantage, je retins mon souffle. Mon esprit se dispersa un instant tandis qu’il m’attirait contre lui. — Tellement parfaite, murmura-t-il. Il continua de me serrer contre lui, multipliant les gestes tendres et possessifs. Peu Ă  peu, la confusion laissa place Ă  une Ă©trange sensation de sĂ©curitĂ©. Puis il me redressa contre lui. Je m’accrochai Ă  ses Ă©paules tandis qu’il me maintenait prĂšs de lui. Tout semblait irrĂ©el, comme un rĂȘve dont je n’arrivais plus Ă  distinguer les contours. — Je vais prendre soin de toi, princesse. Sa voix Ă©tait basse, presque rassurante. La nuit s’étira sans que je sois capable de mesurer le temps. Les heures s'effacĂšrent dans un mĂ©lange de fatigue, d’émotions et de proximitĂ©. Lorsque le sommeil finit par nous emporter, je ne savais mĂȘme plus Ă  quel moment cela Ă©tait arrivĂ©. Le matin me frappa avec un soleil cruel et un mal de tĂȘte insupportable. Je me rĂ©veillai dans une chambre que je ne reconnaissais pas. La piĂšce respirait le luxe et portait encore les traces d’une nuit agitĂ©e. Une odeur de parfum coĂ»teux flottait dans l’air. Ma tĂȘte battait. Mon corps me faisait mal. J’étais nue sous les draps, emmĂȘlĂ©e dedans comme si j’y avais Ă©tĂ© abandonnĂ©e. À cĂŽtĂ© de moi, un homme dormait. Un inconnu. La panique me saisit immĂ©diatement. Je n’arrivais mĂȘme pas Ă  le regarder. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas associer un visage Ă  cette nuit dont je ne gardais presque aucun souvenir. Je me redressai trop vite et une douleur traversa le bas de mon corps. Je retins un souffle et resserrai les draps autour de moi. Tout Ă©tait endolori. Mes jambes semblaient lourdes et douloureuses. Je cherchai ma robe du regard. Elle gisait sur le sol, froissĂ©e et imprĂ©gnĂ©e de fumĂ©e. Je l’enfilai en grimaçant Ă  chaque mouvement. Mes talons reposaient prĂšs de la porte. J’avançai vers eux lentement, comme si je rĂ©apprenais Ă  marcher. Qu’est-ce qui s’est passĂ© hier soir ? Je me souvenais de la course. De la victoire. Du rugissement de la foule. Je me souvenais ĂȘtre allĂ©e boire un verre pour fĂȘter ça. Puis un autre. Et encore un autre. Deux hommes Ă©taient venus me parler. Leurs visages Ă©taient flous. AprĂšs cela ? Le nĂ©ant. Quelques Ă©clats de rire. Peut-ĂȘtre une partie de billard. Peut-ĂȘtre de la tequila. Puis plus rien. Seulement les douleurs. Seulement cet inconnu. Seulement cette chambre inconnue. Je rĂ©cupĂ©rai mon sac prĂšs du canapĂ© et quittai la piĂšce sans me retourner. Je ne voulais pas le rĂ©veiller. Je ne voulais pas l’entendre parler. Je ne voulais pas savoir qui il Ă©tait. Je rejoignis ma voiture et retournai Ă  mon hĂŽtel comme un fantĂŽme. Une fois dans ma suite, je me prĂ©cipitai sous la douche. L’eau chaude coula sur ma peau, mais elle ne parvenait pas Ă  effacer le malaise qui me collait Ă  la peau. Ma poitrine Ă©tait serrĂ©e. Mes yeux brĂ»laient. Puis quelque chose de froid heurta ma joue. Je baissai les yeux vers ma main gauche. Mon souffle se coupa. Une bague. Je portais une bague. Ce n’était pas un simple bijou. Elle brillait. Elle semblait prĂ©cieuse. Importante. DĂ©finitive. — C’est quoi ce dĂ©lire ? murmurai-je. Je sortis prĂ©cipitamment de la douche. Mes mains tremblaient tandis que j’examinais l’anneau. Il avait l’air authentique. TrĂšs cher. Beaucoup trop cher. Mais je ne me souvenais de rien. Ni d’une demande. Ni d’une cĂ©rĂ©monie. Ni mĂȘme d’un Ă©change de vƓux. J’enfilai des vĂȘtements Ă  la hĂąte et quittai ma chambre pour retrouver cet homme. N’importe quel indice aurait fait l’affaire. Mais je ne me rappelais rien. Aucun nom. Aucun visage. Aucune chambre. MĂȘme si je le croisais dans le hall, je serais incapable de le reconnaĂźtre. — Bordel..., murmurai-je en me tenant la tempe. Je ne me souvenais de rien.

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Chapitre 1 L'accord Katia Je me suis rĂ©veillĂ©e au son de gens qui chantaient faux. — Joyeux anniversaire... J’ai clignĂ© des yeux, la lumiĂšre du soleil filtrait Ă  travers les rideaux, et mon cerveau avait du mal Ă  redĂ©marrer. Les voix devenaient plus fortes, et pendant une seconde, j’ai cru que je rĂȘvais. Un rĂȘve vraiment bizarre, tout faux. — Joyeux anniversaire, Katia... La porte de ma chambre s’est ouverte en grand. Je me suis redressĂ©e si vite que la couverture s’est emmĂȘlĂ©e autour de mes jambes comme un piĂšge. Ma vue s’est ajustĂ©e juste Ă  temps pour voir une petite procession entrer dans la piĂšce : Delia en tĂȘte avec un cupcake sur un plateau, mon pĂšre derriĂšre elle, tĂ©lĂ©phone levĂ© comme s’il filmait une vidĂ©o d’otage, et puis, ma mĂšre, qui souriait. J’ai failli m’étouffer : ma mĂšre ne m’a jamais souri. — Joyeux anniversaire, mon cƓur, dit-elle ; sa voix Ă©tait douce et artificielle, comme si elle l’avait parfumĂ©e avant de la laisser sortir. Je la fixai comme si une deuxiĂšme tĂȘte lui avait poussĂ©. Parce que voilĂ  : Martha ne fĂȘtait pas les anniversaires. Pas les miens, en tout cas. Delia, si. ThĂšmes princesse, ballons, robes neuves, et un chƓur de parents qui faisaient semblant de s’aimer. Moi, j’avais les silences gĂȘnĂ©s et des cartes achetĂ©es Ă  la station-service Ă  la derniĂšre minute. Une fois, j’ai eu un aspirateur. J’avais douze ans. Alors ça ? Ça sentait le piĂšge. — Euh... merci ? bĂ©gayai-je d’une voix rauque, mĂ©fiante. Delia posa le plateau sur mes genoux comme une offrande de paix. — C’est moi qui ai fait le cupcake, dit-elle d’une voix mielleuse, ce qui voulait dire que la femme de mĂ©nage l’avait sans doute fait pendant que Delia supervisait un verre de vin Ă  la main. Je baissai les yeux. Vanille, glaçage blanc, et une bougie esseulĂ©e plantĂ©e au milieu comme une fusĂ©e de dĂ©tresse. — Souffle, dit gaiement mon pĂšre, mais ses yeux faisaient ce truc qu’ils font quand il est nerveux : ils furetaient partout comme s’ils cherchaient une sortie. Je plissai les yeux. — D’accord, sĂ©rieux. Qu’est-ce qui se passe ? Ma mĂšre eut un petit rire, comme si j’étais ridicule d’avoir les bons instincts. Elle s’assit au bord du lit, lissant la couette comme si elle l’avait dĂ©jĂ  touchĂ©e. — Tu as vingt ans maintenant, dit-elle doucement. C’est un Ăąge trĂšs important. — Cool, dis-je, pas impressionnĂ©e. Je dois me prĂ©parer Ă  un sĂ©minaire fiscal ou quoi ? Delia gloussa. Papa toussa. Ma mĂšre continua, imperturbable. — Tu es une femme maintenant, Katia. Et ton pĂšre et moi avons quelque chose de trĂšs excitant et trĂšs important Ă  te dire. VoilĂ . Le dard dans le glaçage. Le piĂšge sous le ruban. Je me redressai un peu plus. — D’accord... Elle me regarda comme si elle s’apprĂȘtait Ă  me poser un diadĂšme sur la tĂȘte. — Tu as Ă©tĂ© choisie pour Ă©pouser Julian Windsor. La piĂšce n’a pas sombrĂ© dans le silence ; elle a sonnĂ© creux. Pendant une seconde, je n’ai mĂȘme pas rĂ©ussi Ă  traiter les mots. Je l’ai fixĂ©e, attendant la chute, une Ă©quipe de tournage, n’importe quoi. — Qui ? demandai-je, alors que j’avais trĂšs bien entendu. — Julian Windsor, rĂ©pĂ©ta-t-elle comme si l’idiote, c’était moi. L’hĂ©ritier Windsor. Leur famille s’intĂ©resse Ă  une alliance depuis des annĂ©es. Tu as Ă©tĂ© fiancĂ©e Ă  seize ans. — Quoi ?! — On ne voulait pas te submerger Ă  l’époque, dit penaud mon pĂšre. — À l’époque ? Tu veux dire quand j’avais seize ans ?! Le sourire de ma mĂšre ne vacilla pas. — C’était un mariage stratĂ©gique. Sa famille est trĂšs discrĂšte. TrĂšs puissante. C’est une bonne chose, Katia. Tu as une chance incroyable. Chanceuse ? Comme si c’était un lot. Comme si j’étais censĂ©e sauter de joie parce que j’étais le ticket d’or d’une loterie de reproduction de milliardaires. — Je ne l’ai mĂȘme jamais rencontrĂ©, dis-je, toujours en train d’essayer d’encaisser l’horreur dĂ©contractĂ©e qu’elle venait de me lĂącher comme un sujet de brunch. — Delia non plus, rĂ©pondit-elle avec aisance. Mais si les choses avaient Ă©tĂ© diffĂ©rentes, c’est elle qui l’aurait Ă©pousĂ©. Tu devrais ĂȘtre reconnaissante que ce soit toi. — Waouh, marmonnai-je. Que c’est gĂ©nĂ©reux de ta part, MĂšre. Delia s’adossa au montant du lit, enroulant une mĂšche autour de son doigt. — Il paraĂźt qu’il est vraiment trĂšs beau. Et riche. Genre... riche riche. Les Windsor possĂšdent, genre, tout. Des casinos. Du pĂ©trole. Peut-ĂȘtre un vaisseau spatial ? Je n’en sais rien. Ils sont ultra secrets. — GĂ©nial, lĂąchai-je sĂšchement. Donc j’épouse un fantĂŽme de gosse de riche, et tu sais ça comment ? Les yeux de ma mĂšre se durcirent, juste une seconde. — Ne fais pas ta comĂ©die, dit-elle. Il est bien rĂ©el. Et ils t’ont choisie. Ça devrait vouloir dire quelque chose. — Non, dis-je. Ce qui veut dire quelque chose, c’est que vous avez attendu quatre ans pour me dire que j’étais promise Ă  un parfait inconnu, comme dans une vente aux enchĂšres mĂ©diĂ©vale. — On s’est dit qu’on attendrait que les Windsor nous contactent, dit mon pĂšre en s’éclaircissant la voix. Et... c’est fait. Je le fixai. — Tu veux dire que c’est pour maintenant ? — Ils ont prĂ©vu une rencontre dans quelques semaines, dit ma mĂšre. Il y aura un dĂźner. Des formalitĂ©s. Vous ferez connaissance avant que les fiançailles soient rendues publiques. Publiques ? Bien sĂ»r. Parce que ce n’était pas une relation. C’était un communiquĂ© de presse en attente de publication. — Je n’arrive pas Ă  y croire, dis-je d’une voix plate. Vous ne m’avez mĂȘme pas demandĂ© mon avis. — On ne demande pas pour des opportunitĂ©s comme celle-lĂ , dit fermement ma mĂšre. On les accepte. VoilĂ  son vrai ton. Le masque glissait. Ce n’était plus la mĂšre souriante avec un cupcake. C’était la PDG de cette famille, et moi, une acquisition ratĂ©e qu’on forçait Ă  fusionner. Je sortis du lit et repoussai le plateau de mes genoux. Le cupcake bascula, la bougie Ă©talant du glaçage sur la couverture comme une couche de mensonges blancs. — J’ai besoin de prendre l’air, dis-je. Ma mĂšre se leva. — Katia, ne sois pas ridicule— — Non. J’ai besoin de rĂ©flĂ©chir. Je vais Ă  Vegas. Ça la prit de court. — Vegas ? — Juste un week-end, mentis-je. Pour me vider la tĂȘte. Vous voulez que j’épouse un inconnu ? TrĂšs bien. Mais laissez-moi d’abord un moment de libertĂ©. Elle avait l’air prĂȘte Ă  rĂ©pliquer, mais mon pĂšre posa la main sur son bras. — Laisse-la partir. Elle se ravisera. Je vis la guerre silencieuse se jouer sur son visage. Au final, le contrĂŽle a gagnĂ©. Parce qu’elle pensait l’avoir dĂ©jĂ  en poche. — TrĂšs bien, dit-elle, avec ce sourire atroce qui revenait. Va. Prends du temps. Mais n’oublie pas ce qui t’attend Ă  ton retour. Je n’ai pas rĂ©pondu. Je faisais dĂ©jĂ  ma valise Ă  la seconde oĂč la porte s’est refermĂ©e. Ils croyaient me laisser de l’espace. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que je n’allais pas Ă  Vegas pour prendre l’air. J’y allais pour la vitesse. Chapitre 2 La Pilote et la cerise sautĂ©e ~Katia~ La chaleur de Vegas m’a frappĂ©e comme une vague dĂšs que j’ai posĂ© le pied hors du jet privĂ©. La piste ondulait sous le soleil de fin d’aprĂšs-midi. J’ai plissĂ© les yeux derriĂšre mes lunettes, dĂ©jĂ  Ă  moitiĂ© attentive aux pings des mises Ă  jour sur mon tĂ©lĂ©phone jetable chiffrĂ© pour les courses. Six heures avant le dĂ©part, et mon cƓur battait la chamade. Mais je n’étais pas nerveuse. J’avais faim. La Rolls Royce Ghost noire qui m’attendait devant le hangar n’était pas discrĂšte, mais rien dans ce voyage ne devait l’ĂȘtre. Mon Ă©quipe m’a accueillie comme une PDG dĂ©barquant pour une OPA hostile. Je n’ai rien dit ; ils savaient pourquoi j’étais lĂ . Cette course clandestine, ce n’était pas une embrouille de coin de rue. C’était l’élite de l’élite, invitations fermĂ©es, accĂšs chiffrĂ©, et assez de voitures de luxe pour faire passer une grille de Formule 1 pour un parc d’occasions. Ils l’organisaient sur un ancien aĂ©rodrome dĂ©saffectĂ© Ă  la sortie de la ville. Vu du ciel, ça avait l’air abandonnĂ©. Vu du sol ? Un colisĂ©e nĂ©on, vibrant de bruit, de chaleur et de fric. Ma voiture Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ . Une Aston Martin Valkyrie AMR Pro bleu nuit, personnalisĂ©e jusqu’au dernier boulon. Le moteur ronronnait comme un lion en cage. J’ai passĂ© la main sur le capot, laissant la vibration remonter dans mon bras. Cette machine Ă©tait faite pour gagner. Comme moi. Je me suis changĂ©e au fond de la remorque, j’ai enfilĂ© ma combinaison noire mate, moulante, faite de matĂ©riaux qui valent plus cher que la maison de certains. Le casque Ă©tait tout noir, avec juste une fente de visiĂšre rouge vif. Pas besoin que les gens voient mon visage. Ils ne le mĂ©ritaient pas. Quand j’ai mis le pied sur le tarmac, l’endroit Ă©tait vivant. Des centaines de personnes longeaient les barriĂšres, des gosses de riches en plein fantasme Fast & Furious, des pilotes aguerris qui avaient misĂ©s de l’argent qu’ils n’avaient pas. Les flashes crĂ©pitaient, des basses cognaient depuis des enceintes grosses comme des camions. Des drones bourdonnaient au-dessus, captant chaque mouvement. Mais tout le monde s’est retournĂ© quand quelqu’un est arrivĂ©. Je parie que c’était le fameux Jules. McLaren Sabre argent. Finitions chromĂ©es, ailerons noirs. Le son du moteur Ă©tait si grave qu’il alourdissait l’air. Il en est sorti comme un fantĂŽme d’acier. Son casque reflĂ©tait le mien, sans visage, illisible. Il ne m’a pas regardĂ©e, pas directement, mais j’ai senti son attention comme de l’électricitĂ© statique sur ma peau. Tout le monde connaissait Jules, mais personne ne savait qui il Ă©tait, ni Ă  quoi il ressemblait. Il n’avait jamais perdu. Pas une seule fois. Pas en trois ans. Son nom Ă©tait synonyme de trouille sur la piste. Pas seulement parce qu’il Ă©tait rapide. Mais parce qu’il donnait l’impression aux autres d’ĂȘtre Ă  l’arrĂȘt. Je n’étais pas venue Ă  Vegas pour des vacances. J’étais venue pour mettre fin Ă  sa sĂ©rie. La voix du speaker a rĂ©sonnĂ© dans les haut-parleurs. — Mesdames et messieurs... voilĂ  celle que vous attendiez. La Reine du Strip contre le Roi FantĂŽme. Catwoman. Jules. Une course, un vainqueur. La foule a hurlĂ©. Les camĂ©ras ont fouettĂ© l’air entre nous. Je suis montĂ©e dans ma voiture et je me suis sanglĂ©e, laissant le silence du cockpit m’engloutir. Mes mains ont glissĂ© sur le volant comme si je touchais quelque chose de sacrĂ©. Le monde dehors n’existait plus. Il n’y avait plus que la route, le moteur et la ligne d’arrivĂ©e. Les feux sont passĂ©s au rouge. Puis au jaune. Puis au vert, et je me suis Ă©lancĂ©e. La force G m’a cueillie comme un coup de poing en plein torse. Ma vision s’est rĂ©trĂ©cie quand j’ai pris le premier virage, les pneus hurlant sur l’asphalte. Il Ă©tait lĂ , toujours lĂ , comme une ombre collĂ©e Ă  mon rĂ©tro. Chaque virage, il rĂ©pondait. Chaque accĂ©lĂ©ration, il suivait. Mais je l’avais Ă©tudiĂ©. Je savais comment il prenait ses courbes. Je savais oĂč il hĂ©sitait d’une milliseconde. Et ce soir, je ne faisais pas que courir ; j’attaquais. On a avalĂ© le premier tour en moins d’une minute. Le deuxiĂšme s’est fondu dans les flammes au bord de piste, l’odeur de gomme brĂ»lĂ©e et le vacarme assourdissant des chants. Mon pouls s’est calĂ© sur le grondement de mon moteur. Au troisiĂšme tour, j’ai tentĂ©. Il est parti Ă  gauche, j’ai coupĂ© Ă  l’intĂ©rieur et cessĂ© le vibreur, frĂŽlant la barriĂšre Ă  quelques centimĂštres. La voiture a tremblĂ©. Mes dents ont claquĂ©. Mais j’ai pris l’avantage. La foule a explosĂ©. La derniĂšre ligne droite, c’était le chaos — cous tendus, paris hurlĂ©s, des gens en train de filmer l’Histoire avec des mains qui tremblaient. J’ai gardĂ© le pied au plancher. Pas de peur. Pas de pitiĂ©. La ligne d’arrivĂ©e m’a foncĂ© dessus. Je l’ai franchie la premiĂšre. Avec 0,7 seconde d’avance. J’ai plantĂ© les freins et fait glisser la voiture en demi-drift avant qu’elle ne s’immobilise. Mon souffle venait par saccades, et pendant une seconde, je n’ai pas bougĂ©. J’ai laissĂ© l’info s’imprimer. Je venais de battre Jules. La grande lĂ©gende invaincue. Et je l’avais fait chez lui. Je suis sortie lentement. Les camĂ©ras ont affluĂ©. Les fans ont hurlĂ©. Mais je n’ai pas enlevĂ© mon casque. J’ai levĂ© une main gantĂ©e vers la foule et je me suis Ă©loignĂ©e. Il m’a regardĂ©e. Il a levĂ© deux doigts contre son casque et m’a saluĂ©e d’un geste lent, presque amusĂ©. Puis il a tournĂ© les talons et s’est fondu dans la foule. Il avait disparu quand j’ai voulu le revoir. Pas de confrontation. Pas de poignĂ©e de main. Classique, mais je m’en fichais. J’avais fait ce que personne d’autre n’avait pu faire. Et j’avais besoin d’un verre. Le bar Ă©tait planquĂ© dans le genre d’hĂŽtel de luxe que seul le vieil argent peut se payer — marbre au sol, ascenseurs en verre, cocktails plus chers qu’une paire de pompes. Je me suis assise Ă  la table du coin, en petite robe noire. Mes fringues de route et le casque verrouillĂ©s dans la voiture, les yeux planquĂ©s derriĂšre des lunettes de crĂ©ateur. J’ai commandĂ© un truc costaud, peu importe quoi. À la moitiĂ© de mon deuxiĂšme verre, ils se sont pointĂ©s — deux types. Vingt-cinq, vingt-huit ans, costumes dĂ©faits, confiance poussĂ©e Ă  fond. Riches, clairement. L’un avait un sourire en coin sombre qui collait mal Ă  sa dĂ©tente apparente. L’autre, le genre qui n’a pas besoin d’essayer pour ĂȘtre charmant ; ça arrive tout seul. — On peut s’asseoir ? J’ai haussĂ© les Ă©paules. — C’est Vegas, non ? Ils se sont glissĂ©s dans la banquette et ont commencĂ© Ă  parler. Je n’écoutais pas les mots. J’avais juste besoin de bruit. Un truc pour noyer mes pensĂ©es. On a bu. Plus que de raison. Je n’ai pas demandĂ© de prĂ©noms. Eux non plus. Entre un fou rire et le sol qui commençait Ă  tanguer, j’ai senti une main frĂŽler la mienne. Chaude. Douce. Pas pressĂ©e. Juste lĂ . Je ne l’ai pas retirĂ©e. Au contraire, j’ai attrapĂ© sa main et je l’ai emmenĂ© sur la piste. On a dansĂ©, mais je ne sais pas ce qui m’a pris ; peut-ĂȘtre l’alcool, mais je me collais Ă  lui. Peut-ĂȘtre le fameux — ce qui se passe Ă  Vegas reste Ă  Vegas. Il Ă©tait dur, je me suis retournĂ©e et je lui ai ri au nez. — Des ennuis, a-t-il soufflĂ© en m’attrapant la main pour m’entraĂźner dehors. On est montĂ©s sur le toit, un hĂ©lico nous attendait. Il m’a fait monter. Le pilote n’a mĂȘme pas levĂ© les yeux. L’homme m’a embrassĂ©e ; j’ai commencĂ© par lui enlever sa chemise. Il m’a regardĂ©e comme s’il me plaignait. Mais je continuais Ă  me frotter Ă  sa partie sensible pendant qu’on s’embrassait. — Je crois que mon pote a mis quelque chose dans nos verres ; j’ai juste envie lĂ , tout de suite. — Faisons-le. Je n’en revenais pas d’entendre ma propre voix, mais je voulais qu’il me prenne. Il se glisse sur moi, cale son genou pour m’écarter les jambes, et sa main remonte ma cuisse, passe sur le tissu fin comme du papier de ma robe noire. Je me tortille sous lui, ça semble l’encourager, et je sens sa duretĂ© heurter mon bassin. Son souffle chaud trace une ligne le long de mon cou. — Je veux ĂȘtre doux, mais je n’y arrive pas. Le truc est trop fort, chuchote-t-il. — Ne t'arrĂȘte pas, je t’en prie, ai-je suppliĂ©. — J'y suis presque ; tu me rends tellement dur, princesse, dit-il. On est arrivĂ©s Ă  un hĂŽtel ; il me tenait comme un trophĂ©e. — On se marie ? a-t-il demandĂ©, et j’ai hochĂ© la tĂȘte. On a achetĂ© une bague pour homme. — Et la mienne ? ai-je demandĂ©, et il a ri. — Dans ma chambre d’hĂŽtel. La tienne est spĂ©ciale, dit-il, et un homme est arrivĂ© avec des papiers et on a tous les deux signĂ©. Je ne sais pas ce que je signais, j’ai juste signĂ©. Chapitre 3 Je vais jouir en toi ~Katia~ — Tu sais comme j’ai dĂ» me retenir ? Je ne rĂ©pondis pas. Mon esprit Ă©tait encore embrumĂ© par tout ce qui venait de se passer. Je ressentais une Ă©trange tension dans tout mon corps. Il me porta dans ses bras, comme une mariĂ©e, et me conduisit Ă  sa chambre d’hĂŽtel. — Maintenant, je peux enfin ĂȘtre avec toi comme je le veux, parce que tu es ma femme, princesse. La chambre Ă©tait sombre. Je ressentais mille choses Ă  la fois ; je doutais mĂȘme de me souvenir de mon prĂ©nom Ă  ce stade. Il me dĂ©posa sur le lit. Son doigt glissa sur mes lĂšvres avant que sa bouche ne frĂŽle mon cou. Je frissonnai. Mon esprit oscillait entre trouble, Ă©motion et confusion. — J’adore ton corps, ma femme. Il remonta lĂ©gĂšrement ma robe. — Je n’arrivais plus Ă  attendre de t’avoir prĂšs de moi. Depuis l’hĂ©lico, je ne pense qu’à ça. Je veux que tu t’en souviennes. Ses paroles me traversĂšrent de part en part. Je sentis la chaleur envahir mon visage. — Tu es magnifique. Je n’eus pas le temps de rĂ©pondre. Tout semblait aller trop vite. Les battements de mon cƓur rĂ©sonnaient dans mes oreilles tandis qu’il continuait de me couvrir d’attention. — Regarde-moi, ma femme. J’essayai de parler, mais aucun mot ne vint. Le temps semblait se dĂ©former autour de nous. Je me sentais Ă©tourdie, emportĂ©e dans un tourbillon de sensations et d’émotions contradictoires. Il retira ma robe, puis se dĂ©barrassa de ses propres vĂȘtements. Lorsqu’il se rapprocha davantage, je retins mon souffle. Mon esprit se dispersa un instant tandis qu’il m’attirait contre lui. — Tellement parfaite, murmura-t-il. Il continua de me serrer contre lui, multipliant les gestes tendres et possessifs. Peu Ă  peu, la confusion laissa place Ă  une Ă©trange sensation de sĂ©curitĂ©. Puis il me redressa contre lui. Je m’accrochai Ă  ses Ă©paules tandis qu’il me maintenait prĂšs de lui. Tout semblait irrĂ©el, comme un rĂȘve dont je n’arrivais plus Ă  distinguer les contours. — Je vais prendre soin de toi, princesse. Sa voix Ă©tait basse, presque rassurante. La nuit s’étira sans que je sois capable de mesurer le temps. Les heures s'effacĂšrent dans un mĂ©lange de fatigue, d’émotions et de proximitĂ©. Lorsque le sommeil finit par nous emporter, je ne savais mĂȘme plus Ă  quel moment cela Ă©tait arrivĂ©. Le matin me frappa avec un soleil cruel et un mal de tĂȘte insupportable. Je me rĂ©veillai dans une chambre que je ne reconnaissais pas. La piĂšce respirait le luxe et portait encore les traces d’une nuit agitĂ©e. Une odeur de parfum coĂ»teux flottait dans l’air. Ma tĂȘte battait. Mon corps me faisait mal. J’étais nue sous les draps, emmĂȘlĂ©e dedans comme si j’y avais Ă©tĂ© abandonnĂ©e. À cĂŽtĂ© de moi, un homme dormait. Un inconnu. La panique me saisit immĂ©diatement. Je n’arrivais mĂȘme pas Ă  le regarder. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas associer un visage Ă  cette nuit dont je ne gardais presque aucun souvenir. Je me redressai trop vite et une douleur traversa le bas de mon corps. Je retins un souffle et resserrai les draps autour de moi. Tout Ă©tait endolori. Mes jambes semblaient lourdes et douloureuses. Je cherchai ma robe du regard. Elle gisait sur le sol, froissĂ©e et imprĂ©gnĂ©e de fumĂ©e. Je l’enfilai en grimaçant Ă  chaque mouvement. Mes talons reposaient prĂšs de la porte. J’avançai vers eux lentement, comme si je rĂ©apprenais Ă  marcher. Qu’est-ce qui s’est passĂ© hier soir ? Je me souvenais de la course. De la victoire. Du rugissement de la foule. Je me souvenais ĂȘtre allĂ©e boire un verre pour fĂȘter ça. Puis un autre. Et encore un autre. Deux hommes Ă©taient venus me parler. Leurs visages Ă©taient flous. AprĂšs cela ? Le nĂ©ant. Quelques Ă©clats de rire. Peut-ĂȘtre une partie de billard. Peut-ĂȘtre de la tequila. Puis plus rien. Seulement les douleurs. Seulement cet inconnu. Seulement cette chambre inconnue. Je rĂ©cupĂ©rai mon sac prĂšs du canapĂ© et quittai la piĂšce sans me retourner. Je ne voulais pas le rĂ©veiller. Je ne voulais pas l’entendre parler. Je ne voulais pas savoir qui il Ă©tait. Je rejoignis ma voiture et retournai Ă  mon hĂŽtel comme un fantĂŽme. Une fois dans ma suite, je me prĂ©cipitai sous la douche. L’eau chaude coula sur ma peau, mais elle ne parvenait pas Ă  effacer le malaise qui me collait Ă  la peau. Ma poitrine Ă©tait serrĂ©e. Mes yeux brĂ»laient. Puis quelque chose de froid heurta ma joue. Je baissai les yeux vers ma main gauche. Mon souffle se coupa. Une bague. Je portais une bague. Ce n’était pas un simple bijou. Elle brillait. Elle semblait prĂ©cieuse. Importante. DĂ©finitive. — C’est quoi ce dĂ©lire ? murmurai-je. Je sortis prĂ©cipitamment de la douche. Mes mains tremblaient tandis que j’examinais l’anneau. Il avait l’air authentique. TrĂšs cher. Beaucoup trop cher. Mais je ne me souvenais de rien. Ni d’une demande. Ni d’une cĂ©rĂ©monie. Ni mĂȘme d’un Ă©change de vƓux. J’enfilai des vĂȘtements Ă  la hĂąte et quittai ma chambre pour retrouver cet homme. N’importe quel indice aurait fait l’affaire. Mais je ne me rappelais rien. Aucun nom. Aucun visage. Aucune chambre. MĂȘme si je le croisais dans le hall, je serais incapable de le reconnaĂźtre. — Bordel..., murmurai-je en me tenant la tempe. Je ne me souvenais de rien.

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Chapitre 1 L'accord Katia Je me suis rĂ©veillĂ©e au son de gens qui chantaient faux. — Joyeux anniversaire... J’ai clignĂ© des yeux, la lumiĂšre du soleil filtrait Ă  travers les rideaux, et mon cerveau avait du mal Ă  redĂ©marrer. Les voix devenaient plus fortes, et pendant une seconde, j’ai cru que je rĂȘvais. Un rĂȘve vraiment bizarre, tout faux. — Joyeux anniversaire, Katia... La porte de ma chambre s’est ouverte en grand. Je me suis redressĂ©e si vite que la couverture s’est emmĂȘlĂ©e autour de mes jambes comme un piĂšge. Ma vue s’est ajustĂ©e juste Ă  temps pour voir une petite procession entrer dans la piĂšce : Delia en tĂȘte avec un cupcake sur un plateau, mon pĂšre derriĂšre elle, tĂ©lĂ©phone levĂ© comme s’il filmait une vidĂ©o d’otage, et puis, ma mĂšre, qui souriait. J’ai failli m’étouffer : ma mĂšre ne m’a jamais souri. — Joyeux anniversaire, mon cƓur, dit-elle ; sa voix Ă©tait douce et artificielle, comme si elle l’avait parfumĂ©e avant de la laisser sortir. Je la fixai comme si une deuxiĂšme tĂȘte lui avait poussĂ©. Parce que voilĂ  : Martha ne fĂȘtait pas les anniversaires. Pas les miens, en tout cas. Delia, si. ThĂšmes princesse, ballons, robes neuves, et un chƓur de parents qui faisaient semblant de s’aimer. Moi, j’avais les silences gĂȘnĂ©s et des cartes achetĂ©es Ă  la station-service Ă  la derniĂšre minute. Une fois, j’ai eu un aspirateur. J’avais douze ans. Alors ça ? Ça sentait le piĂšge. — Euh... merci ? bĂ©gayai-je d’une voix rauque, mĂ©fiante. Delia posa le plateau sur mes genoux comme une offrande de paix. — C’est moi qui ai fait le cupcake, dit-elle d’une voix mielleuse, ce qui voulait dire que la femme de mĂ©nage l’avait sans doute fait pendant que Delia supervisait un verre de vin Ă  la main. Je baissai les yeux. Vanille, glaçage blanc, et une bougie esseulĂ©e plantĂ©e au milieu comme une fusĂ©e de dĂ©tresse. — Souffle, dit gaiement mon pĂšre, mais ses yeux faisaient ce truc qu’ils font quand il est nerveux : ils furetaient partout comme s’ils cherchaient une sortie. Je plissai les yeux. — D’accord, sĂ©rieux. Qu’est-ce qui se passe ? Ma mĂšre eut un petit rire, comme si j’étais ridicule d’avoir les bons instincts. Elle s’assit au bord du lit, lissant la couette comme si elle l’avait dĂ©jĂ  touchĂ©e. — Tu as vingt ans maintenant, dit-elle doucement. C’est un Ăąge trĂšs important. — Cool, dis-je, pas impressionnĂ©e. Je dois me prĂ©parer Ă  un sĂ©minaire fiscal ou quoi ? Delia gloussa. Papa toussa. Ma mĂšre continua, imperturbable. — Tu es une femme maintenant, Katia. Et ton pĂšre et moi avons quelque chose de trĂšs excitant et trĂšs important Ă  te dire. VoilĂ . Le dard dans le glaçage. Le piĂšge sous le ruban. Je me redressai un peu plus. — D’accord... Elle me regarda comme si elle s’apprĂȘtait Ă  me poser un diadĂšme sur la tĂȘte. — Tu as Ă©tĂ© choisie pour Ă©pouser Julian Windsor. La piĂšce n’a pas sombrĂ© dans le silence ; elle a sonnĂ© creux. Pendant une seconde, je n’ai mĂȘme pas rĂ©ussi Ă  traiter les mots. Je l’ai fixĂ©e, attendant la chute, une Ă©quipe de tournage, n’importe quoi. — Qui ? demandai-je, alors que j’avais trĂšs bien entendu. — Julian Windsor, rĂ©pĂ©ta-t-elle comme si l’idiote, c’était moi. L’hĂ©ritier Windsor. Leur famille s’intĂ©resse Ă  une alliance depuis des annĂ©es. Tu as Ă©tĂ© fiancĂ©e Ă  seize ans. — Quoi ?! — On ne voulait pas te submerger Ă  l’époque, dit penaud mon pĂšre. — À l’époque ? Tu veux dire quand j’avais seize ans ?! Le sourire de ma mĂšre ne vacilla pas. — C’était un mariage stratĂ©gique. Sa famille est trĂšs discrĂšte. TrĂšs puissante. C’est une bonne chose, Katia. Tu as une chance incroyable. Chanceuse ? Comme si c’était un lot. Comme si j’étais censĂ©e sauter de joie parce que j’étais le ticket d’or d’une loterie de reproduction de milliardaires. — Je ne l’ai mĂȘme jamais rencontrĂ©, dis-je, toujours en train d’essayer d’encaisser l’horreur dĂ©contractĂ©e qu’elle venait de me lĂącher comme un sujet de brunch. — Delia non plus, rĂ©pondit-elle avec aisance. Mais si les choses avaient Ă©tĂ© diffĂ©rentes, c’est elle qui l’aurait Ă©pousĂ©. Tu devrais ĂȘtre reconnaissante que ce soit toi. — Waouh, marmonnai-je. Que c’est gĂ©nĂ©reux de ta part, MĂšre. Delia s’adossa au montant du lit, enroulant une mĂšche autour de son doigt. — Il paraĂźt qu’il est vraiment trĂšs beau. Et riche. Genre... riche riche. Les Windsor possĂšdent, genre, tout. Des casinos. Du pĂ©trole. Peut-ĂȘtre un vaisseau spatial ? Je n’en sais rien. Ils sont ultra secrets. — GĂ©nial, lĂąchai-je sĂšchement. Donc j’épouse un fantĂŽme de gosse de riche, et tu sais ça comment ? Les yeux de ma mĂšre se durcirent, juste une seconde. — Ne fais pas ta comĂ©die, dit-elle. Il est bien rĂ©el. Et ils t’ont choisie. Ça devrait vouloir dire quelque chose. — Non, dis-je. Ce qui veut dire quelque chose, c’est que vous avez attendu quatre ans pour me dire que j’étais promise Ă  un parfait inconnu, comme dans une vente aux enchĂšres mĂ©diĂ©vale. — On s’est dit qu’on attendrait que les Windsor nous contactent, dit mon pĂšre en s’éclaircissant la voix. Et... c’est fait. Je le fixai. — Tu veux dire que c’est pour maintenant ? — Ils ont prĂ©vu une rencontre dans quelques semaines, dit ma mĂšre. Il y aura un dĂźner. Des formalitĂ©s. Vous ferez connaissance avant que les fiançailles soient rendues publiques. Publiques ? Bien sĂ»r. Parce que ce n’était pas une relation. C’était un communiquĂ© de presse en attente de publication. — Je n’arrive pas Ă  y croire, dis-je d’une voix plate. Vous ne m’avez mĂȘme pas demandĂ© mon avis. — On ne demande pas pour des opportunitĂ©s comme celle-lĂ , dit fermement ma mĂšre. On les accepte. VoilĂ  son vrai ton. Le masque glissait. Ce n’était plus la mĂšre souriante avec un cupcake. C’était la PDG de cette famille, et moi, une acquisition ratĂ©e qu’on forçait Ă  fusionner. Je sortis du lit et repoussai le plateau de mes genoux. Le cupcake bascula, la bougie Ă©talant du glaçage sur la couverture comme une couche de mensonges blancs. — J’ai besoin de prendre l’air, dis-je. Ma mĂšre se leva. — Katia, ne sois pas ridicule— — Non. J’ai besoin de rĂ©flĂ©chir. Je vais Ă  Vegas. Ça la prit de court. — Vegas ? — Juste un week-end, mentis-je. Pour me vider la tĂȘte. Vous voulez que j’épouse un inconnu ? TrĂšs bien. Mais laissez-moi d’abord un moment de libertĂ©. Elle avait l’air prĂȘte Ă  rĂ©pliquer, mais mon pĂšre posa la main sur son bras. — Laisse-la partir. Elle se ravisera. Je vis la guerre silencieuse se jouer sur son visage. Au final, le contrĂŽle a gagnĂ©. Parce qu’elle pensait l’avoir dĂ©jĂ  en poche. — TrĂšs bien, dit-elle, avec ce sourire atroce qui revenait. Va. Prends du temps. Mais n’oublie pas ce qui t’attend Ă  ton retour. Je n’ai pas rĂ©pondu. Je faisais dĂ©jĂ  ma valise Ă  la seconde oĂč la porte s’est refermĂ©e. Ils croyaient me laisser de l’espace. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que je n’allais pas Ă  Vegas pour prendre l’air. J’y allais pour la vitesse. Chapitre 2 La Pilote et la cerise sautĂ©e ~Katia~ La chaleur de Vegas m’a frappĂ©e comme une vague dĂšs que j’ai posĂ© le pied hors du jet privĂ©. La piste ondulait sous le soleil de fin d’aprĂšs-midi. J’ai plissĂ© les yeux derriĂšre mes lunettes, dĂ©jĂ  Ă  moitiĂ© attentive aux pings des mises Ă  jour sur mon tĂ©lĂ©phone jetable chiffrĂ© pour les courses. Six heures avant le dĂ©part, et mon cƓur battait la chamade. Mais je n’étais pas nerveuse. J’avais faim. La Rolls Royce Ghost noire qui m’attendait devant le hangar n’était pas discrĂšte, mais rien dans ce voyage ne devait l’ĂȘtre. Mon Ă©quipe m’a accueillie comme une PDG dĂ©barquant pour une OPA hostile. Je n’ai rien dit ; ils savaient pourquoi j’étais lĂ . Cette course clandestine, ce n’était pas une embrouille de coin de rue. C’était l’élite de l’élite, invitations fermĂ©es, accĂšs chiffrĂ©, et assez de voitures de luxe pour faire passer une grille de Formule 1 pour un parc d’occasions. Ils l’organisaient sur un ancien aĂ©rodrome dĂ©saffectĂ© Ă  la sortie de la ville. Vu du ciel, ça avait l’air abandonnĂ©. Vu du sol ? Un colisĂ©e nĂ©on, vibrant de bruit, de chaleur et de fric. Ma voiture Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ . Une Aston Martin Valkyrie AMR Pro bleu nuit, personnalisĂ©e jusqu’au dernier boulon. Le moteur ronronnait comme un lion en cage. J’ai passĂ© la main sur le capot, laissant la vibration remonter dans mon bras. Cette machine Ă©tait faite pour gagner. Comme moi. Je me suis changĂ©e au fond de la remorque, j’ai enfilĂ© ma combinaison noire mate, moulante, faite de matĂ©riaux qui valent plus cher que la maison de certains. Le casque Ă©tait tout noir, avec juste une fente de visiĂšre rouge vif. Pas besoin que les gens voient mon visage. Ils ne le mĂ©ritaient pas. Quand j’ai mis le pied sur le tarmac, l’endroit Ă©tait vivant. Des centaines de personnes longeaient les barriĂšres, des gosses de riches en plein fantasme Fast & Furious, des pilotes aguerris qui avaient misĂ©s de l’argent qu’ils n’avaient pas. Les flashes crĂ©pitaient, des basses cognaient depuis des enceintes grosses comme des camions. Des drones bourdonnaient au-dessus, captant chaque mouvement. Mais tout le monde s’est retournĂ© quand quelqu’un est arrivĂ©. Je parie que c’était le fameux Jules. McLaren Sabre argent. Finitions chromĂ©es, ailerons noirs. Le son du moteur Ă©tait si grave qu’il alourdissait l’air. Il en est sorti comme un fantĂŽme d’acier. Son casque reflĂ©tait le mien, sans visage, illisible. Il ne m’a pas regardĂ©e, pas directement, mais j’ai senti son attention comme de l’électricitĂ© statique sur ma peau. Tout le monde connaissait Jules, mais personne ne savait qui il Ă©tait, ni Ă  quoi il ressemblait. Il n’avait jamais perdu. Pas une seule fois. Pas en trois ans. Son nom Ă©tait synonyme de trouille sur la piste. Pas seulement parce qu’il Ă©tait rapide. Mais parce qu’il donnait l’impression aux autres d’ĂȘtre Ă  l’arrĂȘt. Je n’étais pas venue Ă  Vegas pour des vacances. J’étais venue pour mettre fin Ă  sa sĂ©rie. La voix du speaker a rĂ©sonnĂ© dans les haut-parleurs. — Mesdames et messieurs... voilĂ  celle que vous attendiez. La Reine du Strip contre le Roi FantĂŽme. Catwoman. Jules. Une course, un vainqueur. La foule a hurlĂ©. Les camĂ©ras ont fouettĂ© l’air entre nous. Je suis montĂ©e dans ma voiture et je me suis sanglĂ©e, laissant le silence du cockpit m’engloutir. Mes mains ont glissĂ© sur le volant comme si je touchais quelque chose de sacrĂ©. Le monde dehors n’existait plus. Il n’y avait plus que la route, le moteur et la ligne d’arrivĂ©e. Les feux sont passĂ©s au rouge. Puis au jaune. Puis au vert, et je me suis Ă©lancĂ©e. La force G m’a cueillie comme un coup de poing en plein torse. Ma vision s’est rĂ©trĂ©cie quand j’ai pris le premier virage, les pneus hurlant sur l’asphalte. Il Ă©tait lĂ , toujours lĂ , comme une ombre collĂ©e Ă  mon rĂ©tro. Chaque virage, il rĂ©pondait. Chaque accĂ©lĂ©ration, il suivait. Mais je l’avais Ă©tudiĂ©. Je savais comment il prenait ses courbes. Je savais oĂč il hĂ©sitait d’une milliseconde. Et ce soir, je ne faisais pas que courir ; j’attaquais. On a avalĂ© le premier tour en moins d’une minute. Le deuxiĂšme s’est fondu dans les flammes au bord de piste, l’odeur de gomme brĂ»lĂ©e et le vacarme assourdissant des chants. Mon pouls s’est calĂ© sur le grondement de mon moteur. Au troisiĂšme tour, j’ai tentĂ©. Il est parti Ă  gauche, j’ai coupĂ© Ă  l’intĂ©rieur et cessĂ© le vibreur, frĂŽlant la barriĂšre Ă  quelques centimĂštres. La voiture a tremblĂ©. Mes dents ont claquĂ©. Mais j’ai pris l’avantage. La foule a explosĂ©. La derniĂšre ligne droite, c’était le chaos — cous tendus, paris hurlĂ©s, des gens en train de filmer l’Histoire avec des mains qui tremblaient. J’ai gardĂ© le pied au plancher. Pas de peur. Pas de pitiĂ©. La ligne d’arrivĂ©e m’a foncĂ© dessus. Je l’ai franchie la premiĂšre. Avec 0,7 seconde d’avance. J’ai plantĂ© les freins et fait glisser la voiture en demi-drift avant qu’elle ne s’immobilise. Mon souffle venait par saccades, et pendant une seconde, je n’ai pas bougĂ©. J’ai laissĂ© l’info s’imprimer. Je venais de battre Jules. La grande lĂ©gende invaincue. Et je l’avais fait chez lui. Je suis sortie lentement. Les camĂ©ras ont affluĂ©. Les fans ont hurlĂ©. Mais je n’ai pas enlevĂ© mon casque. J’ai levĂ© une main gantĂ©e vers la foule et je me suis Ă©loignĂ©e. Il m’a regardĂ©e. Il a levĂ© deux doigts contre son casque et m’a saluĂ©e d’un geste lent, presque amusĂ©. Puis il a tournĂ© les talons et s’est fondu dans la foule. Il avait disparu quand j’ai voulu le revoir. Pas de confrontation. Pas de poignĂ©e de main. Classique, mais je m’en fichais. J’avais fait ce que personne d’autre n’avait pu faire. Et j’avais besoin d’un verre. Le bar Ă©tait planquĂ© dans le genre d’hĂŽtel de luxe que seul le vieil argent peut se payer — marbre au sol, ascenseurs en verre, cocktails plus chers qu’une paire de pompes. Je me suis assise Ă  la table du coin, en petite robe noire. Mes fringues de route et le casque verrouillĂ©s dans la voiture, les yeux planquĂ©s derriĂšre des lunettes de crĂ©ateur. J’ai commandĂ© un truc costaud, peu importe quoi. À la moitiĂ© de mon deuxiĂšme verre, ils se sont pointĂ©s — deux types. Vingt-cinq, vingt-huit ans, costumes dĂ©faits, confiance poussĂ©e Ă  fond. Riches, clairement. L’un avait un sourire en coin sombre qui collait mal Ă  sa dĂ©tente apparente. L’autre, le genre qui n’a pas besoin d’essayer pour ĂȘtre charmant ; ça arrive tout seul. — On peut s’asseoir ? J’ai haussĂ© les Ă©paules. — C’est Vegas, non ? Ils se sont glissĂ©s dans la banquette et ont commencĂ© Ă  parler. Je n’écoutais pas les mots. J’avais juste besoin de bruit. Un truc pour noyer mes pensĂ©es. On a bu. Plus que de raison. Je n’ai pas demandĂ© de prĂ©noms. Eux non plus. Entre un fou rire et le sol qui commençait Ă  tanguer, j’ai senti une main frĂŽler la mienne. Chaude. Douce. Pas pressĂ©e. Juste lĂ . Je ne l’ai pas retirĂ©e. Au contraire, j’ai attrapĂ© sa main et je l’ai emmenĂ© sur la piste. On a dansĂ©, mais je ne sais pas ce qui m’a pris ; peut-ĂȘtre l’alcool, mais je me collais Ă  lui. Peut-ĂȘtre le fameux — ce qui se passe Ă  Vegas reste Ă  Vegas. Il Ă©tait dur, je me suis retournĂ©e et je lui ai ri au nez. — Des ennuis, a-t-il soufflĂ© en m’attrapant la main pour m’entraĂźner dehors. On est montĂ©s sur le toit, un hĂ©lico nous attendait. Il m’a fait monter. Le pilote n’a mĂȘme pas levĂ© les yeux. L’homme m’a embrassĂ©e ; j’ai commencĂ© par lui enlever sa chemise. Il m’a regardĂ©e comme s’il me plaignait. Mais je continuais Ă  me frotter Ă  sa partie sensible pendant qu’on s’embrassait. — Je crois que mon pote a mis quelque chose dans nos verres ; j’ai juste envie lĂ , tout de suite. — Faisons-le. Je n’en revenais pas d’entendre ma propre voix, mais je voulais qu’il me prenne. Il se glisse sur moi, cale son genou pour m’écarter les jambes, et sa main remonte ma cuisse, passe sur le tissu fin comme du papier de ma robe noire. Je me tortille sous lui, ça semble l’encourager, et je sens sa duretĂ© heurter mon bassin. Son souffle chaud trace une ligne le long de mon cou. — Je veux ĂȘtre doux, mais je n’y arrive pas. Le truc est trop fort, chuchote-t-il. — Ne t'arrĂȘte pas, je t’en prie, ai-je suppliĂ©. — J'y suis presque ; tu me rends tellement dur, princesse, dit-il. On est arrivĂ©s Ă  un hĂŽtel ; il me tenait comme un trophĂ©e. — On se marie ? a-t-il demandĂ©, et j’ai hochĂ© la tĂȘte. On a achetĂ© une bague pour homme. — Et la mienne ? ai-je demandĂ©, et il a ri. — Dans ma chambre d’hĂŽtel. La tienne est spĂ©ciale, dit-il, et un homme est arrivĂ© avec des papiers et on a tous les deux signĂ©. Je ne sais pas ce que je signais, j’ai juste signĂ©. Chapitre 3 Je vais jouir en toi ~Katia~ — Tu sais comme j’ai dĂ» me retenir ? Je ne rĂ©pondis pas. Mon esprit Ă©tait encore embrumĂ© par tout ce qui venait de se passer. Je ressentais une Ă©trange tension dans tout mon corps. Il me porta dans ses bras, comme une mariĂ©e, et me conduisit Ă  sa chambre d’hĂŽtel. — Maintenant, je peux enfin ĂȘtre avec toi comme je le veux, parce que tu es ma femme, princesse. La chambre Ă©tait sombre. Je ressentais mille choses Ă  la fois ; je doutais mĂȘme de me souvenir de mon prĂ©nom Ă  ce stade. Il me dĂ©posa sur le lit. Son doigt glissa sur mes lĂšvres avant que sa bouche ne frĂŽle mon cou. Je frissonnai. Mon esprit oscillait entre trouble, Ă©motion et confusion. — J’adore ton corps, ma femme. Il remonta lĂ©gĂšrement ma robe. — Je n’arrivais plus Ă  attendre de t’avoir prĂšs de moi. Depuis l’hĂ©lico, je ne pense qu’à ça. Je veux que tu t’en souviennes. Ses paroles me traversĂšrent de part en part. Je sentis la chaleur envahir mon visage. — Tu es magnifique. Je n’eus pas le temps de rĂ©pondre. Tout semblait aller trop vite. Les battements de mon cƓur rĂ©sonnaient dans mes oreilles tandis qu’il continuait de me couvrir d’attention. — Regarde-moi, ma femme. J’essayai de parler, mais aucun mot ne vint. Le temps semblait se dĂ©former autour de nous. Je me sentais Ă©tourdie, emportĂ©e dans un tourbillon de sensations et d’émotions contradictoires. Il retira ma robe, puis se dĂ©barrassa de ses propres vĂȘtements. Lorsqu’il se rapprocha davantage, je retins mon souffle. Mon esprit se dispersa un instant tandis qu’il m’attirait contre lui. — Tellement parfaite, murmura-t-il. Il continua de me serrer contre lui, multipliant les gestes tendres et possessifs. Peu Ă  peu, la confusion laissa place Ă  une Ă©trange sensation de sĂ©curitĂ©. Puis il me redressa contre lui. Je m’accrochai Ă  ses Ă©paules tandis qu’il me maintenait prĂšs de lui. Tout semblait irrĂ©el, comme un rĂȘve dont je n’arrivais plus Ă  distinguer les contours. — Je vais prendre soin de toi, princesse. Sa voix Ă©tait basse, presque rassurante. La nuit s’étira sans que je sois capable de mesurer le temps. Les heures s'effacĂšrent dans un mĂ©lange de fatigue, d’émotions et de proximitĂ©. Lorsque le sommeil finit par nous emporter, je ne savais mĂȘme plus Ă  quel moment cela Ă©tait arrivĂ©. Le matin me frappa avec un soleil cruel et un mal de tĂȘte insupportable. Je me rĂ©veillai dans une chambre que je ne reconnaissais pas. La piĂšce respirait le luxe et portait encore les traces d’une nuit agitĂ©e. Une odeur de parfum coĂ»teux flottait dans l’air. Ma tĂȘte battait. Mon corps me faisait mal. J’étais nue sous les draps, emmĂȘlĂ©e dedans comme si j’y avais Ă©tĂ© abandonnĂ©e. À cĂŽtĂ© de moi, un homme dormait. Un inconnu. La panique me saisit immĂ©diatement. Je n’arrivais mĂȘme pas Ă  le regarder. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas associer un visage Ă  cette nuit dont je ne gardais presque aucun souvenir. Je me redressai trop vite et une douleur traversa le bas de mon corps. Je retins un souffle et resserrai les draps autour de moi. Tout Ă©tait endolori. Mes jambes semblaient lourdes et douloureuses. Je cherchai ma robe du regard. Elle gisait sur le sol, froissĂ©e et imprĂ©gnĂ©e de fumĂ©e. Je l’enfilai en grimaçant Ă  chaque mouvement. Mes talons reposaient prĂšs de la porte. J’avançai vers eux lentement, comme si je rĂ©apprenais Ă  marcher. Qu’est-ce qui s’est passĂ© hier soir ? Je me souvenais de la course. De la victoire. Du rugissement de la foule. Je me souvenais ĂȘtre allĂ©e boire un verre pour fĂȘter ça. Puis un autre. Et encore un autre. Deux hommes Ă©taient venus me parler. Leurs visages Ă©taient flous. AprĂšs cela ? Le nĂ©ant. Quelques Ă©clats de rire. Peut-ĂȘtre une partie de billard. Peut-ĂȘtre de la tequila. Puis plus rien. Seulement les douleurs. Seulement cet inconnu. Seulement cette chambre inconnue. Je rĂ©cupĂ©rai mon sac prĂšs du canapĂ© et quittai la piĂšce sans me retourner. Je ne voulais pas le rĂ©veiller. Je ne voulais pas l’entendre parler. Je ne voulais pas savoir qui il Ă©tait. Je rejoignis ma voiture et retournai Ă  mon hĂŽtel comme un fantĂŽme. Une fois dans ma suite, je me prĂ©cipitai sous la douche. L’eau chaude coula sur ma peau, mais elle ne parvenait pas Ă  effacer le malaise qui me collait Ă  la peau. Ma poitrine Ă©tait serrĂ©e. Mes yeux brĂ»laient. Puis quelque chose de froid heurta ma joue. Je baissai les yeux vers ma main gauche. Mon souffle se coupa. Une bague. Je portais une bague. Ce n’était pas un simple bijou. Elle brillait. Elle semblait prĂ©cieuse. Importante. DĂ©finitive. — C’est quoi ce dĂ©lire ? murmurai-je. Je sortis prĂ©cipitamment de la douche. Mes mains tremblaient tandis que j’examinais l’anneau. Il avait l’air authentique. TrĂšs cher. Beaucoup trop cher. Mais je ne me souvenais de rien. Ni d’une demande. Ni d’une cĂ©rĂ©monie. Ni mĂȘme d’un Ă©change de vƓux. J’enfilai des vĂȘtements Ă  la hĂąte et quittai ma chambre pour retrouver cet homme. N’importe quel indice aurait fait l’affaire. Mais je ne me rappelais rien. Aucun nom. Aucun visage. Aucune chambre. MĂȘme si je le croisais dans le hall, je serais incapable de le reconnaĂźtre. — Bordel..., murmurai-je en me tenant la tempe. Je ne me souvenais de rien.

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Chapitre 1 L'accord Katia Je me suis rĂ©veillĂ©e au son de gens qui chantaient faux. — Joyeux anniversaire... J’ai clignĂ© des yeux, la lumiĂšre du soleil filtrait Ă  travers les rideaux, et mon cerveau avait du mal Ă  redĂ©marrer. Les voix devenaient plus fortes, et pendant une seconde, j’ai cru que je rĂȘvais. Un rĂȘve vraiment bizarre, tout faux. — Joyeux anniversaire, Katia... La porte de ma chambre s’est ouverte en grand. Je me suis redressĂ©e si vite que la couverture s’est emmĂȘlĂ©e autour de mes jambes comme un piĂšge. Ma vue s’est ajustĂ©e juste Ă  temps pour voir une petite procession entrer dans la piĂšce : Delia en tĂȘte avec un cupcake sur un plateau, mon pĂšre derriĂšre elle, tĂ©lĂ©phone levĂ© comme s’il filmait une vidĂ©o d’otage, et puis, ma mĂšre, qui souriait. J’ai failli m’étouffer : ma mĂšre ne m’a jamais souri. — Joyeux anniversaire, mon cƓur, dit-elle ; sa voix Ă©tait douce et artificielle, comme si elle l’avait parfumĂ©e avant de la laisser sortir. Je la fixai comme si une deuxiĂšme tĂȘte lui avait poussĂ©. Parce que voilĂ  : Martha ne fĂȘtait pas les anniversaires. Pas les miens, en tout cas. Delia, si. ThĂšmes princesse, ballons, robes neuves, et un chƓur de parents qui faisaient semblant de s’aimer. Moi, j’avais les silences gĂȘnĂ©s et des cartes achetĂ©es Ă  la station-service Ă  la derniĂšre minute. Une fois, j’ai eu un aspirateur. J’avais douze ans. Alors ça ? Ça sentait le piĂšge. — Euh... merci ? bĂ©gayai-je d’une voix rauque, mĂ©fiante. Delia posa le plateau sur mes genoux comme une offrande de paix. — C’est moi qui ai fait le cupcake, dit-elle d’une voix mielleuse, ce qui voulait dire que la femme de mĂ©nage l’avait sans doute fait pendant que Delia supervisait un verre de vin Ă  la main. Je baissai les yeux. Vanille, glaçage blanc, et une bougie esseulĂ©e plantĂ©e au milieu comme une fusĂ©e de dĂ©tresse. — Souffle, dit gaiement mon pĂšre, mais ses yeux faisaient ce truc qu’ils font quand il est nerveux : ils furetaient partout comme s’ils cherchaient une sortie. Je plissai les yeux. — D’accord, sĂ©rieux. Qu’est-ce qui se passe ? Ma mĂšre eut un petit rire, comme si j’étais ridicule d’avoir les bons instincts. Elle s’assit au bord du lit, lissant la couette comme si elle l’avait dĂ©jĂ  touchĂ©e. — Tu as vingt ans maintenant, dit-elle doucement. C’est un Ăąge trĂšs important. — Cool, dis-je, pas impressionnĂ©e. Je dois me prĂ©parer Ă  un sĂ©minaire fiscal ou quoi ? Delia gloussa. Papa toussa. Ma mĂšre continua, imperturbable. — Tu es une femme maintenant, Katia. Et ton pĂšre et moi avons quelque chose de trĂšs excitant et trĂšs important Ă  te dire. VoilĂ . Le dard dans le glaçage. Le piĂšge sous le ruban. Je me redressai un peu plus. — D’accord... Elle me regarda comme si elle s’apprĂȘtait Ă  me poser un diadĂšme sur la tĂȘte. — Tu as Ă©tĂ© choisie pour Ă©pouser Julian Windsor. La piĂšce n’a pas sombrĂ© dans le silence ; elle a sonnĂ© creux. Pendant une seconde, je n’ai mĂȘme pas rĂ©ussi Ă  traiter les mots. Je l’ai fixĂ©e, attendant la chute, une Ă©quipe de tournage, n’importe quoi. — Qui ? demandai-je, alors que j’avais trĂšs bien entendu. — Julian Windsor, rĂ©pĂ©ta-t-elle comme si l’idiote, c’était moi. L’hĂ©ritier Windsor. Leur famille s’intĂ©resse Ă  une alliance depuis des annĂ©es. Tu as Ă©tĂ© fiancĂ©e Ă  seize ans. — Quoi ?! — On ne voulait pas te submerger Ă  l’époque, dit penaud mon pĂšre. — À l’époque ? Tu veux dire quand j’avais seize ans ?! Le sourire de ma mĂšre ne vacilla pas. — C’était un mariage stratĂ©gique. Sa famille est trĂšs discrĂšte. TrĂšs puissante. C’est une bonne chose, Katia. Tu as une chance incroyable. Chanceuse ? Comme si c’était un lot. Comme si j’étais censĂ©e sauter de joie parce que j’étais le ticket d’or d’une loterie de reproduction de milliardaires. — Je ne l’ai mĂȘme jamais rencontrĂ©, dis-je, toujours en train d’essayer d’encaisser l’horreur dĂ©contractĂ©e qu’elle venait de me lĂącher comme un sujet de brunch. — Delia non plus, rĂ©pondit-elle avec aisance. Mais si les choses avaient Ă©tĂ© diffĂ©rentes, c’est elle qui l’aurait Ă©pousĂ©. Tu devrais ĂȘtre reconnaissante que ce soit toi. — Waouh, marmonnai-je. Que c’est gĂ©nĂ©reux de ta part, MĂšre. Delia s’adossa au montant du lit, enroulant une mĂšche autour de son doigt. — Il paraĂźt qu’il est vraiment trĂšs beau. Et riche. Genre... riche riche. Les Windsor possĂšdent, genre, tout. Des casinos. Du pĂ©trole. Peut-ĂȘtre un vaisseau spatial ? Je n’en sais rien. Ils sont ultra secrets. — GĂ©nial, lĂąchai-je sĂšchement. Donc j’épouse un fantĂŽme de gosse de riche, et tu sais ça comment ? Les yeux de ma mĂšre se durcirent, juste une seconde. — Ne fais pas ta comĂ©die, dit-elle. Il est bien rĂ©el. Et ils t’ont choisie. Ça devrait vouloir dire quelque chose. — Non, dis-je. Ce qui veut dire quelque chose, c’est que vous avez attendu quatre ans pour me dire que j’étais promise Ă  un parfait inconnu, comme dans une vente aux enchĂšres mĂ©diĂ©vale. — On s’est dit qu’on attendrait que les Windsor nous contactent, dit mon pĂšre en s’éclaircissant la voix. Et... c’est fait. Je le fixai. — Tu veux dire que c’est pour maintenant ? — Ils ont prĂ©vu une rencontre dans quelques semaines, dit ma mĂšre. Il y aura un dĂźner. Des formalitĂ©s. Vous ferez connaissance avant que les fiançailles soient rendues publiques. Publiques ? Bien sĂ»r. Parce que ce n’était pas une relation. C’était un communiquĂ© de presse en attente de publication. — Je n’arrive pas Ă  y croire, dis-je d’une voix plate. Vous ne m’avez mĂȘme pas demandĂ© mon avis. — On ne demande pas pour des opportunitĂ©s comme celle-lĂ , dit fermement ma mĂšre. On les accepte. VoilĂ  son vrai ton. Le masque glissait. Ce n’était plus la mĂšre souriante avec un cupcake. C’était la PDG de cette famille, et moi, une acquisition ratĂ©e qu’on forçait Ă  fusionner. Je sortis du lit et repoussai le plateau de mes genoux. Le cupcake bascula, la bougie Ă©talant du glaçage sur la couverture comme une couche de mensonges blancs. — J’ai besoin de prendre l’air, dis-je. Ma mĂšre se leva. — Katia, ne sois pas ridicule— — Non. J’ai besoin de rĂ©flĂ©chir. Je vais Ă  Vegas. Ça la prit de court. — Vegas ? — Juste un week-end, mentis-je. Pour me vider la tĂȘte. Vous voulez que j’épouse un inconnu ? TrĂšs bien. Mais laissez-moi d’abord un moment de libertĂ©. Elle avait l’air prĂȘte Ă  rĂ©pliquer, mais mon pĂšre posa la main sur son bras. — Laisse-la partir. Elle se ravisera. Je vis la guerre silencieuse se jouer sur son visage. Au final, le contrĂŽle a gagnĂ©. Parce qu’elle pensait l’avoir dĂ©jĂ  en poche. — TrĂšs bien, dit-elle, avec ce sourire atroce qui revenait. Va. Prends du temps. Mais n’oublie pas ce qui t’attend Ă  ton retour. Je n’ai pas rĂ©pondu. Je faisais dĂ©jĂ  ma valise Ă  la seconde oĂč la porte s’est refermĂ©e. Ils croyaient me laisser de l’espace. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que je n’allais pas Ă  Vegas pour prendre l’air. J’y allais pour la vitesse. Chapitre 2 La Pilote et la cerise sautĂ©e ~Katia~ La chaleur de Vegas m’a frappĂ©e comme une vague dĂšs que j’ai posĂ© le pied hors du jet privĂ©. La piste ondulait sous le soleil de fin d’aprĂšs-midi. J’ai plissĂ© les yeux derriĂšre mes lunettes, dĂ©jĂ  Ă  moitiĂ© attentive aux pings des mises Ă  jour sur mon tĂ©lĂ©phone jetable chiffrĂ© pour les courses. Six heures avant le dĂ©part, et mon cƓur battait la chamade. Mais je n’étais pas nerveuse. J’avais faim. La Rolls Royce Ghost noire qui m’attendait devant le hangar n’était pas discrĂšte, mais rien dans ce voyage ne devait l’ĂȘtre. Mon Ă©quipe m’a accueillie comme une PDG dĂ©barquant pour une OPA hostile. Je n’ai rien dit ; ils savaient pourquoi j’étais lĂ . Cette course clandestine, ce n’était pas une embrouille de coin de rue. C’était l’élite de l’élite, invitations fermĂ©es, accĂšs chiffrĂ©, et assez de voitures de luxe pour faire passer une grille de Formule 1 pour un parc d’occasions. Ils l’organisaient sur un ancien aĂ©rodrome dĂ©saffectĂ© Ă  la sortie de la ville. Vu du ciel, ça avait l’air abandonnĂ©. Vu du sol ? Un colisĂ©e nĂ©on, vibrant de bruit, de chaleur et de fric. Ma voiture Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ . Une Aston Martin Valkyrie AMR Pro bleu nuit, personnalisĂ©e jusqu’au dernier boulon. Le moteur ronronnait comme un lion en cage. J’ai passĂ© la main sur le capot, laissant la vibration remonter dans mon bras. Cette machine Ă©tait faite pour gagner. Comme moi. Je me suis changĂ©e au fond de la remorque, j’ai enfilĂ© ma combinaison noire mate, moulante, faite de matĂ©riaux qui valent plus cher que la maison de certains. Le casque Ă©tait tout noir, avec juste une fente de visiĂšre rouge vif. Pas besoin que les gens voient mon visage. Ils ne le mĂ©ritaient pas. Quand j’ai mis le pied sur le tarmac, l’endroit Ă©tait vivant. Des centaines de personnes longeaient les barriĂšres, des gosses de riches en plein fantasme Fast & Furious, des pilotes aguerris qui avaient misĂ©s de l’argent qu’ils n’avaient pas. Les flashes crĂ©pitaient, des basses cognaient depuis des enceintes grosses comme des camions. Des drones bourdonnaient au-dessus, captant chaque mouvement. Mais tout le monde s’est retournĂ© quand quelqu’un est arrivĂ©. Je parie que c’était le fameux Jules. McLaren Sabre argent. Finitions chromĂ©es, ailerons noirs. Le son du moteur Ă©tait si grave qu’il alourdissait l’air. Il en est sorti comme un fantĂŽme d’acier. Son casque reflĂ©tait le mien, sans visage, illisible. Il ne m’a pas regardĂ©e, pas directement, mais j’ai senti son attention comme de l’électricitĂ© statique sur ma peau. Tout le monde connaissait Jules, mais personne ne savait qui il Ă©tait, ni Ă  quoi il ressemblait. Il n’avait jamais perdu. Pas une seule fois. Pas en trois ans. Son nom Ă©tait synonyme de trouille sur la piste. Pas seulement parce qu’il Ă©tait rapide. Mais parce qu’il donnait l’impression aux autres d’ĂȘtre Ă  l’arrĂȘt. Je n’étais pas venue Ă  Vegas pour des vacances. J’étais venue pour mettre fin Ă  sa sĂ©rie. La voix du speaker a rĂ©sonnĂ© dans les haut-parleurs. — Mesdames et messieurs... voilĂ  celle que vous attendiez. La Reine du Strip contre le Roi FantĂŽme. Catwoman. Jules. Une course, un vainqueur. La foule a hurlĂ©. Les camĂ©ras ont fouettĂ© l’air entre nous. Je suis montĂ©e dans ma voiture et je me suis sanglĂ©e, laissant le silence du cockpit m’engloutir. Mes mains ont glissĂ© sur le volant comme si je touchais quelque chose de sacrĂ©. Le monde dehors n’existait plus. Il n’y avait plus que la route, le moteur et la ligne d’arrivĂ©e. Les feux sont passĂ©s au rouge. Puis au jaune. Puis au vert, et je me suis Ă©lancĂ©e. La force G m’a cueillie comme un coup de poing en plein torse. Ma vision s’est rĂ©trĂ©cie quand j’ai pris le premier virage, les pneus hurlant sur l’asphalte. Il Ă©tait lĂ , toujours lĂ , comme une ombre collĂ©e Ă  mon rĂ©tro. Chaque virage, il rĂ©pondait. Chaque accĂ©lĂ©ration, il suivait. Mais je l’avais Ă©tudiĂ©. Je savais comment il prenait ses courbes. Je savais oĂč il hĂ©sitait d’une milliseconde. Et ce soir, je ne faisais pas que courir ; j’attaquais. On a avalĂ© le premier tour en moins d’une minute. Le deuxiĂšme s’est fondu dans les flammes au bord de piste, l’odeur de gomme brĂ»lĂ©e et le vacarme assourdissant des chants. Mon pouls s’est calĂ© sur le grondement de mon moteur. Au troisiĂšme tour, j’ai tentĂ©. Il est parti Ă  gauche, j’ai coupĂ© Ă  l’intĂ©rieur et cessĂ© le vibreur, frĂŽlant la barriĂšre Ă  quelques centimĂštres. La voiture a tremblĂ©. Mes dents ont claquĂ©. Mais j’ai pris l’avantage. La foule a explosĂ©. La derniĂšre ligne droite, c’était le chaos — cous tendus, paris hurlĂ©s, des gens en train de filmer l’Histoire avec des mains qui tremblaient. J’ai gardĂ© le pied au plancher. Pas de peur. Pas de pitiĂ©. La ligne d’arrivĂ©e m’a foncĂ© dessus. Je l’ai franchie la premiĂšre. Avec 0,7 seconde d’avance. J’ai plantĂ© les freins et fait glisser la voiture en demi-drift avant qu’elle ne s’immobilise. Mon souffle venait par saccades, et pendant une seconde, je n’ai pas bougĂ©. J’ai laissĂ© l’info s’imprimer. Je venais de battre Jules. La grande lĂ©gende invaincue. Et je l’avais fait chez lui. Je suis sortie lentement. Les camĂ©ras ont affluĂ©. Les fans ont hurlĂ©. Mais je n’ai pas enlevĂ© mon casque. J’ai levĂ© une main gantĂ©e vers la foule et je me suis Ă©loignĂ©e. Il m’a regardĂ©e. Il a levĂ© deux doigts contre son casque et m’a saluĂ©e d’un geste lent, presque amusĂ©. Puis il a tournĂ© les talons et s’est fondu dans la foule. Il avait disparu quand j’ai voulu le revoir. Pas de confrontation. Pas de poignĂ©e de main. Classique, mais je m’en fichais. J’avais fait ce que personne d’autre n’avait pu faire. Et j’avais besoin d’un verre. Le bar Ă©tait planquĂ© dans le genre d’hĂŽtel de luxe que seul le vieil argent peut se payer — marbre au sol, ascenseurs en verre, cocktails plus chers qu’une paire de pompes. Je me suis assise Ă  la table du coin, en petite robe noire. Mes fringues de route et le casque verrouillĂ©s dans la voiture, les yeux planquĂ©s derriĂšre des lunettes de crĂ©ateur. J’ai commandĂ© un truc costaud, peu importe quoi. À la moitiĂ© de mon deuxiĂšme verre, ils se sont pointĂ©s — deux types. Vingt-cinq, vingt-huit ans, costumes dĂ©faits, confiance poussĂ©e Ă  fond. Riches, clairement. L’un avait un sourire en coin sombre qui collait mal Ă  sa dĂ©tente apparente. L’autre, le genre qui n’a pas besoin d’essayer pour ĂȘtre charmant ; ça arrive tout seul. — On peut s’asseoir ? J’ai haussĂ© les Ă©paules. — C’est Vegas, non ? Ils se sont glissĂ©s dans la banquette et ont commencĂ© Ă  parler. Je n’écoutais pas les mots. J’avais juste besoin de bruit. Un truc pour noyer mes pensĂ©es. On a bu. Plus que de raison. Je n’ai pas demandĂ© de prĂ©noms. Eux non plus. Entre un fou rire et le sol qui commençait Ă  tanguer, j’ai senti une main frĂŽler la mienne. Chaude. Douce. Pas pressĂ©e. Juste lĂ . Je ne l’ai pas retirĂ©e. Au contraire, j’ai attrapĂ© sa main et je l’ai emmenĂ© sur la piste. On a dansĂ©, mais je ne sais pas ce qui m’a pris ; peut-ĂȘtre l’alcool, mais je me collais Ă  lui. Peut-ĂȘtre le fameux — ce qui se passe Ă  Vegas reste Ă  Vegas. Il Ă©tait dur, je me suis retournĂ©e et je lui ai ri au nez. — Des ennuis, a-t-il soufflĂ© en m’attrapant la main pour m’entraĂźner dehors. On est montĂ©s sur le toit, un hĂ©lico nous attendait. Il m’a fait monter. Le pilote n’a mĂȘme pas levĂ© les yeux. L’homme m’a embrassĂ©e ; j’ai commencĂ© par lui enlever sa chemise. Il m’a regardĂ©e comme s’il me plaignait. Mais je continuais Ă  me frotter Ă  sa partie sensible pendant qu’on s’embrassait. — Je crois que mon pote a mis quelque chose dans nos verres ; j’ai juste envie lĂ , tout de suite. — Faisons-le. Je n’en revenais pas d’entendre ma propre voix, mais je voulais qu’il me prenne. Il se glisse sur moi, cale son genou pour m’écarter les jambes, et sa main remonte ma cuisse, passe sur le tissu fin comme du papier de ma robe noire. Je me tortille sous lui, ça semble l’encourager, et je sens sa duretĂ© heurter mon bassin. Son souffle chaud trace une ligne le long de mon cou. — Je veux ĂȘtre doux, mais je n’y arrive pas. Le truc est trop fort, chuchote-t-il. — Ne t'arrĂȘte pas, je t’en prie, ai-je suppliĂ©. — J'y suis presque ; tu me rends tellement dur, princesse, dit-il. On est arrivĂ©s Ă  un hĂŽtel ; il me tenait comme un trophĂ©e. — On se marie ? a-t-il demandĂ©, et j’ai hochĂ© la tĂȘte. On a achetĂ© une bague pour homme. — Et la mienne ? ai-je demandĂ©, et il a ri. — Dans ma chambre d’hĂŽtel. La tienne est spĂ©ciale, dit-il, et un homme est arrivĂ© avec des papiers et on a tous les deux signĂ©. Je ne sais pas ce que je signais, j’ai juste signĂ©. Chapitre 3 Je vais jouir en toi ~Katia~ — Tu sais comme j’ai dĂ» me retenir ? Je ne rĂ©pondis pas. Mon esprit Ă©tait encore embrumĂ© par tout ce qui venait de se passer. Je ressentais une Ă©trange tension dans tout mon corps. Il me porta dans ses bras, comme une mariĂ©e, et me conduisit Ă  sa chambre d’hĂŽtel. — Maintenant, je peux enfin ĂȘtre avec toi comme je le veux, parce que tu es ma femme, princesse. La chambre Ă©tait sombre. Je ressentais mille choses Ă  la fois ; je doutais mĂȘme de me souvenir de mon prĂ©nom Ă  ce stade. Il me dĂ©posa sur le lit. Son doigt glissa sur mes lĂšvres avant que sa bouche ne frĂŽle mon cou. Je frissonnai. Mon esprit oscillait entre trouble, Ă©motion et confusion. — J’adore ton corps, ma femme. Il remonta lĂ©gĂšrement ma robe. — Je n’arrivais plus Ă  attendre de t’avoir prĂšs de moi. Depuis l’hĂ©lico, je ne pense qu’à ça. Je veux que tu t’en souviennes. Ses paroles me traversĂšrent de part en part. Je sentis la chaleur envahir mon visage. — Tu es magnifique. Je n’eus pas le temps de rĂ©pondre. Tout semblait aller trop vite. Les battements de mon cƓur rĂ©sonnaient dans mes oreilles tandis qu’il continuait de me couvrir d’attention. — Regarde-moi, ma femme. J’essayai de parler, mais aucun mot ne vint. Le temps semblait se dĂ©former autour de nous. Je me sentais Ă©tourdie, emportĂ©e dans un tourbillon de sensations et d’émotions contradictoires. Il retira ma robe, puis se dĂ©barrassa de ses propres vĂȘtements. Lorsqu’il se rapprocha davantage, je retins mon souffle. Mon esprit se dispersa un instant tandis qu’il m’attirait contre lui. — Tellement parfaite, murmura-t-il. Il continua de me serrer contre lui, multipliant les gestes tendres et possessifs. Peu Ă  peu, la confusion laissa place Ă  une Ă©trange sensation de sĂ©curitĂ©. Puis il me redressa contre lui. Je m’accrochai Ă  ses Ă©paules tandis qu’il me maintenait prĂšs de lui. Tout semblait irrĂ©el, comme un rĂȘve dont je n’arrivais plus Ă  distinguer les contours. — Je vais prendre soin de toi, princesse. Sa voix Ă©tait basse, presque rassurante. La nuit s’étira sans que je sois capable de mesurer le temps. Les heures s'effacĂšrent dans un mĂ©lange de fatigue, d’émotions et de proximitĂ©. Lorsque le sommeil finit par nous emporter, je ne savais mĂȘme plus Ă  quel moment cela Ă©tait arrivĂ©. Le matin me frappa avec un soleil cruel et un mal de tĂȘte insupportable. Je me rĂ©veillai dans une chambre que je ne reconnaissais pas. La piĂšce respirait le luxe et portait encore les traces d’une nuit agitĂ©e. Une odeur de parfum coĂ»teux flottait dans l’air. Ma tĂȘte battait. Mon corps me faisait mal. J’étais nue sous les draps, emmĂȘlĂ©e dedans comme si j’y avais Ă©tĂ© abandonnĂ©e. À cĂŽtĂ© de moi, un homme dormait. Un inconnu. La panique me saisit immĂ©diatement. Je n’arrivais mĂȘme pas Ă  le regarder. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas associer un visage Ă  cette nuit dont je ne gardais presque aucun souvenir. Je me redressai trop vite et une douleur traversa le bas de mon corps. Je retins un souffle et resserrai les draps autour de moi. Tout Ă©tait endolori. Mes jambes semblaient lourdes et douloureuses. Je cherchai ma robe du regard. Elle gisait sur le sol, froissĂ©e et imprĂ©gnĂ©e de fumĂ©e. Je l’enfilai en grimaçant Ă  chaque mouvement. Mes talons reposaient prĂšs de la porte. J’avançai vers eux lentement, comme si je rĂ©apprenais Ă  marcher. Qu’est-ce qui s’est passĂ© hier soir ? Je me souvenais de la course. De la victoire. Du rugissement de la foule. Je me souvenais ĂȘtre allĂ©e boire un verre pour fĂȘter ça. Puis un autre. Et encore un autre. Deux hommes Ă©taient venus me parler. Leurs visages Ă©taient flous. AprĂšs cela ? Le nĂ©ant. Quelques Ă©clats de rire. Peut-ĂȘtre une partie de billard. Peut-ĂȘtre de la tequila. Puis plus rien. Seulement les douleurs. Seulement cet inconnu. Seulement cette chambre inconnue. Je rĂ©cupĂ©rai mon sac prĂšs du canapĂ© et quittai la piĂšce sans me retourner. Je ne voulais pas le rĂ©veiller. Je ne voulais pas l’entendre parler. Je ne voulais pas savoir qui il Ă©tait. Je rejoignis ma voiture et retournai Ă  mon hĂŽtel comme un fantĂŽme. Une fois dans ma suite, je me prĂ©cipitai sous la douche. L’eau chaude coula sur ma peau, mais elle ne parvenait pas Ă  effacer le malaise qui me collait Ă  la peau. Ma poitrine Ă©tait serrĂ©e. Mes yeux brĂ»laient. Puis quelque chose de froid heurta ma joue. Je baissai les yeux vers ma main gauche. Mon souffle se coupa. Une bague. Je portais une bague. Ce n’était pas un simple bijou. Elle brillait. Elle semblait prĂ©cieuse. Importante. DĂ©finitive. — C’est quoi ce dĂ©lire ? murmurai-je. Je sortis prĂ©cipitamment de la douche. Mes mains tremblaient tandis que j’examinais l’anneau. Il avait l’air authentique. TrĂšs cher. Beaucoup trop cher. Mais je ne me souvenais de rien. Ni d’une demande. Ni d’une cĂ©rĂ©monie. Ni mĂȘme d’un Ă©change de vƓux. J’enfilai des vĂȘtements Ă  la hĂąte et quittai ma chambre pour retrouver cet homme. N’importe quel indice aurait fait l’affaire. Mais je ne me rappelais rien. Aucun nom. Aucun visage. Aucune chambre. MĂȘme si je le croisais dans le hall, je serais incapable de le reconnaĂźtre. — Bordel..., murmurai-je en me tenant la tempe. Je ne me souvenais de rien.

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