Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV DâEMBER â Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă peine. Câest quoi cette Omega incapable de garder lâattention de sa propre Ăąme sĆur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. Ă lâintĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer lâĂ©tincelle entre mon mari et moi. CâĂ©tait censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand lâamour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sĆur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. â DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot â bĂ©bĂ© â mâavait fait bondir le cĆur dâun espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point dâen blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč jâai ouvert la porte dâentrĂ©e, jâai su que quelque chose clochait horriblement. Lâodeur mâa frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, sâest hĂ©rissĂ©e, mâavertissant de faire demi-tour et de partir. Mais jâai continuĂ© dâavancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ăa venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. Jâai tournĂ© au coin et jâai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je nâavais jamais vu, pliĂ© sur lâaccoudoir du canapĂ© pendant quâun autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait dâencaisser ce que je voyais. Gale nâarrĂȘtait pas de dire Ă quel point lâhomosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes nâĂ©tait mĂȘme pas le pire. â DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata dâun rire essoufflĂ©. â Est-ce quâelle sait seulement que son mari Alpha nâa jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? â Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour sâessuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme sâils parlaient de la pluie et du beau temps. â Elle est trop conne pour sâen rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce quâelle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. â Gale, sâil te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, quâest-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© dâun rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge sâest rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi dâun coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. â Ember, câest pas ce que tu croisâ Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte dâentrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que jâavais du mal Ă mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone sâest mis Ă vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : CâĂ©tait pas ce que tu as vu. Gale : Reviens quâon en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis à ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč jâallais jusquâĂ apercevoir le panneau de lâaĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs lâatterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă lâaĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que jâavais vu. Au comptoir, jâai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. â Un billet en premiĂšre classe pour lâAlaska, au plus vite, ai-je dit Ă lâemployĂ©e, dâune voix Ă peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ăa a englouti presque tout lâargent auquel jâavais accĂšs sur mon compte perso, mais je mâen fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. Jâai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă la manipulation. Gale : Sâil te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi tâexpliquer. Gale : Tu dramatises. CâĂ©tait juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu nâauras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă quel point tu es une ratĂ©e. Jâai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et jâai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans lâavion on ne sait comment et jâai trouvĂ© mon siĂšge. Lâengourdissement a commencĂ© Ă se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je nâarrivais plus Ă respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il mâavait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que jâĂ©tais le bon choix â soumise, obĂ©issante, issue dâune bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč jâavais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre lâĂ©pouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je lâaimais. Ou je le pensais. JâĂ©tais lâOmega inutile incapable mĂȘme de garder lâintĂ©rĂȘt de son mari. LâĂ©chec qui poussait son Ăąme sĆur dans les bras dâautres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne mâavait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusquâaux toilettes et je mây suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. Jâai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ăa faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand jâinsistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de lâaffection, nâimporte quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages dâaffaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă quel point jâĂ©tais pathĂ©tique Ă croire ses mensonges. Quelquâun a frappĂ© Ă la porte si fort quâelle en a tremblĂ©. â OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. â Jâai dit que câĂ©tait occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte sâest quand mĂȘme ouverte. â Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. Jâai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. CâĂ©tait lâhomme le plus beau que jâaie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous lâembrasure, avec des Ă©paules si larges quâil remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme sâil y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus quâils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. â DĂ©solĂ©e, je nâavais pas vu⊠Jâai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il mâattrapa lâavant-bras doucement mais fermement, mâarrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. â Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, dâune façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je nâarrivais pas Ă parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme sâil voyait jusquâau fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. Jâavais dĂ©jĂ vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je nâarrivais pas Ă le replacer Ă travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, lâhiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. â Ăa ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. â Sâil te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive dâune maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. â Je crois que si, ça me regarde. Jâaime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot mâa percutĂ©e. CâĂ©tait quand, la derniĂšre fois que quelquâun mâavait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelquâun mâavait regardĂ©e comme si jâavais de la valeur au lieu dâĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. â Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. â Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă genoux en train dâen satisfaire un autre pendant quâils se marraient tous sur Ă quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression sâest assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que jâai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© dâune maniĂšre qui mâa fait rougir malgrĂ© tout. â Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant dâun ton, plus rauque. Le son mâa fait frissonner de la nuque jusquâaux reins. â Quel genre de type tâaurait et choisirait quelquâun dâautre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi sâest rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et dâestime que mon propre mari ne lâavait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne lâavait fait en des annĂ©es, si jâĂ©tais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix sâest brisĂ©e. â Jâai tellement essayĂ© dâĂȘtre ce quâil voulait. Jâai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă un Ă©tranger. â Et pendant tout ce temps, il⊠se moquait de moi. Sa mĂąchoire sâest contractĂ©e, un muscle battant lĂ . â Il nây a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, câest lui. â Tâen sais rien, murmurai-je. â Jâen sais assez dâoĂč je suis. Il sâest rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. â Tu trembles. â Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais câest sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. Jâai avalĂ© avec peine. â Je ne sais pas quoi en faire. â Quâest-ce que tu veux faire ? Quâest-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser dâĂȘtre lâOmega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelquâun me regarde comme cet homme me regardait Ă cet instant, comme si jâĂ©tais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que jâen valais la peine. JâĂ©tais si fatiguĂ©e dâĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. Dâessayer dâĂȘtre lâĂ©pouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait sâamuser, pourquoi pas moi ? â Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse⊠Je marquai une pause, en voyant ses yeux sâassombrir encore, ses pupilles se dilater. â Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui â entre un grognement et un gĂ©missement â qui mâa fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue dâEmber Les mots flottent entre nous, et je nâarrive pas Ă croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier lâintensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cĆur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela nâa aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. â Câest vraiment ce que tu veux ? Sa voix sâabaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur mâenvahit. Câest insensĂ©. Mais jâen ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, lâimage de mon mari avec quelquâun dâautre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que lâinstant sâembrase, il sâĂ©teint lorsquâil recule dâun pas. Son expression se refroidit. â Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, jâai dâautres affaires Ă rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, jâattrape son bras alors quâil sâĂ©loigne. Puis je lâembrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne lâaurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă mon baiser. LâintensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je mâaccroche Ă lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras mâentourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je nâen ai aucune envie. Tout ce que je veux, câest oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui sâeffondre. â Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cĆur sâemballe. Je nâarrive plus Ă penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. â Je veux tâentendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă tout laisser derriĂšre moi. Ă tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. â Jamais je nâaurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et lâobserve vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. â Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? Lâinconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. â Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent dâune lueur que jâai dĂ©jĂ vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. Lâhomme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de lâembrasser. La honte mâĂ©crase instantanĂ©ment. Câest le supĂ©rieur de Gale. LâautoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes dâAmĂ©rique du Nord. Si quelquâun apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. â Ne tâarrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. â Non... non... câĂ©tait une erreur. Je secoue la tĂȘte. â Une Ă©norme erreur. Son expression sâassombrit aussitĂŽt. Lâor remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage sâĂ©vapore. â Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cĆur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă quel point la situation mâĂ©chappe. â Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains sâagrippent au lavabo pour retrouver un semblant dâĂ©quilibre. â Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. â Câest ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. â RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, dâĂ©motions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelquâun me regarde comme si jâĂ©tais importante. Comme si jâavais de la valeur. Comme si jâexistais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. â Câest quand la derniĂšre fois que quelquâun tâa vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. â Je... je ne mâen souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. â Tu ne tâen souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. â Gale nâa jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd sâinstalle. Puis Knox me regarde comme sâil venait de comprendre quelque chose. Comme sâil dĂ©couvrait lâĂ©tendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelquâun frappe soudainement Ă la porte des toilettes : â Ici lâagent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cĆur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă 10 000 mĂštres Point de vue dâEmber Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de lâhĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cĆur, lui, bat Ă tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de sâĂ©loigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. LâhĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque quâil nâa rien vĂ©cu dâexceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il mâaide Ă remettre de lâordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. â Tu devrais retourner Ă ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme nâa absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. LâhĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux sâĂ©carquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Quâest-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec lâhomme le plus puissant dâAmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. Lâhomme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres dâun simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme sâil se doutait de quelque chose. LâhĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je mâeffondre dans mon siĂšge. Ă travers lâallĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien nâĂ©tait ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. JâhĂ©site. Puis je dĂ©croche. â Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelquâun dâautre. Bien sĂ»r. Je lâai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. â Ne raccroche pas. Ăcoute-moi juste une seconde... â Je nâai rien Ă te dire. Mais il parle dĂ©jĂ par-dessus moi. â Ce que tu as vu nâest pas ce que tu crois ! Je tâaime, Ember. Je te le jure. Ăa ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, jâentends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. Lâaudace de ces deux-lĂ est sidĂ©rante. â Tu mâappelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. â BĂ©bĂ©, sâil te plaĂźt... â Ne mâappelle pas comme ça. â Je sais que jâai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. â Ce que tu veux, câest que je continue Ă jouer lâĂ©pouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. â Ce nâest pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. â Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. â Alors maintenant, tu me menaces ? â Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne lâai mĂȘme pas vu bouger. Il sâest installĂ© dans le siĂšge libre Ă cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. â Quâest-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. â Je sais que je tâai blessĂ©e, mais rentre Ă la maison. Je peux arranger les choses... Knox mâobserve silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. â Tu nâes pas obligĂ©e dâĂ©couter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. â Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. â Tu es avec quelquâun ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. â Elle tâa parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă l'autre bout du fil. â Qui est lĂ ? demande Gale. Knox ne cille pas. â Les documents de divorce sont dĂ©jĂ en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de mâĂ©touffer. â Quoi ? â Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte dâun cran. â Attends... Câest le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. â Quâest-ce que ça veut dire ? Ember, quâest-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. â Ce quâelle a fait, câest rĂ©aliser quâelle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox lâĂ©coute quelques secondes. Puis il coupe simplement lâappel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.
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Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV DâEMBER â Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă peine. Câest quoi cette Omega incapable de garder lâattention de sa propre Ăąme sĆur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. Ă lâintĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer lâĂ©tincelle entre mon mari et moi. CâĂ©tait censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand lâamour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sĆur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. â DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot â bĂ©bĂ© â mâavait fait bondir le cĆur dâun espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point dâen blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč jâai ouvert la porte dâentrĂ©e, jâai su que quelque chose clochait horriblement. Lâodeur mâa frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, sâest hĂ©rissĂ©e, mâavertissant de faire demi-tour et de partir. Mais jâai continuĂ© dâavancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ăa venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. Jâai tournĂ© au coin et jâai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je nâavais jamais vu, pliĂ© sur lâaccoudoir du canapĂ© pendant quâun autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait dâencaisser ce que je voyais. Gale nâarrĂȘtait pas de dire Ă quel point lâhomosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes nâĂ©tait mĂȘme pas le pire. â DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata dâun rire essoufflĂ©. â Est-ce quâelle sait seulement que son mari Alpha nâa jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? â Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour sâessuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme sâils parlaient de la pluie et du beau temps. â Elle est trop conne pour sâen rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce quâelle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. â Gale, sâil te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, quâest-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© dâun rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge sâest rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi dâun coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. â Ember, câest pas ce que tu croisâ Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte dâentrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que jâavais du mal Ă mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone sâest mis Ă vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : CâĂ©tait pas ce que tu as vu. Gale : Reviens quâon en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis à ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč jâallais jusquâĂ apercevoir le panneau de lâaĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs lâatterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă lâaĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que jâavais vu. Au comptoir, jâai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. â Un billet en premiĂšre classe pour lâAlaska, au plus vite, ai-je dit Ă lâemployĂ©e, dâune voix Ă peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ăa a englouti presque tout lâargent auquel jâavais accĂšs sur mon compte perso, mais je mâen fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. Jâai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă la manipulation. Gale : Sâil te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi tâexpliquer. Gale : Tu dramatises. CâĂ©tait juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu nâauras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă quel point tu es une ratĂ©e. Jâai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et jâai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans lâavion on ne sait comment et jâai trouvĂ© mon siĂšge. Lâengourdissement a commencĂ© Ă se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je nâarrivais plus Ă respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il mâavait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que jâĂ©tais le bon choix â soumise, obĂ©issante, issue dâune bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč jâavais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre lâĂ©pouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je lâaimais. Ou je le pensais. JâĂ©tais lâOmega inutile incapable mĂȘme de garder lâintĂ©rĂȘt de son mari. LâĂ©chec qui poussait son Ăąme sĆur dans les bras dâautres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne mâavait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusquâaux toilettes et je mây suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. Jâai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ăa faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand jâinsistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de lâaffection, nâimporte quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages dâaffaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă quel point jâĂ©tais pathĂ©tique Ă croire ses mensonges. Quelquâun a frappĂ© Ă la porte si fort quâelle en a tremblĂ©. â OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. â Jâai dit que câĂ©tait occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte sâest quand mĂȘme ouverte. â Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. Jâai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. CâĂ©tait lâhomme le plus beau que jâaie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous lâembrasure, avec des Ă©paules si larges quâil remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme sâil y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus quâils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. â DĂ©solĂ©e, je nâavais pas vu⊠Jâai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il mâattrapa lâavant-bras doucement mais fermement, mâarrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. â Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, dâune façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je nâarrivais pas Ă parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme sâil voyait jusquâau fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. Jâavais dĂ©jĂ vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je nâarrivais pas Ă le replacer Ă travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, lâhiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. â Ăa ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. â Sâil te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive dâune maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. â Je crois que si, ça me regarde. Jâaime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot mâa percutĂ©e. CâĂ©tait quand, la derniĂšre fois que quelquâun mâavait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelquâun mâavait regardĂ©e comme si jâavais de la valeur au lieu dâĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. â Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. â Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă genoux en train dâen satisfaire un autre pendant quâils se marraient tous sur Ă quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression sâest assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que jâai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© dâune maniĂšre qui mâa fait rougir malgrĂ© tout. â Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant dâun ton, plus rauque. Le son mâa fait frissonner de la nuque jusquâaux reins. â Quel genre de type tâaurait et choisirait quelquâun dâautre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi sâest rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et dâestime que mon propre mari ne lâavait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne lâavait fait en des annĂ©es, si jâĂ©tais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix sâest brisĂ©e. â Jâai tellement essayĂ© dâĂȘtre ce quâil voulait. Jâai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă un Ă©tranger. â Et pendant tout ce temps, il⊠se moquait de moi. Sa mĂąchoire sâest contractĂ©e, un muscle battant lĂ . â Il nây a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, câest lui. â Tâen sais rien, murmurai-je. â Jâen sais assez dâoĂč je suis. Il sâest rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. â Tu trembles. â Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais câest sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. Jâai avalĂ© avec peine. â Je ne sais pas quoi en faire. â Quâest-ce que tu veux faire ? Quâest-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser dâĂȘtre lâOmega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelquâun me regarde comme cet homme me regardait Ă cet instant, comme si jâĂ©tais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que jâen valais la peine. JâĂ©tais si fatiguĂ©e dâĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. Dâessayer dâĂȘtre lâĂ©pouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait sâamuser, pourquoi pas moi ? â Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse⊠Je marquai une pause, en voyant ses yeux sâassombrir encore, ses pupilles se dilater. â Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui â entre un grognement et un gĂ©missement â qui mâa fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue dâEmber Les mots flottent entre nous, et je nâarrive pas Ă croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier lâintensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cĆur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela nâa aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. â Câest vraiment ce que tu veux ? Sa voix sâabaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur mâenvahit. Câest insensĂ©. Mais jâen ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, lâimage de mon mari avec quelquâun dâautre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que lâinstant sâembrase, il sâĂ©teint lorsquâil recule dâun pas. Son expression se refroidit. â Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, jâai dâautres affaires Ă rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, jâattrape son bras alors quâil sâĂ©loigne. Puis je lâembrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne lâaurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă mon baiser. LâintensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je mâaccroche Ă lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras mâentourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je nâen ai aucune envie. Tout ce que je veux, câest oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui sâeffondre. â Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cĆur sâemballe. Je nâarrive plus Ă penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. â Je veux tâentendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă tout laisser derriĂšre moi. Ă tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. â Jamais je nâaurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et lâobserve vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. â Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? Lâinconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. â Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent dâune lueur que jâai dĂ©jĂ vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. Lâhomme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de lâembrasser. La honte mâĂ©crase instantanĂ©ment. Câest le supĂ©rieur de Gale. LâautoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes dâAmĂ©rique du Nord. Si quelquâun apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. â Ne tâarrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. â Non... non... câĂ©tait une erreur. Je secoue la tĂȘte. â Une Ă©norme erreur. Son expression sâassombrit aussitĂŽt. Lâor remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage sâĂ©vapore. â Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cĆur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă quel point la situation mâĂ©chappe. â Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains sâagrippent au lavabo pour retrouver un semblant dâĂ©quilibre. â Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. â Câest ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. â RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, dâĂ©motions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelquâun me regarde comme si jâĂ©tais importante. Comme si jâavais de la valeur. Comme si jâexistais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. â Câest quand la derniĂšre fois que quelquâun tâa vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. â Je... je ne mâen souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. â Tu ne tâen souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. â Gale nâa jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd sâinstalle. Puis Knox me regarde comme sâil venait de comprendre quelque chose. Comme sâil dĂ©couvrait lâĂ©tendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelquâun frappe soudainement Ă la porte des toilettes : â Ici lâagent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cĆur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă 10 000 mĂštres Point de vue dâEmber Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de lâhĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cĆur, lui, bat Ă tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de sâĂ©loigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. LâhĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque quâil nâa rien vĂ©cu dâexceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il mâaide Ă remettre de lâordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. â Tu devrais retourner Ă ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme nâa absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. LâhĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux sâĂ©carquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Quâest-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec lâhomme le plus puissant dâAmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. Lâhomme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres dâun simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme sâil se doutait de quelque chose. LâhĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je mâeffondre dans mon siĂšge. Ă travers lâallĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien nâĂ©tait ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. JâhĂ©site. Puis je dĂ©croche. â Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelquâun dâautre. Bien sĂ»r. Je lâai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. â Ne raccroche pas. Ăcoute-moi juste une seconde... â Je nâai rien Ă te dire. Mais il parle dĂ©jĂ par-dessus moi. â Ce que tu as vu nâest pas ce que tu crois ! Je tâaime, Ember. Je te le jure. Ăa ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, jâentends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. Lâaudace de ces deux-lĂ est sidĂ©rante. â Tu mâappelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. â BĂ©bĂ©, sâil te plaĂźt... â Ne mâappelle pas comme ça. â Je sais que jâai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. â Ce que tu veux, câest que je continue Ă jouer lâĂ©pouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. â Ce nâest pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. â Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. â Alors maintenant, tu me menaces ? â Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne lâai mĂȘme pas vu bouger. Il sâest installĂ© dans le siĂšge libre Ă cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. â Quâest-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. â Je sais que je tâai blessĂ©e, mais rentre Ă la maison. Je peux arranger les choses... Knox mâobserve silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. â Tu nâes pas obligĂ©e dâĂ©couter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. â Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. â Tu es avec quelquâun ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. â Elle tâa parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă l'autre bout du fil. â Qui est lĂ ? demande Gale. Knox ne cille pas. â Les documents de divorce sont dĂ©jĂ en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de mâĂ©touffer. â Quoi ? â Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte dâun cran. â Attends... Câest le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. â Quâest-ce que ça veut dire ? Ember, quâest-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. â Ce quâelle a fait, câest rĂ©aliser quâelle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox lâĂ©coute quelques secondes. Puis il coupe simplement lâappel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.
Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV DâEMBER â Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă peine. Câest quoi cette Omega incapable de garder lâattention de sa propre Ăąme sĆur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. Ă lâintĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer lâĂ©tincelle entre mon mari et moi. CâĂ©tait censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand lâamour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sĆur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. â DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot â bĂ©bĂ© â mâavait fait bondir le cĆur dâun espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point dâen blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč jâai ouvert la porte dâentrĂ©e, jâai su que quelque chose clochait horriblement. Lâodeur mâa frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, sâest hĂ©rissĂ©e, mâavertissant de faire demi-tour et de partir. Mais jâai continuĂ© dâavancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ăa venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. Jâai tournĂ© au coin et jâai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je nâavais jamais vu, pliĂ© sur lâaccoudoir du canapĂ© pendant quâun autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait dâencaisser ce que je voyais. Gale nâarrĂȘtait pas de dire Ă quel point lâhomosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes nâĂ©tait mĂȘme pas le pire. â DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata dâun rire essoufflĂ©. â Est-ce quâelle sait seulement que son mari Alpha nâa jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? â Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour sâessuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme sâils parlaient de la pluie et du beau temps. â Elle est trop conne pour sâen rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce quâelle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. â Gale, sâil te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, quâest-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© dâun rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge sâest rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi dâun coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. â Ember, câest pas ce que tu croisâ Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte dâentrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que jâavais du mal Ă mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone sâest mis Ă vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : CâĂ©tait pas ce que tu as vu. Gale : Reviens quâon en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis à ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč jâallais jusquâĂ apercevoir le panneau de lâaĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs lâatterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă lâaĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que jâavais vu. Au comptoir, jâai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. â Un billet en premiĂšre classe pour lâAlaska, au plus vite, ai-je dit Ă lâemployĂ©e, dâune voix Ă peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ăa a englouti presque tout lâargent auquel jâavais accĂšs sur mon compte perso, mais je mâen fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. Jâai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă la manipulation. Gale : Sâil te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi tâexpliquer. Gale : Tu dramatises. CâĂ©tait juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu nâauras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă quel point tu es une ratĂ©e. Jâai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et jâai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans lâavion on ne sait comment et jâai trouvĂ© mon siĂšge. Lâengourdissement a commencĂ© Ă se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je nâarrivais plus Ă respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il mâavait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que jâĂ©tais le bon choix â soumise, obĂ©issante, issue dâune bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč jâavais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre lâĂ©pouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je lâaimais. Ou je le pensais. JâĂ©tais lâOmega inutile incapable mĂȘme de garder lâintĂ©rĂȘt de son mari. LâĂ©chec qui poussait son Ăąme sĆur dans les bras dâautres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne mâavait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusquâaux toilettes et je mây suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. Jâai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ăa faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand jâinsistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de lâaffection, nâimporte quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages dâaffaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă quel point jâĂ©tais pathĂ©tique Ă croire ses mensonges. Quelquâun a frappĂ© Ă la porte si fort quâelle en a tremblĂ©. â OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. â Jâai dit que câĂ©tait occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte sâest quand mĂȘme ouverte. â Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. Jâai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. CâĂ©tait lâhomme le plus beau que jâaie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous lâembrasure, avec des Ă©paules si larges quâil remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme sâil y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus quâils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. â DĂ©solĂ©e, je nâavais pas vu⊠Jâai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il mâattrapa lâavant-bras doucement mais fermement, mâarrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. â Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, dâune façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je nâarrivais pas Ă parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme sâil voyait jusquâau fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. Jâavais dĂ©jĂ vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je nâarrivais pas Ă le replacer Ă travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, lâhiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. â Ăa ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. â Sâil te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive dâune maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. â Je crois que si, ça me regarde. Jâaime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot mâa percutĂ©e. CâĂ©tait quand, la derniĂšre fois que quelquâun mâavait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelquâun mâavait regardĂ©e comme si jâavais de la valeur au lieu dâĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. â Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. â Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă genoux en train dâen satisfaire un autre pendant quâils se marraient tous sur Ă quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression sâest assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que jâai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© dâune maniĂšre qui mâa fait rougir malgrĂ© tout. â Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant dâun ton, plus rauque. Le son mâa fait frissonner de la nuque jusquâaux reins. â Quel genre de type tâaurait et choisirait quelquâun dâautre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi sâest rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et dâestime que mon propre mari ne lâavait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne lâavait fait en des annĂ©es, si jâĂ©tais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix sâest brisĂ©e. â Jâai tellement essayĂ© dâĂȘtre ce quâil voulait. Jâai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă un Ă©tranger. â Et pendant tout ce temps, il⊠se moquait de moi. Sa mĂąchoire sâest contractĂ©e, un muscle battant lĂ . â Il nây a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, câest lui. â Tâen sais rien, murmurai-je. â Jâen sais assez dâoĂč je suis. Il sâest rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. â Tu trembles. â Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais câest sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. Jâai avalĂ© avec peine. â Je ne sais pas quoi en faire. â Quâest-ce que tu veux faire ? Quâest-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser dâĂȘtre lâOmega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelquâun me regarde comme cet homme me regardait Ă cet instant, comme si jâĂ©tais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que jâen valais la peine. JâĂ©tais si fatiguĂ©e dâĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. Dâessayer dâĂȘtre lâĂ©pouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait sâamuser, pourquoi pas moi ? â Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse⊠Je marquai une pause, en voyant ses yeux sâassombrir encore, ses pupilles se dilater. â Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui â entre un grognement et un gĂ©missement â qui mâa fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue dâEmber Les mots flottent entre nous, et je nâarrive pas Ă croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier lâintensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cĆur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela nâa aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. â Câest vraiment ce que tu veux ? Sa voix sâabaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur mâenvahit. Câest insensĂ©. Mais jâen ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, lâimage de mon mari avec quelquâun dâautre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que lâinstant sâembrase, il sâĂ©teint lorsquâil recule dâun pas. Son expression se refroidit. â Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, jâai dâautres affaires Ă rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, jâattrape son bras alors quâil sâĂ©loigne. Puis je lâembrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne lâaurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă mon baiser. LâintensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je mâaccroche Ă lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras mâentourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je nâen ai aucune envie. Tout ce que je veux, câest oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui sâeffondre. â Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cĆur sâemballe. Je nâarrive plus Ă penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. â Je veux tâentendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă tout laisser derriĂšre moi. Ă tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. â Jamais je nâaurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et lâobserve vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. â Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? Lâinconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. â Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent dâune lueur que jâai dĂ©jĂ vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. Lâhomme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de lâembrasser. La honte mâĂ©crase instantanĂ©ment. Câest le supĂ©rieur de Gale. LâautoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes dâAmĂ©rique du Nord. Si quelquâun apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. â Ne tâarrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. â Non... non... câĂ©tait une erreur. Je secoue la tĂȘte. â Une Ă©norme erreur. Son expression sâassombrit aussitĂŽt. Lâor remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage sâĂ©vapore. â Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cĆur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă quel point la situation mâĂ©chappe. â Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains sâagrippent au lavabo pour retrouver un semblant dâĂ©quilibre. â Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. â Câest ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. â RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, dâĂ©motions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelquâun me regarde comme si jâĂ©tais importante. Comme si jâavais de la valeur. Comme si jâexistais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. â Câest quand la derniĂšre fois que quelquâun tâa vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. â Je... je ne mâen souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. â Tu ne tâen souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. â Gale nâa jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd sâinstalle. Puis Knox me regarde comme sâil venait de comprendre quelque chose. Comme sâil dĂ©couvrait lâĂ©tendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelquâun frappe soudainement Ă la porte des toilettes : â Ici lâagent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cĆur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă 10 000 mĂštres Point de vue dâEmber Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de lâhĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cĆur, lui, bat Ă tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de sâĂ©loigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. LâhĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque quâil nâa rien vĂ©cu dâexceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il mâaide Ă remettre de lâordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. â Tu devrais retourner Ă ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme nâa absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. LâhĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux sâĂ©carquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Quâest-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec lâhomme le plus puissant dâAmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. Lâhomme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres dâun simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme sâil se doutait de quelque chose. LâhĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je mâeffondre dans mon siĂšge. Ă travers lâallĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien nâĂ©tait ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. JâhĂ©site. Puis je dĂ©croche. â Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelquâun dâautre. Bien sĂ»r. Je lâai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. â Ne raccroche pas. Ăcoute-moi juste une seconde... â Je nâai rien Ă te dire. Mais il parle dĂ©jĂ par-dessus moi. â Ce que tu as vu nâest pas ce que tu crois ! Je tâaime, Ember. Je te le jure. Ăa ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, jâentends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. Lâaudace de ces deux-lĂ est sidĂ©rante. â Tu mâappelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. â BĂ©bĂ©, sâil te plaĂźt... â Ne mâappelle pas comme ça. â Je sais que jâai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. â Ce que tu veux, câest que je continue Ă jouer lâĂ©pouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. â Ce nâest pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. â Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. â Alors maintenant, tu me menaces ? â Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne lâai mĂȘme pas vu bouger. Il sâest installĂ© dans le siĂšge libre Ă cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. â Quâest-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. â Je sais que je tâai blessĂ©e, mais rentre Ă la maison. Je peux arranger les choses... Knox mâobserve silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. â Tu nâes pas obligĂ©e dâĂ©couter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. â Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. â Tu es avec quelquâun ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. â Elle tâa parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă l'autre bout du fil. â Qui est lĂ ? demande Gale. Knox ne cille pas. â Les documents de divorce sont dĂ©jĂ en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de mâĂ©touffer. â Quoi ? â Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte dâun cran. â Attends... Câest le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. â Quâest-ce que ça veut dire ? Ember, quâest-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. â Ce quâelle a fait, câest rĂ©aliser quâelle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox lâĂ©coute quelques secondes. Puis il coupe simplement lâappel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.
Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV DâEMBER â Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă peine. Câest quoi cette Omega incapable de garder lâattention de sa propre Ăąme sĆur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. Ă lâintĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer lâĂ©tincelle entre mon mari et moi. CâĂ©tait censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand lâamour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sĆur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. â DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot â bĂ©bĂ© â mâavait fait bondir le cĆur dâun espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point dâen blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč jâai ouvert la porte dâentrĂ©e, jâai su que quelque chose clochait horriblement. Lâodeur mâa frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, sâest hĂ©rissĂ©e, mâavertissant de faire demi-tour et de partir. Mais jâai continuĂ© dâavancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ăa venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. Jâai tournĂ© au coin et jâai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je nâavais jamais vu, pliĂ© sur lâaccoudoir du canapĂ© pendant quâun autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait dâencaisser ce que je voyais. Gale nâarrĂȘtait pas de dire Ă quel point lâhomosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes nâĂ©tait mĂȘme pas le pire. â DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata dâun rire essoufflĂ©. â Est-ce quâelle sait seulement que son mari Alpha nâa jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? â Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour sâessuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme sâils parlaient de la pluie et du beau temps. â Elle est trop conne pour sâen rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce quâelle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. â Gale, sâil te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, quâest-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© dâun rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge sâest rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi dâun coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. â Ember, câest pas ce que tu croisâ Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte dâentrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que jâavais du mal Ă mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone sâest mis Ă vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : CâĂ©tait pas ce que tu as vu. Gale : Reviens quâon en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis à ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč jâallais jusquâĂ apercevoir le panneau de lâaĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs lâatterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă lâaĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que jâavais vu. Au comptoir, jâai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. â Un billet en premiĂšre classe pour lâAlaska, au plus vite, ai-je dit Ă lâemployĂ©e, dâune voix Ă peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ăa a englouti presque tout lâargent auquel jâavais accĂšs sur mon compte perso, mais je mâen fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. Jâai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă la manipulation. Gale : Sâil te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi tâexpliquer. Gale : Tu dramatises. CâĂ©tait juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu nâauras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă quel point tu es une ratĂ©e. Jâai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et jâai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans lâavion on ne sait comment et jâai trouvĂ© mon siĂšge. Lâengourdissement a commencĂ© Ă se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je nâarrivais plus Ă respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il mâavait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que jâĂ©tais le bon choix â soumise, obĂ©issante, issue dâune bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč jâavais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre lâĂ©pouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je lâaimais. Ou je le pensais. JâĂ©tais lâOmega inutile incapable mĂȘme de garder lâintĂ©rĂȘt de son mari. LâĂ©chec qui poussait son Ăąme sĆur dans les bras dâautres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne mâavait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusquâaux toilettes et je mây suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. Jâai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ăa faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand jâinsistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de lâaffection, nâimporte quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages dâaffaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă quel point jâĂ©tais pathĂ©tique Ă croire ses mensonges. Quelquâun a frappĂ© Ă la porte si fort quâelle en a tremblĂ©. â OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. â Jâai dit que câĂ©tait occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte sâest quand mĂȘme ouverte. â Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. Jâai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. CâĂ©tait lâhomme le plus beau que jâaie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous lâembrasure, avec des Ă©paules si larges quâil remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme sâil y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus quâils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. â DĂ©solĂ©e, je nâavais pas vu⊠Jâai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il mâattrapa lâavant-bras doucement mais fermement, mâarrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. â Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, dâune façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je nâarrivais pas Ă parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme sâil voyait jusquâau fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. Jâavais dĂ©jĂ vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je nâarrivais pas Ă le replacer Ă travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, lâhiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. â Ăa ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. â Sâil te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive dâune maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. â Je crois que si, ça me regarde. Jâaime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot mâa percutĂ©e. CâĂ©tait quand, la derniĂšre fois que quelquâun mâavait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelquâun mâavait regardĂ©e comme si jâavais de la valeur au lieu dâĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. â Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. â Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă genoux en train dâen satisfaire un autre pendant quâils se marraient tous sur Ă quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression sâest assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que jâai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© dâune maniĂšre qui mâa fait rougir malgrĂ© tout. â Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant dâun ton, plus rauque. Le son mâa fait frissonner de la nuque jusquâaux reins. â Quel genre de type tâaurait et choisirait quelquâun dâautre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi sâest rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et dâestime que mon propre mari ne lâavait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne lâavait fait en des annĂ©es, si jâĂ©tais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix sâest brisĂ©e. â Jâai tellement essayĂ© dâĂȘtre ce quâil voulait. Jâai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă un Ă©tranger. â Et pendant tout ce temps, il⊠se moquait de moi. Sa mĂąchoire sâest contractĂ©e, un muscle battant lĂ . â Il nây a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, câest lui. â Tâen sais rien, murmurai-je. â Jâen sais assez dâoĂč je suis. Il sâest rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. â Tu trembles. â Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais câest sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. Jâai avalĂ© avec peine. â Je ne sais pas quoi en faire. â Quâest-ce que tu veux faire ? Quâest-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser dâĂȘtre lâOmega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelquâun me regarde comme cet homme me regardait Ă cet instant, comme si jâĂ©tais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que jâen valais la peine. JâĂ©tais si fatiguĂ©e dâĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. Dâessayer dâĂȘtre lâĂ©pouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait sâamuser, pourquoi pas moi ? â Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse⊠Je marquai une pause, en voyant ses yeux sâassombrir encore, ses pupilles se dilater. â Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui â entre un grognement et un gĂ©missement â qui mâa fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue dâEmber Les mots flottent entre nous, et je nâarrive pas Ă croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier lâintensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cĆur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela nâa aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. â Câest vraiment ce que tu veux ? Sa voix sâabaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur mâenvahit. Câest insensĂ©. Mais jâen ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, lâimage de mon mari avec quelquâun dâautre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que lâinstant sâembrase, il sâĂ©teint lorsquâil recule dâun pas. Son expression se refroidit. â Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, jâai dâautres affaires Ă rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, jâattrape son bras alors quâil sâĂ©loigne. Puis je lâembrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne lâaurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă mon baiser. LâintensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je mâaccroche Ă lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras mâentourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je nâen ai aucune envie. Tout ce que je veux, câest oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui sâeffondre. â Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cĆur sâemballe. Je nâarrive plus Ă penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. â Je veux tâentendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă tout laisser derriĂšre moi. Ă tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. â Jamais je nâaurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et lâobserve vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. â Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? Lâinconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. â Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent dâune lueur que jâai dĂ©jĂ vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. Lâhomme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de lâembrasser. La honte mâĂ©crase instantanĂ©ment. Câest le supĂ©rieur de Gale. LâautoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes dâAmĂ©rique du Nord. Si quelquâun apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. â Ne tâarrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. â Non... non... câĂ©tait une erreur. Je secoue la tĂȘte. â Une Ă©norme erreur. Son expression sâassombrit aussitĂŽt. Lâor remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage sâĂ©vapore. â Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cĆur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă quel point la situation mâĂ©chappe. â Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains sâagrippent au lavabo pour retrouver un semblant dâĂ©quilibre. â Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. â Câest ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. â RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, dâĂ©motions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelquâun me regarde comme si jâĂ©tais importante. Comme si jâavais de la valeur. Comme si jâexistais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. â Câest quand la derniĂšre fois que quelquâun tâa vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. â Je... je ne mâen souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. â Tu ne tâen souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. â Gale nâa jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd sâinstalle. Puis Knox me regarde comme sâil venait de comprendre quelque chose. Comme sâil dĂ©couvrait lâĂ©tendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelquâun frappe soudainement Ă la porte des toilettes : â Ici lâagent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cĆur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă 10 000 mĂštres Point de vue dâEmber Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de lâhĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cĆur, lui, bat Ă tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de sâĂ©loigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. LâhĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque quâil nâa rien vĂ©cu dâexceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il mâaide Ă remettre de lâordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. â Tu devrais retourner Ă ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme nâa absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. LâhĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux sâĂ©carquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Quâest-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec lâhomme le plus puissant dâAmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. Lâhomme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres dâun simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme sâil se doutait de quelque chose. LâhĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je mâeffondre dans mon siĂšge. Ă travers lâallĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien nâĂ©tait ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. JâhĂ©site. Puis je dĂ©croche. â Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelquâun dâautre. Bien sĂ»r. Je lâai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. â Ne raccroche pas. Ăcoute-moi juste une seconde... â Je nâai rien Ă te dire. Mais il parle dĂ©jĂ par-dessus moi. â Ce que tu as vu nâest pas ce que tu crois ! Je tâaime, Ember. Je te le jure. Ăa ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, jâentends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. Lâaudace de ces deux-lĂ est sidĂ©rante. â Tu mâappelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. â BĂ©bĂ©, sâil te plaĂźt... â Ne mâappelle pas comme ça. â Je sais que jâai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. â Ce que tu veux, câest que je continue Ă jouer lâĂ©pouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. â Ce nâest pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. â Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. â Alors maintenant, tu me menaces ? â Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne lâai mĂȘme pas vu bouger. Il sâest installĂ© dans le siĂšge libre Ă cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. â Quâest-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. â Je sais que je tâai blessĂ©e, mais rentre Ă la maison. Je peux arranger les choses... Knox mâobserve silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. â Tu nâes pas obligĂ©e dâĂ©couter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. â Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. â Tu es avec quelquâun ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. â Elle tâa parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă l'autre bout du fil. â Qui est lĂ ? demande Gale. Knox ne cille pas. â Les documents de divorce sont dĂ©jĂ en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de mâĂ©touffer. â Quoi ? â Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte dâun cran. â Attends... Câest le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. â Quâest-ce que ça veut dire ? Ember, quâest-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. â Ce quâelle a fait, câest rĂ©aliser quâelle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox lâĂ©coute quelques secondes. Puis il coupe simplement lâappel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.
Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV DâEMBER â Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă peine. Câest quoi cette Omega incapable de garder lâattention de sa propre Ăąme sĆur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. Ă lâintĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer lâĂ©tincelle entre mon mari et moi. CâĂ©tait censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand lâamour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sĆur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. â DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot â bĂ©bĂ© â mâavait fait bondir le cĆur dâun espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point dâen blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč jâai ouvert la porte dâentrĂ©e, jâai su que quelque chose clochait horriblement. Lâodeur mâa frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, sâest hĂ©rissĂ©e, mâavertissant de faire demi-tour et de partir. Mais jâai continuĂ© dâavancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ăa venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. Jâai tournĂ© au coin et jâai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je nâavais jamais vu, pliĂ© sur lâaccoudoir du canapĂ© pendant quâun autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait dâencaisser ce que je voyais. Gale nâarrĂȘtait pas de dire Ă quel point lâhomosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes nâĂ©tait mĂȘme pas le pire. â DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata dâun rire essoufflĂ©. â Est-ce quâelle sait seulement que son mari Alpha nâa jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? â Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour sâessuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme sâils parlaient de la pluie et du beau temps. â Elle est trop conne pour sâen rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce quâelle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. â Gale, sâil te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, quâest-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© dâun rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge sâest rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi dâun coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. â Ember, câest pas ce que tu croisâ Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte dâentrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que jâavais du mal Ă mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone sâest mis Ă vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : CâĂ©tait pas ce que tu as vu. Gale : Reviens quâon en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis à ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč jâallais jusquâĂ apercevoir le panneau de lâaĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs lâatterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă lâaĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que jâavais vu. Au comptoir, jâai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. â Un billet en premiĂšre classe pour lâAlaska, au plus vite, ai-je dit Ă lâemployĂ©e, dâune voix Ă peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ăa a englouti presque tout lâargent auquel jâavais accĂšs sur mon compte perso, mais je mâen fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. Jâai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă la manipulation. Gale : Sâil te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi tâexpliquer. Gale : Tu dramatises. CâĂ©tait juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu nâauras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă quel point tu es une ratĂ©e. Jâai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et jâai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans lâavion on ne sait comment et jâai trouvĂ© mon siĂšge. Lâengourdissement a commencĂ© Ă se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je nâarrivais plus Ă respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il mâavait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que jâĂ©tais le bon choix â soumise, obĂ©issante, issue dâune bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč jâavais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre lâĂ©pouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je lâaimais. Ou je le pensais. JâĂ©tais lâOmega inutile incapable mĂȘme de garder lâintĂ©rĂȘt de son mari. LâĂ©chec qui poussait son Ăąme sĆur dans les bras dâautres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne mâavait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusquâaux toilettes et je mây suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. Jâai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ăa faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand jâinsistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de lâaffection, nâimporte quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages dâaffaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă quel point jâĂ©tais pathĂ©tique Ă croire ses mensonges. Quelquâun a frappĂ© Ă la porte si fort quâelle en a tremblĂ©. â OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. â Jâai dit que câĂ©tait occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte sâest quand mĂȘme ouverte. â Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. Jâai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. CâĂ©tait lâhomme le plus beau que jâaie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous lâembrasure, avec des Ă©paules si larges quâil remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme sâil y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus quâils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. â DĂ©solĂ©e, je nâavais pas vu⊠Jâai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il mâattrapa lâavant-bras doucement mais fermement, mâarrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. â Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, dâune façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je nâarrivais pas Ă parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme sâil voyait jusquâau fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. Jâavais dĂ©jĂ vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je nâarrivais pas Ă le replacer Ă travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, lâhiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. â Ăa ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. â Sâil te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive dâune maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. â Je crois que si, ça me regarde. Jâaime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot mâa percutĂ©e. CâĂ©tait quand, la derniĂšre fois que quelquâun mâavait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelquâun mâavait regardĂ©e comme si jâavais de la valeur au lieu dâĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. â Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. â Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă genoux en train dâen satisfaire un autre pendant quâils se marraient tous sur Ă quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression sâest assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que jâai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© dâune maniĂšre qui mâa fait rougir malgrĂ© tout. â Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant dâun ton, plus rauque. Le son mâa fait frissonner de la nuque jusquâaux reins. â Quel genre de type tâaurait et choisirait quelquâun dâautre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi sâest rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et dâestime que mon propre mari ne lâavait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne lâavait fait en des annĂ©es, si jâĂ©tais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix sâest brisĂ©e. â Jâai tellement essayĂ© dâĂȘtre ce quâil voulait. Jâai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă un Ă©tranger. â Et pendant tout ce temps, il⊠se moquait de moi. Sa mĂąchoire sâest contractĂ©e, un muscle battant lĂ . â Il nây a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, câest lui. â Tâen sais rien, murmurai-je. â Jâen sais assez dâoĂč je suis. Il sâest rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. â Tu trembles. â Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais câest sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. Jâai avalĂ© avec peine. â Je ne sais pas quoi en faire. â Quâest-ce que tu veux faire ? Quâest-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser dâĂȘtre lâOmega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelquâun me regarde comme cet homme me regardait Ă cet instant, comme si jâĂ©tais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que jâen valais la peine. JâĂ©tais si fatiguĂ©e dâĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. Dâessayer dâĂȘtre lâĂ©pouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait sâamuser, pourquoi pas moi ? â Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse⊠Je marquai une pause, en voyant ses yeux sâassombrir encore, ses pupilles se dilater. â Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui â entre un grognement et un gĂ©missement â qui mâa fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue dâEmber Les mots flottent entre nous, et je nâarrive pas Ă croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier lâintensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cĆur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela nâa aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. â Câest vraiment ce que tu veux ? Sa voix sâabaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur mâenvahit. Câest insensĂ©. Mais jâen ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, lâimage de mon mari avec quelquâun dâautre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que lâinstant sâembrase, il sâĂ©teint lorsquâil recule dâun pas. Son expression se refroidit. â Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, jâai dâautres affaires Ă rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, jâattrape son bras alors quâil sâĂ©loigne. Puis je lâembrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne lâaurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă mon baiser. LâintensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je mâaccroche Ă lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras mâentourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je nâen ai aucune envie. Tout ce que je veux, câest oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui sâeffondre. â Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cĆur sâemballe. Je nâarrive plus Ă penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. â Je veux tâentendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă tout laisser derriĂšre moi. Ă tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. â Jamais je nâaurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et lâobserve vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. â Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? Lâinconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. â Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent dâune lueur que jâai dĂ©jĂ vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. Lâhomme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de lâembrasser. La honte mâĂ©crase instantanĂ©ment. Câest le supĂ©rieur de Gale. LâautoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes dâAmĂ©rique du Nord. Si quelquâun apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. â Ne tâarrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. â Non... non... câĂ©tait une erreur. Je secoue la tĂȘte. â Une Ă©norme erreur. Son expression sâassombrit aussitĂŽt. Lâor remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage sâĂ©vapore. â Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cĆur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă quel point la situation mâĂ©chappe. â Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains sâagrippent au lavabo pour retrouver un semblant dâĂ©quilibre. â Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. â Câest ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. â RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, dâĂ©motions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelquâun me regarde comme si jâĂ©tais importante. Comme si jâavais de la valeur. Comme si jâexistais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. â Câest quand la derniĂšre fois que quelquâun tâa vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. â Je... je ne mâen souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. â Tu ne tâen souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. â Gale nâa jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd sâinstalle. Puis Knox me regarde comme sâil venait de comprendre quelque chose. Comme sâil dĂ©couvrait lâĂ©tendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelquâun frappe soudainement Ă la porte des toilettes : â Ici lâagent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cĆur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă 10 000 mĂštres Point de vue dâEmber Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de lâhĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cĆur, lui, bat Ă tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de sâĂ©loigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. LâhĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque quâil nâa rien vĂ©cu dâexceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il mâaide Ă remettre de lâordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. â Tu devrais retourner Ă ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme nâa absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. LâhĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux sâĂ©carquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Quâest-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec lâhomme le plus puissant dâAmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. Lâhomme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres dâun simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme sâil se doutait de quelque chose. LâhĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je mâeffondre dans mon siĂšge. Ă travers lâallĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien nâĂ©tait ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. JâhĂ©site. Puis je dĂ©croche. â Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelquâun dâautre. Bien sĂ»r. Je lâai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. â Ne raccroche pas. Ăcoute-moi juste une seconde... â Je nâai rien Ă te dire. Mais il parle dĂ©jĂ par-dessus moi. â Ce que tu as vu nâest pas ce que tu crois ! Je tâaime, Ember. Je te le jure. Ăa ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, jâentends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. Lâaudace de ces deux-lĂ est sidĂ©rante. â Tu mâappelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. â BĂ©bĂ©, sâil te plaĂźt... â Ne mâappelle pas comme ça. â Je sais que jâai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. â Ce que tu veux, câest que je continue Ă jouer lâĂ©pouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. â Ce nâest pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. â Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. â Alors maintenant, tu me menaces ? â Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne lâai mĂȘme pas vu bouger. Il sâest installĂ© dans le siĂšge libre Ă cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. â Quâest-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. â Je sais que je tâai blessĂ©e, mais rentre Ă la maison. Je peux arranger les choses... Knox mâobserve silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. â Tu nâes pas obligĂ©e dâĂ©couter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. â Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. â Tu es avec quelquâun ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. â Elle tâa parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă l'autre bout du fil. â Qui est lĂ ? demande Gale. Knox ne cille pas. â Les documents de divorce sont dĂ©jĂ en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de mâĂ©touffer. â Quoi ? â Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte dâun cran. â Attends... Câest le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. â Quâest-ce que ça veut dire ? Ember, quâest-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. â Ce quâelle a fait, câest rĂ©aliser quâelle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox lâĂ©coute quelques secondes. Puis il coupe simplement lâappel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.
Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV DâEMBER â Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă peine. Câest quoi cette Omega incapable de garder lâattention de sa propre Ăąme sĆur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. Ă lâintĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer lâĂ©tincelle entre mon mari et moi. CâĂ©tait censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand lâamour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sĆur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. â DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot â bĂ©bĂ© â mâavait fait bondir le cĆur dâun espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point dâen blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč jâai ouvert la porte dâentrĂ©e, jâai su que quelque chose clochait horriblement. Lâodeur mâa frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, sâest hĂ©rissĂ©e, mâavertissant de faire demi-tour et de partir. Mais jâai continuĂ© dâavancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ăa venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. Jâai tournĂ© au coin et jâai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je nâavais jamais vu, pliĂ© sur lâaccoudoir du canapĂ© pendant quâun autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait dâencaisser ce que je voyais. Gale nâarrĂȘtait pas de dire Ă quel point lâhomosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes nâĂ©tait mĂȘme pas le pire. â DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata dâun rire essoufflĂ©. â Est-ce quâelle sait seulement que son mari Alpha nâa jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? â Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour sâessuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme sâils parlaient de la pluie et du beau temps. â Elle est trop conne pour sâen rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce quâelle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. â Gale, sâil te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, quâest-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© dâun rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge sâest rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi dâun coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. â Ember, câest pas ce que tu croisâ Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte dâentrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que jâavais du mal Ă mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone sâest mis Ă vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : CâĂ©tait pas ce que tu as vu. Gale : Reviens quâon en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis à ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč jâallais jusquâĂ apercevoir le panneau de lâaĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs lâatterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă lâaĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que jâavais vu. Au comptoir, jâai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. â Un billet en premiĂšre classe pour lâAlaska, au plus vite, ai-je dit Ă lâemployĂ©e, dâune voix Ă peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ăa a englouti presque tout lâargent auquel jâavais accĂšs sur mon compte perso, mais je mâen fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. Jâai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă la manipulation. Gale : Sâil te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi tâexpliquer. Gale : Tu dramatises. CâĂ©tait juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu nâauras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă quel point tu es une ratĂ©e. Jâai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et jâai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans lâavion on ne sait comment et jâai trouvĂ© mon siĂšge. Lâengourdissement a commencĂ© Ă se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je nâarrivais plus Ă respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il mâavait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que jâĂ©tais le bon choix â soumise, obĂ©issante, issue dâune bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč jâavais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre lâĂ©pouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je lâaimais. Ou je le pensais. JâĂ©tais lâOmega inutile incapable mĂȘme de garder lâintĂ©rĂȘt de son mari. LâĂ©chec qui poussait son Ăąme sĆur dans les bras dâautres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne mâavait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusquâaux toilettes et je mây suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. Jâai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ăa faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand jâinsistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de lâaffection, nâimporte quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages dâaffaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă quel point jâĂ©tais pathĂ©tique Ă croire ses mensonges. Quelquâun a frappĂ© Ă la porte si fort quâelle en a tremblĂ©. â OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. â Jâai dit que câĂ©tait occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte sâest quand mĂȘme ouverte. â Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. Jâai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. CâĂ©tait lâhomme le plus beau que jâaie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous lâembrasure, avec des Ă©paules si larges quâil remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme sâil y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus quâils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. â DĂ©solĂ©e, je nâavais pas vu⊠Jâai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il mâattrapa lâavant-bras doucement mais fermement, mâarrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. â Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, dâune façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je nâarrivais pas Ă parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme sâil voyait jusquâau fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. Jâavais dĂ©jĂ vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je nâarrivais pas Ă le replacer Ă travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, lâhiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. â Ăa ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. â Sâil te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive dâune maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. â Je crois que si, ça me regarde. Jâaime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot mâa percutĂ©e. CâĂ©tait quand, la derniĂšre fois que quelquâun mâavait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelquâun mâavait regardĂ©e comme si jâavais de la valeur au lieu dâĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. â Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. â Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă genoux en train dâen satisfaire un autre pendant quâils se marraient tous sur Ă quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression sâest assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que jâai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© dâune maniĂšre qui mâa fait rougir malgrĂ© tout. â Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant dâun ton, plus rauque. Le son mâa fait frissonner de la nuque jusquâaux reins. â Quel genre de type tâaurait et choisirait quelquâun dâautre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi sâest rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et dâestime que mon propre mari ne lâavait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne lâavait fait en des annĂ©es, si jâĂ©tais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix sâest brisĂ©e. â Jâai tellement essayĂ© dâĂȘtre ce quâil voulait. Jâai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă un Ă©tranger. â Et pendant tout ce temps, il⊠se moquait de moi. Sa mĂąchoire sâest contractĂ©e, un muscle battant lĂ . â Il nây a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, câest lui. â Tâen sais rien, murmurai-je. â Jâen sais assez dâoĂč je suis. Il sâest rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. â Tu trembles. â Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais câest sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. Jâai avalĂ© avec peine. â Je ne sais pas quoi en faire. â Quâest-ce que tu veux faire ? Quâest-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser dâĂȘtre lâOmega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelquâun me regarde comme cet homme me regardait Ă cet instant, comme si jâĂ©tais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que jâen valais la peine. JâĂ©tais si fatiguĂ©e dâĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. Dâessayer dâĂȘtre lâĂ©pouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait sâamuser, pourquoi pas moi ? â Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse⊠Je marquai une pause, en voyant ses yeux sâassombrir encore, ses pupilles se dilater. â Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui â entre un grognement et un gĂ©missement â qui mâa fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue dâEmber Les mots flottent entre nous, et je nâarrive pas Ă croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier lâintensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cĆur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela nâa aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. â Câest vraiment ce que tu veux ? Sa voix sâabaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur mâenvahit. Câest insensĂ©. Mais jâen ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, lâimage de mon mari avec quelquâun dâautre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que lâinstant sâembrase, il sâĂ©teint lorsquâil recule dâun pas. Son expression se refroidit. â Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, jâai dâautres affaires Ă rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, jâattrape son bras alors quâil sâĂ©loigne. Puis je lâembrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne lâaurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă mon baiser. LâintensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je mâaccroche Ă lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras mâentourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je nâen ai aucune envie. Tout ce que je veux, câest oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui sâeffondre. â Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cĆur sâemballe. Je nâarrive plus Ă penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. â Je veux tâentendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă tout laisser derriĂšre moi. Ă tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. â Jamais je nâaurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et lâobserve vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. â Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? Lâinconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. â Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent dâune lueur que jâai dĂ©jĂ vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. Lâhomme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de lâembrasser. La honte mâĂ©crase instantanĂ©ment. Câest le supĂ©rieur de Gale. LâautoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes dâAmĂ©rique du Nord. Si quelquâun apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. â Ne tâarrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. â Non... non... câĂ©tait une erreur. Je secoue la tĂȘte. â Une Ă©norme erreur. Son expression sâassombrit aussitĂŽt. Lâor remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage sâĂ©vapore. â Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cĆur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă quel point la situation mâĂ©chappe. â Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains sâagrippent au lavabo pour retrouver un semblant dâĂ©quilibre. â Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. â Câest ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. â RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, dâĂ©motions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelquâun me regarde comme si jâĂ©tais importante. Comme si jâavais de la valeur. Comme si jâexistais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. â Câest quand la derniĂšre fois que quelquâun tâa vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. â Je... je ne mâen souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. â Tu ne tâen souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. â Gale nâa jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd sâinstalle. Puis Knox me regarde comme sâil venait de comprendre quelque chose. Comme sâil dĂ©couvrait lâĂ©tendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelquâun frappe soudainement Ă la porte des toilettes : â Ici lâagent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cĆur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă 10 000 mĂštres Point de vue dâEmber Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de lâhĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cĆur, lui, bat Ă tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de sâĂ©loigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. LâhĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque quâil nâa rien vĂ©cu dâexceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il mâaide Ă remettre de lâordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. â Tu devrais retourner Ă ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme nâa absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. LâhĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux sâĂ©carquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Quâest-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec lâhomme le plus puissant dâAmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. Lâhomme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres dâun simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme sâil se doutait de quelque chose. LâhĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je mâeffondre dans mon siĂšge. Ă travers lâallĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien nâĂ©tait ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. JâhĂ©site. Puis je dĂ©croche. â Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelquâun dâautre. Bien sĂ»r. Je lâai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. â Ne raccroche pas. Ăcoute-moi juste une seconde... â Je nâai rien Ă te dire. Mais il parle dĂ©jĂ par-dessus moi. â Ce que tu as vu nâest pas ce que tu crois ! Je tâaime, Ember. Je te le jure. Ăa ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, jâentends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. Lâaudace de ces deux-lĂ est sidĂ©rante. â Tu mâappelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. â BĂ©bĂ©, sâil te plaĂźt... â Ne mâappelle pas comme ça. â Je sais que jâai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. â Ce que tu veux, câest que je continue Ă jouer lâĂ©pouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. â Ce nâest pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. â Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. â Alors maintenant, tu me menaces ? â Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne lâai mĂȘme pas vu bouger. Il sâest installĂ© dans le siĂšge libre Ă cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. â Quâest-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. â Je sais que je tâai blessĂ©e, mais rentre Ă la maison. Je peux arranger les choses... Knox mâobserve silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. â Tu nâes pas obligĂ©e dâĂ©couter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. â Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. â Tu es avec quelquâun ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. â Elle tâa parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă l'autre bout du fil. â Qui est lĂ ? demande Gale. Knox ne cille pas. â Les documents de divorce sont dĂ©jĂ en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de mâĂ©touffer. â Quoi ? â Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte dâun cran. â Attends... Câest le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. â Quâest-ce que ça veut dire ? Ember, quâest-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. â Ce quâelle a fait, câest rĂ©aliser quâelle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox lâĂ©coute quelques secondes. Puis il coupe simplement lâappel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.
Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV DâEMBER â Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă peine. Câest quoi cette Omega incapable de garder lâattention de sa propre Ăąme sĆur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. Ă lâintĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer lâĂ©tincelle entre mon mari et moi. CâĂ©tait censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand lâamour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sĆur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. â DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot â bĂ©bĂ© â mâavait fait bondir le cĆur dâun espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point dâen blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč jâai ouvert la porte dâentrĂ©e, jâai su que quelque chose clochait horriblement. Lâodeur mâa frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, sâest hĂ©rissĂ©e, mâavertissant de faire demi-tour et de partir. Mais jâai continuĂ© dâavancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ăa venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. Jâai tournĂ© au coin et jâai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je nâavais jamais vu, pliĂ© sur lâaccoudoir du canapĂ© pendant quâun autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait dâencaisser ce que je voyais. Gale nâarrĂȘtait pas de dire Ă quel point lâhomosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes nâĂ©tait mĂȘme pas le pire. â DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata dâun rire essoufflĂ©. â Est-ce quâelle sait seulement que son mari Alpha nâa jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? â Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour sâessuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme sâils parlaient de la pluie et du beau temps. â Elle est trop conne pour sâen rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce quâelle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. â Gale, sâil te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, quâest-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© dâun rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge sâest rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi dâun coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. â Ember, câest pas ce que tu croisâ Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte dâentrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que jâavais du mal Ă mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone sâest mis Ă vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : CâĂ©tait pas ce que tu as vu. Gale : Reviens quâon en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis à ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč jâallais jusquâĂ apercevoir le panneau de lâaĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs lâatterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă lâaĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que jâavais vu. Au comptoir, jâai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. â Un billet en premiĂšre classe pour lâAlaska, au plus vite, ai-je dit Ă lâemployĂ©e, dâune voix Ă peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ăa a englouti presque tout lâargent auquel jâavais accĂšs sur mon compte perso, mais je mâen fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. Jâai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă la manipulation. Gale : Sâil te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi tâexpliquer. Gale : Tu dramatises. CâĂ©tait juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu nâauras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă quel point tu es une ratĂ©e. Jâai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et jâai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans lâavion on ne sait comment et jâai trouvĂ© mon siĂšge. Lâengourdissement a commencĂ© Ă se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je nâarrivais plus Ă respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il mâavait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que jâĂ©tais le bon choix â soumise, obĂ©issante, issue dâune bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč jâavais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre lâĂ©pouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je lâaimais. Ou je le pensais. JâĂ©tais lâOmega inutile incapable mĂȘme de garder lâintĂ©rĂȘt de son mari. LâĂ©chec qui poussait son Ăąme sĆur dans les bras dâautres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne mâavait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusquâaux toilettes et je mây suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. Jâai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ăa faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand jâinsistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de lâaffection, nâimporte quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages dâaffaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă quel point jâĂ©tais pathĂ©tique Ă croire ses mensonges. Quelquâun a frappĂ© Ă la porte si fort quâelle en a tremblĂ©. â OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. â Jâai dit que câĂ©tait occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte sâest quand mĂȘme ouverte. â Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. Jâai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. CâĂ©tait lâhomme le plus beau que jâaie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous lâembrasure, avec des Ă©paules si larges quâil remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme sâil y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus quâils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. â DĂ©solĂ©e, je nâavais pas vu⊠Jâai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il mâattrapa lâavant-bras doucement mais fermement, mâarrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. â Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, dâune façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je nâarrivais pas Ă parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme sâil voyait jusquâau fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. Jâavais dĂ©jĂ vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je nâarrivais pas Ă le replacer Ă travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, lâhiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. â Ăa ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. â Sâil te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive dâune maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. â Je crois que si, ça me regarde. Jâaime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot mâa percutĂ©e. CâĂ©tait quand, la derniĂšre fois que quelquâun mâavait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelquâun mâavait regardĂ©e comme si jâavais de la valeur au lieu dâĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. â Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. â Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă genoux en train dâen satisfaire un autre pendant quâils se marraient tous sur Ă quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression sâest assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que jâai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© dâune maniĂšre qui mâa fait rougir malgrĂ© tout. â Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant dâun ton, plus rauque. Le son mâa fait frissonner de la nuque jusquâaux reins. â Quel genre de type tâaurait et choisirait quelquâun dâautre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi sâest rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et dâestime que mon propre mari ne lâavait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne lâavait fait en des annĂ©es, si jâĂ©tais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix sâest brisĂ©e. â Jâai tellement essayĂ© dâĂȘtre ce quâil voulait. Jâai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă un Ă©tranger. â Et pendant tout ce temps, il⊠se moquait de moi. Sa mĂąchoire sâest contractĂ©e, un muscle battant lĂ . â Il nây a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, câest lui. â Tâen sais rien, murmurai-je. â Jâen sais assez dâoĂč je suis. Il sâest rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. â Tu trembles. â Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais câest sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. Jâai avalĂ© avec peine. â Je ne sais pas quoi en faire. â Quâest-ce que tu veux faire ? Quâest-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser dâĂȘtre lâOmega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelquâun me regarde comme cet homme me regardait Ă cet instant, comme si jâĂ©tais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que jâen valais la peine. JâĂ©tais si fatiguĂ©e dâĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. Dâessayer dâĂȘtre lâĂ©pouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait sâamuser, pourquoi pas moi ? â Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse⊠Je marquai une pause, en voyant ses yeux sâassombrir encore, ses pupilles se dilater. â Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui â entre un grognement et un gĂ©missement â qui mâa fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue dâEmber Les mots flottent entre nous, et je nâarrive pas Ă croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier lâintensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cĆur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela nâa aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. â Câest vraiment ce que tu veux ? Sa voix sâabaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur mâenvahit. Câest insensĂ©. Mais jâen ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, lâimage de mon mari avec quelquâun dâautre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que lâinstant sâembrase, il sâĂ©teint lorsquâil recule dâun pas. Son expression se refroidit. â Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, jâai dâautres affaires Ă rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, jâattrape son bras alors quâil sâĂ©loigne. Puis je lâembrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne lâaurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă mon baiser. LâintensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je mâaccroche Ă lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras mâentourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je nâen ai aucune envie. Tout ce que je veux, câest oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui sâeffondre. â Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cĆur sâemballe. Je nâarrive plus Ă penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. â Je veux tâentendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă tout laisser derriĂšre moi. Ă tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. â Jamais je nâaurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et lâobserve vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. â Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? Lâinconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. â Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent dâune lueur que jâai dĂ©jĂ vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. Lâhomme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de lâembrasser. La honte mâĂ©crase instantanĂ©ment. Câest le supĂ©rieur de Gale. LâautoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes dâAmĂ©rique du Nord. Si quelquâun apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. â Ne tâarrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. â Non... non... câĂ©tait une erreur. Je secoue la tĂȘte. â Une Ă©norme erreur. Son expression sâassombrit aussitĂŽt. Lâor remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage sâĂ©vapore. â Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cĆur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă quel point la situation mâĂ©chappe. â Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains sâagrippent au lavabo pour retrouver un semblant dâĂ©quilibre. â Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. â Câest ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. â RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, dâĂ©motions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelquâun me regarde comme si jâĂ©tais importante. Comme si jâavais de la valeur. Comme si jâexistais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. â Câest quand la derniĂšre fois que quelquâun tâa vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. â Je... je ne mâen souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. â Tu ne tâen souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. â Gale nâa jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd sâinstalle. Puis Knox me regarde comme sâil venait de comprendre quelque chose. Comme sâil dĂ©couvrait lâĂ©tendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelquâun frappe soudainement Ă la porte des toilettes : â Ici lâagent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cĆur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă 10 000 mĂštres Point de vue dâEmber Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de lâhĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cĆur, lui, bat Ă tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de sâĂ©loigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. LâhĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque quâil nâa rien vĂ©cu dâexceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il mâaide Ă remettre de lâordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. â Tu devrais retourner Ă ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme nâa absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. LâhĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux sâĂ©carquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Quâest-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec lâhomme le plus puissant dâAmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. Lâhomme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres dâun simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme sâil se doutait de quelque chose. LâhĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je mâeffondre dans mon siĂšge. Ă travers lâallĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien nâĂ©tait ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. JâhĂ©site. Puis je dĂ©croche. â Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelquâun dâautre. Bien sĂ»r. Je lâai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. â Ne raccroche pas. Ăcoute-moi juste une seconde... â Je nâai rien Ă te dire. Mais il parle dĂ©jĂ par-dessus moi. â Ce que tu as vu nâest pas ce que tu crois ! Je tâaime, Ember. Je te le jure. Ăa ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, jâentends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. Lâaudace de ces deux-lĂ est sidĂ©rante. â Tu mâappelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. â BĂ©bĂ©, sâil te plaĂźt... â Ne mâappelle pas comme ça. â Je sais que jâai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. â Ce que tu veux, câest que je continue Ă jouer lâĂ©pouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. â Ce nâest pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. â Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. â Alors maintenant, tu me menaces ? â Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne lâai mĂȘme pas vu bouger. Il sâest installĂ© dans le siĂšge libre Ă cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. â Quâest-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. â Je sais que je tâai blessĂ©e, mais rentre Ă la maison. Je peux arranger les choses... Knox mâobserve silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. â Tu nâes pas obligĂ©e dâĂ©couter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. â Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. â Tu es avec quelquâun ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. â Elle tâa parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă l'autre bout du fil. â Qui est lĂ ? demande Gale. Knox ne cille pas. â Les documents de divorce sont dĂ©jĂ en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de mâĂ©touffer. â Quoi ? â Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte dâun cran. â Attends... Câest le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. â Quâest-ce que ça veut dire ? Ember, quâest-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. â Ce quâelle a fait, câest rĂ©aliser quâelle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox lâĂ©coute quelques secondes. Puis il coupe simplement lâappel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.
Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV DâEMBER â Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă peine. Câest quoi cette Omega incapable de garder lâattention de sa propre Ăąme sĆur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. Ă lâintĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer lâĂ©tincelle entre mon mari et moi. CâĂ©tait censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand lâamour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sĆur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. â DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot â bĂ©bĂ© â mâavait fait bondir le cĆur dâun espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point dâen blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč jâai ouvert la porte dâentrĂ©e, jâai su que quelque chose clochait horriblement. Lâodeur mâa frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, sâest hĂ©rissĂ©e, mâavertissant de faire demi-tour et de partir. Mais jâai continuĂ© dâavancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ăa venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. Jâai tournĂ© au coin et jâai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je nâavais jamais vu, pliĂ© sur lâaccoudoir du canapĂ© pendant quâun autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait dâencaisser ce que je voyais. Gale nâarrĂȘtait pas de dire Ă quel point lâhomosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes nâĂ©tait mĂȘme pas le pire. â DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata dâun rire essoufflĂ©. â Est-ce quâelle sait seulement que son mari Alpha nâa jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? â Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour sâessuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme sâils parlaient de la pluie et du beau temps. â Elle est trop conne pour sâen rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce quâelle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. â Gale, sâil te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, quâest-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© dâun rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge sâest rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi dâun coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. â Ember, câest pas ce que tu croisâ Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte dâentrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que jâavais du mal Ă mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone sâest mis Ă vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : CâĂ©tait pas ce que tu as vu. Gale : Reviens quâon en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis à ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč jâallais jusquâĂ apercevoir le panneau de lâaĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs lâatterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă lâaĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que jâavais vu. Au comptoir, jâai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. â Un billet en premiĂšre classe pour lâAlaska, au plus vite, ai-je dit Ă lâemployĂ©e, dâune voix Ă peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ăa a englouti presque tout lâargent auquel jâavais accĂšs sur mon compte perso, mais je mâen fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. Jâai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă la manipulation. Gale : Sâil te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi tâexpliquer. Gale : Tu dramatises. CâĂ©tait juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu nâauras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă quel point tu es une ratĂ©e. Jâai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et jâai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans lâavion on ne sait comment et jâai trouvĂ© mon siĂšge. Lâengourdissement a commencĂ© Ă se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je nâarrivais plus Ă respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il mâavait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que jâĂ©tais le bon choix â soumise, obĂ©issante, issue dâune bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč jâavais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre lâĂ©pouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je lâaimais. Ou je le pensais. JâĂ©tais lâOmega inutile incapable mĂȘme de garder lâintĂ©rĂȘt de son mari. LâĂ©chec qui poussait son Ăąme sĆur dans les bras dâautres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne mâavait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusquâaux toilettes et je mây suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. Jâai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ăa faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand jâinsistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de lâaffection, nâimporte quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages dâaffaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă quel point jâĂ©tais pathĂ©tique Ă croire ses mensonges. Quelquâun a frappĂ© Ă la porte si fort quâelle en a tremblĂ©. â OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. â Jâai dit que câĂ©tait occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte sâest quand mĂȘme ouverte. â Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. Jâai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. CâĂ©tait lâhomme le plus beau que jâaie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous lâembrasure, avec des Ă©paules si larges quâil remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme sâil y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus quâils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. â DĂ©solĂ©e, je nâavais pas vu⊠Jâai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il mâattrapa lâavant-bras doucement mais fermement, mâarrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. â Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, dâune façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je nâarrivais pas Ă parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme sâil voyait jusquâau fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. Jâavais dĂ©jĂ vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je nâarrivais pas Ă le replacer Ă travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, lâhiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. â Ăa ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. â Sâil te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive dâune maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. â Je crois que si, ça me regarde. Jâaime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot mâa percutĂ©e. CâĂ©tait quand, la derniĂšre fois que quelquâun mâavait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelquâun mâavait regardĂ©e comme si jâavais de la valeur au lieu dâĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. â Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. â Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă genoux en train dâen satisfaire un autre pendant quâils se marraient tous sur Ă quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression sâest assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que jâai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© dâune maniĂšre qui mâa fait rougir malgrĂ© tout. â Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant dâun ton, plus rauque. Le son mâa fait frissonner de la nuque jusquâaux reins. â Quel genre de type tâaurait et choisirait quelquâun dâautre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi sâest rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et dâestime que mon propre mari ne lâavait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne lâavait fait en des annĂ©es, si jâĂ©tais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix sâest brisĂ©e. â Jâai tellement essayĂ© dâĂȘtre ce quâil voulait. Jâai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă un Ă©tranger. â Et pendant tout ce temps, il⊠se moquait de moi. Sa mĂąchoire sâest contractĂ©e, un muscle battant lĂ . â Il nây a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, câest lui. â Tâen sais rien, murmurai-je. â Jâen sais assez dâoĂč je suis. Il sâest rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. â Tu trembles. â Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais câest sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. Jâai avalĂ© avec peine. â Je ne sais pas quoi en faire. â Quâest-ce que tu veux faire ? Quâest-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser dâĂȘtre lâOmega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelquâun me regarde comme cet homme me regardait Ă cet instant, comme si jâĂ©tais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que jâen valais la peine. JâĂ©tais si fatiguĂ©e dâĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. Dâessayer dâĂȘtre lâĂ©pouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait sâamuser, pourquoi pas moi ? â Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse⊠Je marquai une pause, en voyant ses yeux sâassombrir encore, ses pupilles se dilater. â Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui â entre un grognement et un gĂ©missement â qui mâa fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue dâEmber Les mots flottent entre nous, et je nâarrive pas Ă croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier lâintensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cĆur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela nâa aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. â Câest vraiment ce que tu veux ? Sa voix sâabaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur mâenvahit. Câest insensĂ©. Mais jâen ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu dâĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, lâimage de mon mari avec quelquâun dâautre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que lâinstant sâembrase, il sâĂ©teint lorsquâil recule dâun pas. Son expression se refroidit. â Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, jâai dâautres affaires Ă rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, jâattrape son bras alors quâil sâĂ©loigne. Puis je lâembrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne lâaurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă mon baiser. LâintensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je mâaccroche Ă lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras mâentourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je nâen ai aucune envie. Tout ce que je veux, câest oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui sâeffondre. â Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cĆur sâemballe. Je nâarrive plus Ă penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. â Je veux tâentendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă tout laisser derriĂšre moi. Ă tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. â Jamais je nâaurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et lâobserve vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. â Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? Lâinconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. â Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent dâune lueur que jâai dĂ©jĂ vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. Lâhomme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de lâembrasser. La honte mâĂ©crase instantanĂ©ment. Câest le supĂ©rieur de Gale. LâautoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes dâAmĂ©rique du Nord. Si quelquâun apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. â Ne tâarrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. â Non... non... câĂ©tait une erreur. Je secoue la tĂȘte. â Une Ă©norme erreur. Son expression sâassombrit aussitĂŽt. Lâor remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage sâĂ©vapore. â Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cĆur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă quel point la situation mâĂ©chappe. â Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains sâagrippent au lavabo pour retrouver un semblant dâĂ©quilibre. â Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. â Câest ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. â RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, dâĂ©motions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelquâun me regarde comme si jâĂ©tais importante. Comme si jâavais de la valeur. Comme si jâexistais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. â Câest quand la derniĂšre fois que quelquâun tâa vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. â Je... je ne mâen souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. â Tu ne tâen souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. â Gale nâa jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd sâinstalle. Puis Knox me regarde comme sâil venait de comprendre quelque chose. Comme sâil dĂ©couvrait lâĂ©tendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelquâun frappe soudainement Ă la porte des toilettes : â Ici lâagent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cĆur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă 10 000 mĂštres Point de vue dâEmber Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de lâhĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cĆur, lui, bat Ă tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de sâĂ©loigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. LâhĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque quâil nâa rien vĂ©cu dâexceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il mâaide Ă remettre de lâordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. â Tu devrais retourner Ă ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme nâa absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. LâhĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux sâĂ©carquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Quâest-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec lâhomme le plus puissant dâAmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. Lâhomme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres dâun simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme sâil se doutait de quelque chose. LâhĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je mâeffondre dans mon siĂšge. Ă travers lâallĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien nâĂ©tait ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. JâhĂ©site. Puis je dĂ©croche. â Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelquâun dâautre. Bien sĂ»r. Je lâai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. â Ne raccroche pas. Ăcoute-moi juste une seconde... â Je nâai rien Ă te dire. Mais il parle dĂ©jĂ par-dessus moi. â Ce que tu as vu nâest pas ce que tu crois ! Je tâaime, Ember. Je te le jure. Ăa ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, jâentends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. Lâaudace de ces deux-lĂ est sidĂ©rante. â Tu mâappelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. â BĂ©bĂ©, sâil te plaĂźt... â Ne mâappelle pas comme ça. â Je sais que jâai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. â Ce que tu veux, câest que je continue Ă jouer lâĂ©pouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. â Ce nâest pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. â Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. â Alors maintenant, tu me menaces ? â Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne lâai mĂȘme pas vu bouger. Il sâest installĂ© dans le siĂšge libre Ă cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. â Quâest-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. â Je sais que je tâai blessĂ©e, mais rentre Ă la maison. Je peux arranger les choses... Knox mâobserve silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. â Tu nâes pas obligĂ©e dâĂ©couter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. â Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. â Tu es avec quelquâun ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. â Elle tâa parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă l'autre bout du fil. â Qui est lĂ ? demande Gale. Knox ne cille pas. â Les documents de divorce sont dĂ©jĂ en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de mâĂ©touffer. â Quoi ? â Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte dâun cran. â Attends... Câest le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. â Quâest-ce que ça veut dire ? Ember, quâest-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. â Ce quâelle a fait, câest rĂ©aliser quâelle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox lâĂ©coute quelques secondes. Puis il coupe simplement lâappel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.
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