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đŸ“•đŸ’•đŸ”„ Mon Mari M'a TrompĂ©e, le Roi Lycan M'a Choisie đŸ’”âžĄïžđŸ’ž (18+)
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Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV D’EMBER — Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă  peine. C’est quoi cette Omega incapable de garder l’attention de sa propre Ăąme sƓur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. À l’intĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer l’étincelle entre mon mari et moi. C’était censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand l’amour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sƓur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. — DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot — bĂ©bĂ© — m’avait fait bondir le cƓur d’un espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă  nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point d’en blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč j’ai ouvert la porte d’entrĂ©e, j’ai su que quelque chose clochait horriblement. L’odeur m’a frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, s’est hĂ©rissĂ©e, m’avertissant de faire demi-tour et de partir. Mais j’ai continuĂ© d’avancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ça venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. J’ai tournĂ© au coin et j’ai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă  genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je n’avais jamais vu, pliĂ© sur l’accoudoir du canapĂ© pendant qu’un autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait d’encaisser ce que je voyais. Gale n’arrĂȘtait pas de dire Ă  quel point l’homosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes n’était mĂȘme pas le pire. — DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata d’un rire essoufflĂ©. — Est-ce qu’elle sait seulement que son mari Alpha n’a jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? — Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour s’essuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps. — Elle est trop conne pour s’en rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce qu’elle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. — Gale, s’il te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, qu’est-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© d’un rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge s’est rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi d’un coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. — Ember, c’est pas ce que tu crois— Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte d’entrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que j’avais du mal Ă  mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone s’est mis Ă  vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : C’était pas ce que tu as vu. Gale : Reviens qu’on en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă  qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis Ă  ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč j’allais jusqu’à apercevoir le panneau de l’aĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs l’atterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă  l’aĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que j’avais vu. Au comptoir, j’ai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. — Un billet en premiĂšre classe pour l’Alaska, au plus vite, ai-je dit Ă  l’employĂ©e, d’une voix Ă  peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ça a englouti presque tout l’argent auquel j’avais accĂšs sur mon compte perso, mais je m’en fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. J’ai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă  la manipulation. Gale : S’il te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi t’expliquer. Gale : Tu dramatises. C’était juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu n’auras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă  quel point tu es une ratĂ©e. J’ai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et j’ai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans l’avion on ne sait comment et j’ai trouvĂ© mon siĂšge. L’engourdissement a commencĂ© Ă  se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je n’arrivais plus Ă  respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il m’avait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que j’étais le bon choix — soumise, obĂ©issante, issue d’une bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč j’avais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre l’épouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je l’aimais. Ou je le pensais. J’étais l’Omega inutile incapable mĂȘme de garder l’intĂ©rĂȘt de son mari. L’échec qui poussait son Ăąme sƓur dans les bras d’autres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne m’avait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusqu’aux toilettes et je m’y suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. J’ai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ça faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand j’insistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de l’affection, n’importe quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ  oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages d’affaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă  quel point j’étais pathĂ©tique Ă  croire ses mensonges. Quelqu’un a frappĂ© Ă  la porte si fort qu’elle en a tremblĂ©. — OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. — J’ai dit que c’était occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte s’est quand mĂȘme ouverte. — Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. J’ai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. C’était l’homme le plus beau que j’aie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous l’embrasure, avec des Ă©paules si larges qu’il remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme s’il y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus qu’ils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. — DĂ©solĂ©e, je n’avais pas vu
 J’ai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il m’attrapa l’avant-bras doucement mais fermement, m’arrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. — Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, d’une façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je n’arrivais pas Ă  parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme s’il voyait jusqu’au fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. J’avais dĂ©jĂ  vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je n’arrivais pas Ă  le replacer Ă  travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, l’hiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. — Ça ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. — S’il te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive d’une maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. — Je crois que si, ça me regarde. J’aime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot m’a percutĂ©e. C’était quand, la derniĂšre fois que quelqu’un m’avait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelqu’un m’avait regardĂ©e comme si j’avais de la valeur au lieu d’ĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. — Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. — Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă  genoux en train d’en satisfaire un autre pendant qu’ils se marraient tous sur Ă  quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression s’est assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que j’ai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© d’une maniĂšre qui m’a fait rougir malgrĂ© tout. — Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant d’un ton, plus rauque. Le son m’a fait frissonner de la nuque jusqu’aux reins. — Quel genre de type t’aurait et choisirait quelqu’un d’autre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi s’est rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et d’estime que mon propre mari ne l’avait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne l’avait fait en des annĂ©es, si j’étais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix s’est brisĂ©e. — J’ai tellement essayĂ© d’ĂȘtre ce qu’il voulait. J’ai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă  un Ă©tranger. — Et pendant tout ce temps, il
 se moquait de moi. Sa mĂąchoire s’est contractĂ©e, un muscle battant lĂ . — Il n’y a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, c’est lui. — T’en sais rien, murmurai-je. — J’en sais assez d’oĂč je suis. Il s’est rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. — Tu trembles. — Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais c’est sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. J’ai avalĂ© avec peine. — Je ne sais pas quoi en faire. — Qu’est-ce que tu veux faire ? Qu’est-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser d’ĂȘtre l’Omega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelqu’un me regarde comme cet homme me regardait Ă  cet instant, comme si j’étais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que j’en valais la peine. J’étais si fatiguĂ©e d’ĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. D’essayer d’ĂȘtre l’épouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait s’amuser, pourquoi pas moi ? — Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse
 Je marquai une pause, en voyant ses yeux s’assombrir encore, ses pupilles se dilater. — Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui — entre un grognement et un gĂ©missement — qui m’a fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue d’Ember Les mots flottent entre nous, et je n’arrive pas Ă  croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier l’intensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cƓur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela n’a aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. — C’est vraiment ce que tu veux ? Sa voix s’abaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur m’envahit. C’est insensĂ©. Mais j’en ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, l’image de mon mari avec quelqu’un d’autre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que l’instant s’embrase, il s’éteint lorsqu’il recule d’un pas. Son expression se refroidit. — Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, j’ai d’autres affaires Ă  rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, j’attrape son bras alors qu’il s’éloigne. Puis je l’embrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne l’aurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă  mon baiser. L’intensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je m’accroche Ă  lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras m’entourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je n’en ai aucune envie. Tout ce que je veux, c’est oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui s’effondre. — Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cƓur s’emballe. Je n’arrive plus Ă  penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. — Je veux t’entendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă  tout laisser derriĂšre moi. À tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. — Jamais je n’aurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et l’observe vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. — Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? L’inconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. — Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent d’une lueur que j’ai dĂ©jĂ  vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. L’homme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de l’embrasser. La honte m’écrase instantanĂ©ment. C’est le supĂ©rieur de Gale. L’autoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes d’AmĂ©rique du Nord. Si quelqu’un apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. — Ne t’arrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. — Non... non... c’était une erreur. Je secoue la tĂȘte. — Une Ă©norme erreur. Son expression s’assombrit aussitĂŽt. L’or remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage s’évapore. — Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cƓur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă  quel point la situation m’échappe. — Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains s’agrippent au lavabo pour retrouver un semblant d’équilibre. — Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. — C’est ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. — RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, d’émotions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelqu’un me regarde comme si j’étais importante. Comme si j’avais de la valeur. Comme si j’existais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. — C’est quand la derniĂšre fois que quelqu’un t’a vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. — Je... je ne m’en souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. — Tu ne t’en souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. — Gale n’a jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd s’installe. Puis Knox me regarde comme s’il venait de comprendre quelque chose. Comme s’il dĂ©couvrait l’étendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelqu’un frappe soudainement Ă  la porte des toilettes : — Ici l’agent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cƓur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă  10 000 mĂštres Point de vue d’Ember Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de l’hĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cƓur, lui, bat Ă  tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de s’éloigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. L’hĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque qu’il n’a rien vĂ©cu d’exceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il m’aide Ă  remettre de l’ordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. — Tu devrais retourner Ă  ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme n’a absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. L’hĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux s’écarquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă  son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Qu’est-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec l’homme le plus puissant d’AmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. L’homme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres d’un simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme s’il se doutait de quelque chose. L’hĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je m’effondre dans mon siĂšge. À travers l’allĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien n’était ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. J’hĂ©site. Puis je dĂ©croche. — Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelqu’un d’autre. Bien sĂ»r. Je l’ai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. — Ne raccroche pas. Écoute-moi juste une seconde... — Je n’ai rien Ă  te dire. Mais il parle dĂ©jĂ  par-dessus moi. — Ce que tu as vu n’est pas ce que tu crois ! Je t’aime, Ember. Je te le jure. Ça ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, j’entends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. L’audace de ces deux-lĂ  est sidĂ©rante. — Tu m’appelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. — BĂ©bĂ©, s’il te plaĂźt... — Ne m’appelle pas comme ça. — Je sais que j’ai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. — Ce que tu veux, c’est que je continue Ă  jouer l’épouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. — Ce n’est pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. — Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. — Alors maintenant, tu me menaces ? — Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne l’ai mĂȘme pas vu bouger. Il s’est installĂ© dans le siĂšge libre Ă  cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. — Qu’est-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. — Je sais que je t’ai blessĂ©e, mais rentre Ă  la maison. Je peux arranger les choses... Knox m’observe silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. — Tu n’es pas obligĂ©e d’écouter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. — Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. — Tu es avec quelqu’un ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. — Elle t’a parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă  l'autre bout du fil. — Qui est lĂ  ? demande Gale. Knox ne cille pas. — Les documents de divorce sont dĂ©jĂ  en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de m’étouffer. — Quoi ? — Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte d’un cran. — Attends... C’est le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. — Qu’est-ce que ça veut dire ? Ember, qu’est-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. — Ce qu’elle a fait, c’est rĂ©aliser qu’elle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox l’écoute quelques secondes. Puis il coupe simplement l’appel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.

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Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV D’EMBER — Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă  peine. C’est quoi cette Omega incapable de garder l’attention de sa propre Ăąme sƓur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. À l’intĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer l’étincelle entre mon mari et moi. C’était censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand l’amour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sƓur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. — DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot — bĂ©bĂ© — m’avait fait bondir le cƓur d’un espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă  nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point d’en blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč j’ai ouvert la porte d’entrĂ©e, j’ai su que quelque chose clochait horriblement. L’odeur m’a frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, s’est hĂ©rissĂ©e, m’avertissant de faire demi-tour et de partir. Mais j’ai continuĂ© d’avancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ça venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. J’ai tournĂ© au coin et j’ai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă  genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je n’avais jamais vu, pliĂ© sur l’accoudoir du canapĂ© pendant qu’un autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait d’encaisser ce que je voyais. Gale n’arrĂȘtait pas de dire Ă  quel point l’homosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes n’était mĂȘme pas le pire. — DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata d’un rire essoufflĂ©. — Est-ce qu’elle sait seulement que son mari Alpha n’a jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? — Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour s’essuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps. — Elle est trop conne pour s’en rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce qu’elle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. — Gale, s’il te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, qu’est-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© d’un rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge s’est rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi d’un coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. — Ember, c’est pas ce que tu crois— Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte d’entrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que j’avais du mal Ă  mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone s’est mis Ă  vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : C’était pas ce que tu as vu. Gale : Reviens qu’on en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă  qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis Ă  ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč j’allais jusqu’à apercevoir le panneau de l’aĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs l’atterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă  l’aĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que j’avais vu. Au comptoir, j’ai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. — Un billet en premiĂšre classe pour l’Alaska, au plus vite, ai-je dit Ă  l’employĂ©e, d’une voix Ă  peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ça a englouti presque tout l’argent auquel j’avais accĂšs sur mon compte perso, mais je m’en fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. J’ai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă  la manipulation. Gale : S’il te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi t’expliquer. Gale : Tu dramatises. C’était juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu n’auras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă  quel point tu es une ratĂ©e. J’ai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et j’ai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans l’avion on ne sait comment et j’ai trouvĂ© mon siĂšge. L’engourdissement a commencĂ© Ă  se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je n’arrivais plus Ă  respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il m’avait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que j’étais le bon choix — soumise, obĂ©issante, issue d’une bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč j’avais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre l’épouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je l’aimais. Ou je le pensais. J’étais l’Omega inutile incapable mĂȘme de garder l’intĂ©rĂȘt de son mari. L’échec qui poussait son Ăąme sƓur dans les bras d’autres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne m’avait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusqu’aux toilettes et je m’y suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. J’ai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ça faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand j’insistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de l’affection, n’importe quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ  oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages d’affaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă  quel point j’étais pathĂ©tique Ă  croire ses mensonges. Quelqu’un a frappĂ© Ă  la porte si fort qu’elle en a tremblĂ©. — OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. — J’ai dit que c’était occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte s’est quand mĂȘme ouverte. — Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. J’ai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. C’était l’homme le plus beau que j’aie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous l’embrasure, avec des Ă©paules si larges qu’il remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme s’il y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus qu’ils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. — DĂ©solĂ©e, je n’avais pas vu
 J’ai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il m’attrapa l’avant-bras doucement mais fermement, m’arrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. — Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, d’une façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je n’arrivais pas Ă  parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme s’il voyait jusqu’au fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. J’avais dĂ©jĂ  vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je n’arrivais pas Ă  le replacer Ă  travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, l’hiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. — Ça ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. — S’il te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive d’une maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. — Je crois que si, ça me regarde. J’aime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot m’a percutĂ©e. C’était quand, la derniĂšre fois que quelqu’un m’avait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelqu’un m’avait regardĂ©e comme si j’avais de la valeur au lieu d’ĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. — Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. — Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă  genoux en train d’en satisfaire un autre pendant qu’ils se marraient tous sur Ă  quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression s’est assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que j’ai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© d’une maniĂšre qui m’a fait rougir malgrĂ© tout. — Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant d’un ton, plus rauque. Le son m’a fait frissonner de la nuque jusqu’aux reins. — Quel genre de type t’aurait et choisirait quelqu’un d’autre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi s’est rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et d’estime que mon propre mari ne l’avait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne l’avait fait en des annĂ©es, si j’étais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix s’est brisĂ©e. — J’ai tellement essayĂ© d’ĂȘtre ce qu’il voulait. J’ai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă  un Ă©tranger. — Et pendant tout ce temps, il
 se moquait de moi. Sa mĂąchoire s’est contractĂ©e, un muscle battant lĂ . — Il n’y a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, c’est lui. — T’en sais rien, murmurai-je. — J’en sais assez d’oĂč je suis. Il s’est rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. — Tu trembles. — Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais c’est sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. J’ai avalĂ© avec peine. — Je ne sais pas quoi en faire. — Qu’est-ce que tu veux faire ? Qu’est-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser d’ĂȘtre l’Omega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelqu’un me regarde comme cet homme me regardait Ă  cet instant, comme si j’étais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que j’en valais la peine. J’étais si fatiguĂ©e d’ĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. D’essayer d’ĂȘtre l’épouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait s’amuser, pourquoi pas moi ? — Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse
 Je marquai une pause, en voyant ses yeux s’assombrir encore, ses pupilles se dilater. — Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui — entre un grognement et un gĂ©missement — qui m’a fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue d’Ember Les mots flottent entre nous, et je n’arrive pas Ă  croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier l’intensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cƓur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela n’a aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. — C’est vraiment ce que tu veux ? Sa voix s’abaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur m’envahit. C’est insensĂ©. Mais j’en ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, l’image de mon mari avec quelqu’un d’autre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que l’instant s’embrase, il s’éteint lorsqu’il recule d’un pas. Son expression se refroidit. — Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, j’ai d’autres affaires Ă  rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, j’attrape son bras alors qu’il s’éloigne. Puis je l’embrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne l’aurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă  mon baiser. L’intensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je m’accroche Ă  lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras m’entourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je n’en ai aucune envie. Tout ce que je veux, c’est oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui s’effondre. — Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cƓur s’emballe. Je n’arrive plus Ă  penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. — Je veux t’entendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă  tout laisser derriĂšre moi. À tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. — Jamais je n’aurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et l’observe vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. — Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? L’inconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. — Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent d’une lueur que j’ai dĂ©jĂ  vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. L’homme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de l’embrasser. La honte m’écrase instantanĂ©ment. C’est le supĂ©rieur de Gale. L’autoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes d’AmĂ©rique du Nord. Si quelqu’un apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. — Ne t’arrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. — Non... non... c’était une erreur. Je secoue la tĂȘte. — Une Ă©norme erreur. Son expression s’assombrit aussitĂŽt. L’or remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage s’évapore. — Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cƓur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă  quel point la situation m’échappe. — Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains s’agrippent au lavabo pour retrouver un semblant d’équilibre. — Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. — C’est ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. — RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, d’émotions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelqu’un me regarde comme si j’étais importante. Comme si j’avais de la valeur. Comme si j’existais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. — C’est quand la derniĂšre fois que quelqu’un t’a vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. — Je... je ne m’en souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. — Tu ne t’en souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. — Gale n’a jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd s’installe. Puis Knox me regarde comme s’il venait de comprendre quelque chose. Comme s’il dĂ©couvrait l’étendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelqu’un frappe soudainement Ă  la porte des toilettes : — Ici l’agent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cƓur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă  10 000 mĂštres Point de vue d’Ember Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de l’hĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cƓur, lui, bat Ă  tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de s’éloigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. L’hĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque qu’il n’a rien vĂ©cu d’exceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il m’aide Ă  remettre de l’ordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. — Tu devrais retourner Ă  ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme n’a absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. L’hĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux s’écarquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă  son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Qu’est-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec l’homme le plus puissant d’AmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. L’homme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres d’un simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme s’il se doutait de quelque chose. L’hĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je m’effondre dans mon siĂšge. À travers l’allĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien n’était ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. J’hĂ©site. Puis je dĂ©croche. — Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelqu’un d’autre. Bien sĂ»r. Je l’ai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. — Ne raccroche pas. Écoute-moi juste une seconde... — Je n’ai rien Ă  te dire. Mais il parle dĂ©jĂ  par-dessus moi. — Ce que tu as vu n’est pas ce que tu crois ! Je t’aime, Ember. Je te le jure. Ça ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, j’entends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. L’audace de ces deux-lĂ  est sidĂ©rante. — Tu m’appelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. — BĂ©bĂ©, s’il te plaĂźt... — Ne m’appelle pas comme ça. — Je sais que j’ai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. — Ce que tu veux, c’est que je continue Ă  jouer l’épouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. — Ce n’est pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. — Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. — Alors maintenant, tu me menaces ? — Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne l’ai mĂȘme pas vu bouger. Il s’est installĂ© dans le siĂšge libre Ă  cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. — Qu’est-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. — Je sais que je t’ai blessĂ©e, mais rentre Ă  la maison. Je peux arranger les choses... Knox m’observe silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. — Tu n’es pas obligĂ©e d’écouter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. — Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. — Tu es avec quelqu’un ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. — Elle t’a parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă  l'autre bout du fil. — Qui est lĂ  ? demande Gale. Knox ne cille pas. — Les documents de divorce sont dĂ©jĂ  en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de m’étouffer. — Quoi ? — Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte d’un cran. — Attends... C’est le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. — Qu’est-ce que ça veut dire ? Ember, qu’est-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. — Ce qu’elle a fait, c’est rĂ©aliser qu’elle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox l’écoute quelques secondes. Puis il coupe simplement l’appel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.

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đŸ“•đŸ’•đŸ”„ Mon Mari M'a TrompĂ©e, le Roi Lycan M'a Choisie đŸ’”âžĄïžđŸ’ž (18+)
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Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV D’EMBER — Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă  peine. C’est quoi cette Omega incapable de garder l’attention de sa propre Ăąme sƓur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. À l’intĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer l’étincelle entre mon mari et moi. C’était censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand l’amour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sƓur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. — DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot — bĂ©bĂ© — m’avait fait bondir le cƓur d’un espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă  nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point d’en blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč j’ai ouvert la porte d’entrĂ©e, j’ai su que quelque chose clochait horriblement. L’odeur m’a frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, s’est hĂ©rissĂ©e, m’avertissant de faire demi-tour et de partir. Mais j’ai continuĂ© d’avancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ça venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. J’ai tournĂ© au coin et j’ai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă  genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je n’avais jamais vu, pliĂ© sur l’accoudoir du canapĂ© pendant qu’un autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait d’encaisser ce que je voyais. Gale n’arrĂȘtait pas de dire Ă  quel point l’homosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes n’était mĂȘme pas le pire. — DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata d’un rire essoufflĂ©. — Est-ce qu’elle sait seulement que son mari Alpha n’a jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? — Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour s’essuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps. — Elle est trop conne pour s’en rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce qu’elle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. — Gale, s’il te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, qu’est-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© d’un rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge s’est rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi d’un coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. — Ember, c’est pas ce que tu crois— Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte d’entrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que j’avais du mal Ă  mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone s’est mis Ă  vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : C’était pas ce que tu as vu. Gale : Reviens qu’on en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă  qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis Ă  ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč j’allais jusqu’à apercevoir le panneau de l’aĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs l’atterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă  l’aĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que j’avais vu. Au comptoir, j’ai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. — Un billet en premiĂšre classe pour l’Alaska, au plus vite, ai-je dit Ă  l’employĂ©e, d’une voix Ă  peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ça a englouti presque tout l’argent auquel j’avais accĂšs sur mon compte perso, mais je m’en fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. J’ai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă  la manipulation. Gale : S’il te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi t’expliquer. Gale : Tu dramatises. C’était juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu n’auras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă  quel point tu es une ratĂ©e. J’ai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et j’ai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans l’avion on ne sait comment et j’ai trouvĂ© mon siĂšge. L’engourdissement a commencĂ© Ă  se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je n’arrivais plus Ă  respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il m’avait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que j’étais le bon choix — soumise, obĂ©issante, issue d’une bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč j’avais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre l’épouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je l’aimais. Ou je le pensais. J’étais l’Omega inutile incapable mĂȘme de garder l’intĂ©rĂȘt de son mari. L’échec qui poussait son Ăąme sƓur dans les bras d’autres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne m’avait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusqu’aux toilettes et je m’y suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. J’ai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ça faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand j’insistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de l’affection, n’importe quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ  oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages d’affaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă  quel point j’étais pathĂ©tique Ă  croire ses mensonges. Quelqu’un a frappĂ© Ă  la porte si fort qu’elle en a tremblĂ©. — OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. — J’ai dit que c’était occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte s’est quand mĂȘme ouverte. — Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. J’ai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. C’était l’homme le plus beau que j’aie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous l’embrasure, avec des Ă©paules si larges qu’il remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme s’il y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus qu’ils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. — DĂ©solĂ©e, je n’avais pas vu
 J’ai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il m’attrapa l’avant-bras doucement mais fermement, m’arrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. — Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, d’une façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je n’arrivais pas Ă  parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme s’il voyait jusqu’au fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. J’avais dĂ©jĂ  vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je n’arrivais pas Ă  le replacer Ă  travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, l’hiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. — Ça ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. — S’il te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive d’une maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. — Je crois que si, ça me regarde. J’aime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot m’a percutĂ©e. C’était quand, la derniĂšre fois que quelqu’un m’avait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelqu’un m’avait regardĂ©e comme si j’avais de la valeur au lieu d’ĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. — Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. — Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă  genoux en train d’en satisfaire un autre pendant qu’ils se marraient tous sur Ă  quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression s’est assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que j’ai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© d’une maniĂšre qui m’a fait rougir malgrĂ© tout. — Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant d’un ton, plus rauque. Le son m’a fait frissonner de la nuque jusqu’aux reins. — Quel genre de type t’aurait et choisirait quelqu’un d’autre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi s’est rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et d’estime que mon propre mari ne l’avait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne l’avait fait en des annĂ©es, si j’étais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix s’est brisĂ©e. — J’ai tellement essayĂ© d’ĂȘtre ce qu’il voulait. J’ai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă  un Ă©tranger. — Et pendant tout ce temps, il
 se moquait de moi. Sa mĂąchoire s’est contractĂ©e, un muscle battant lĂ . — Il n’y a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, c’est lui. — T’en sais rien, murmurai-je. — J’en sais assez d’oĂč je suis. Il s’est rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. — Tu trembles. — Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais c’est sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. J’ai avalĂ© avec peine. — Je ne sais pas quoi en faire. — Qu’est-ce que tu veux faire ? Qu’est-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser d’ĂȘtre l’Omega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelqu’un me regarde comme cet homme me regardait Ă  cet instant, comme si j’étais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que j’en valais la peine. J’étais si fatiguĂ©e d’ĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. D’essayer d’ĂȘtre l’épouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait s’amuser, pourquoi pas moi ? — Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse
 Je marquai une pause, en voyant ses yeux s’assombrir encore, ses pupilles se dilater. — Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui — entre un grognement et un gĂ©missement — qui m’a fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue d’Ember Les mots flottent entre nous, et je n’arrive pas Ă  croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier l’intensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cƓur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela n’a aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. — C’est vraiment ce que tu veux ? Sa voix s’abaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur m’envahit. C’est insensĂ©. Mais j’en ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, l’image de mon mari avec quelqu’un d’autre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que l’instant s’embrase, il s’éteint lorsqu’il recule d’un pas. Son expression se refroidit. — Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, j’ai d’autres affaires Ă  rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, j’attrape son bras alors qu’il s’éloigne. Puis je l’embrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne l’aurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă  mon baiser. L’intensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je m’accroche Ă  lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras m’entourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je n’en ai aucune envie. Tout ce que je veux, c’est oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui s’effondre. — Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cƓur s’emballe. Je n’arrive plus Ă  penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. — Je veux t’entendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă  tout laisser derriĂšre moi. À tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. — Jamais je n’aurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et l’observe vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. — Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? L’inconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. — Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent d’une lueur que j’ai dĂ©jĂ  vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. L’homme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de l’embrasser. La honte m’écrase instantanĂ©ment. C’est le supĂ©rieur de Gale. L’autoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes d’AmĂ©rique du Nord. Si quelqu’un apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. — Ne t’arrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. — Non... non... c’était une erreur. Je secoue la tĂȘte. — Une Ă©norme erreur. Son expression s’assombrit aussitĂŽt. L’or remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage s’évapore. — Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cƓur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă  quel point la situation m’échappe. — Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains s’agrippent au lavabo pour retrouver un semblant d’équilibre. — Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. — C’est ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. — RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, d’émotions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelqu’un me regarde comme si j’étais importante. Comme si j’avais de la valeur. Comme si j’existais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. — C’est quand la derniĂšre fois que quelqu’un t’a vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. — Je... je ne m’en souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. — Tu ne t’en souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. — Gale n’a jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd s’installe. Puis Knox me regarde comme s’il venait de comprendre quelque chose. Comme s’il dĂ©couvrait l’étendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelqu’un frappe soudainement Ă  la porte des toilettes : — Ici l’agent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cƓur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă  10 000 mĂštres Point de vue d’Ember Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de l’hĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cƓur, lui, bat Ă  tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de s’éloigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. L’hĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque qu’il n’a rien vĂ©cu d’exceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il m’aide Ă  remettre de l’ordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. — Tu devrais retourner Ă  ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme n’a absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. L’hĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux s’écarquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă  son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Qu’est-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec l’homme le plus puissant d’AmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. L’homme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres d’un simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme s’il se doutait de quelque chose. L’hĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je m’effondre dans mon siĂšge. À travers l’allĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien n’était ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. J’hĂ©site. Puis je dĂ©croche. — Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelqu’un d’autre. Bien sĂ»r. Je l’ai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. — Ne raccroche pas. Écoute-moi juste une seconde... — Je n’ai rien Ă  te dire. Mais il parle dĂ©jĂ  par-dessus moi. — Ce que tu as vu n’est pas ce que tu crois ! Je t’aime, Ember. Je te le jure. Ça ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, j’entends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. L’audace de ces deux-lĂ  est sidĂ©rante. — Tu m’appelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. — BĂ©bĂ©, s’il te plaĂźt... — Ne m’appelle pas comme ça. — Je sais que j’ai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. — Ce que tu veux, c’est que je continue Ă  jouer l’épouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. — Ce n’est pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. — Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. — Alors maintenant, tu me menaces ? — Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne l’ai mĂȘme pas vu bouger. Il s’est installĂ© dans le siĂšge libre Ă  cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. — Qu’est-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. — Je sais que je t’ai blessĂ©e, mais rentre Ă  la maison. Je peux arranger les choses... Knox m’observe silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. — Tu n’es pas obligĂ©e d’écouter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. — Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. — Tu es avec quelqu’un ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. — Elle t’a parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă  l'autre bout du fil. — Qui est lĂ  ? demande Gale. Knox ne cille pas. — Les documents de divorce sont dĂ©jĂ  en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de m’étouffer. — Quoi ? — Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte d’un cran. — Attends... C’est le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. — Qu’est-ce que ça veut dire ? Ember, qu’est-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. — Ce qu’elle a fait, c’est rĂ©aliser qu’elle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox l’écoute quelques secondes. Puis il coupe simplement l’appel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.

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Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV D’EMBER — Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă  peine. C’est quoi cette Omega incapable de garder l’attention de sa propre Ăąme sƓur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. À l’intĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer l’étincelle entre mon mari et moi. C’était censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand l’amour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sƓur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. — DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot — bĂ©bĂ© — m’avait fait bondir le cƓur d’un espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă  nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point d’en blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč j’ai ouvert la porte d’entrĂ©e, j’ai su que quelque chose clochait horriblement. L’odeur m’a frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, s’est hĂ©rissĂ©e, m’avertissant de faire demi-tour et de partir. Mais j’ai continuĂ© d’avancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ça venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. J’ai tournĂ© au coin et j’ai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă  genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je n’avais jamais vu, pliĂ© sur l’accoudoir du canapĂ© pendant qu’un autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait d’encaisser ce que je voyais. Gale n’arrĂȘtait pas de dire Ă  quel point l’homosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes n’était mĂȘme pas le pire. — DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata d’un rire essoufflĂ©. — Est-ce qu’elle sait seulement que son mari Alpha n’a jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? — Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour s’essuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps. — Elle est trop conne pour s’en rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce qu’elle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. — Gale, s’il te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, qu’est-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© d’un rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge s’est rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi d’un coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. — Ember, c’est pas ce que tu crois— Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte d’entrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que j’avais du mal Ă  mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone s’est mis Ă  vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : C’était pas ce que tu as vu. Gale : Reviens qu’on en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă  qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis Ă  ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč j’allais jusqu’à apercevoir le panneau de l’aĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs l’atterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă  l’aĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que j’avais vu. Au comptoir, j’ai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. — Un billet en premiĂšre classe pour l’Alaska, au plus vite, ai-je dit Ă  l’employĂ©e, d’une voix Ă  peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ça a englouti presque tout l’argent auquel j’avais accĂšs sur mon compte perso, mais je m’en fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. J’ai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă  la manipulation. Gale : S’il te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi t’expliquer. Gale : Tu dramatises. C’était juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu n’auras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă  quel point tu es une ratĂ©e. J’ai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et j’ai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans l’avion on ne sait comment et j’ai trouvĂ© mon siĂšge. L’engourdissement a commencĂ© Ă  se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je n’arrivais plus Ă  respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il m’avait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que j’étais le bon choix — soumise, obĂ©issante, issue d’une bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč j’avais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre l’épouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je l’aimais. Ou je le pensais. J’étais l’Omega inutile incapable mĂȘme de garder l’intĂ©rĂȘt de son mari. L’échec qui poussait son Ăąme sƓur dans les bras d’autres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne m’avait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusqu’aux toilettes et je m’y suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. J’ai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ça faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand j’insistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de l’affection, n’importe quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ  oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages d’affaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă  quel point j’étais pathĂ©tique Ă  croire ses mensonges. Quelqu’un a frappĂ© Ă  la porte si fort qu’elle en a tremblĂ©. — OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. — J’ai dit que c’était occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte s’est quand mĂȘme ouverte. — Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. J’ai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. C’était l’homme le plus beau que j’aie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous l’embrasure, avec des Ă©paules si larges qu’il remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme s’il y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus qu’ils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. — DĂ©solĂ©e, je n’avais pas vu
 J’ai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il m’attrapa l’avant-bras doucement mais fermement, m’arrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. — Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, d’une façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je n’arrivais pas Ă  parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme s’il voyait jusqu’au fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. J’avais dĂ©jĂ  vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je n’arrivais pas Ă  le replacer Ă  travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, l’hiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. — Ça ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. — S’il te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive d’une maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. — Je crois que si, ça me regarde. J’aime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot m’a percutĂ©e. C’était quand, la derniĂšre fois que quelqu’un m’avait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelqu’un m’avait regardĂ©e comme si j’avais de la valeur au lieu d’ĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. — Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. — Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă  genoux en train d’en satisfaire un autre pendant qu’ils se marraient tous sur Ă  quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression s’est assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que j’ai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© d’une maniĂšre qui m’a fait rougir malgrĂ© tout. — Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant d’un ton, plus rauque. Le son m’a fait frissonner de la nuque jusqu’aux reins. — Quel genre de type t’aurait et choisirait quelqu’un d’autre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi s’est rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et d’estime que mon propre mari ne l’avait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne l’avait fait en des annĂ©es, si j’étais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix s’est brisĂ©e. — J’ai tellement essayĂ© d’ĂȘtre ce qu’il voulait. J’ai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă  un Ă©tranger. — Et pendant tout ce temps, il
 se moquait de moi. Sa mĂąchoire s’est contractĂ©e, un muscle battant lĂ . — Il n’y a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, c’est lui. — T’en sais rien, murmurai-je. — J’en sais assez d’oĂč je suis. Il s’est rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. — Tu trembles. — Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais c’est sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. J’ai avalĂ© avec peine. — Je ne sais pas quoi en faire. — Qu’est-ce que tu veux faire ? Qu’est-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser d’ĂȘtre l’Omega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelqu’un me regarde comme cet homme me regardait Ă  cet instant, comme si j’étais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que j’en valais la peine. J’étais si fatiguĂ©e d’ĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. D’essayer d’ĂȘtre l’épouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait s’amuser, pourquoi pas moi ? — Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse
 Je marquai une pause, en voyant ses yeux s’assombrir encore, ses pupilles se dilater. — Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui — entre un grognement et un gĂ©missement — qui m’a fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue d’Ember Les mots flottent entre nous, et je n’arrive pas Ă  croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier l’intensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cƓur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela n’a aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. — C’est vraiment ce que tu veux ? Sa voix s’abaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur m’envahit. C’est insensĂ©. Mais j’en ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, l’image de mon mari avec quelqu’un d’autre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que l’instant s’embrase, il s’éteint lorsqu’il recule d’un pas. Son expression se refroidit. — Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, j’ai d’autres affaires Ă  rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, j’attrape son bras alors qu’il s’éloigne. Puis je l’embrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne l’aurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă  mon baiser. L’intensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je m’accroche Ă  lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras m’entourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je n’en ai aucune envie. Tout ce que je veux, c’est oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui s’effondre. — Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cƓur s’emballe. Je n’arrive plus Ă  penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. — Je veux t’entendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă  tout laisser derriĂšre moi. À tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. — Jamais je n’aurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et l’observe vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. — Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? L’inconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. — Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent d’une lueur que j’ai dĂ©jĂ  vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. L’homme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de l’embrasser. La honte m’écrase instantanĂ©ment. C’est le supĂ©rieur de Gale. L’autoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes d’AmĂ©rique du Nord. Si quelqu’un apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. — Ne t’arrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. — Non... non... c’était une erreur. Je secoue la tĂȘte. — Une Ă©norme erreur. Son expression s’assombrit aussitĂŽt. L’or remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage s’évapore. — Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cƓur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă  quel point la situation m’échappe. — Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains s’agrippent au lavabo pour retrouver un semblant d’équilibre. — Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. — C’est ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. — RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, d’émotions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelqu’un me regarde comme si j’étais importante. Comme si j’avais de la valeur. Comme si j’existais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. — C’est quand la derniĂšre fois que quelqu’un t’a vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. — Je... je ne m’en souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. — Tu ne t’en souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. — Gale n’a jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd s’installe. Puis Knox me regarde comme s’il venait de comprendre quelque chose. Comme s’il dĂ©couvrait l’étendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelqu’un frappe soudainement Ă  la porte des toilettes : — Ici l’agent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cƓur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă  10 000 mĂštres Point de vue d’Ember Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de l’hĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cƓur, lui, bat Ă  tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de s’éloigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. L’hĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque qu’il n’a rien vĂ©cu d’exceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il m’aide Ă  remettre de l’ordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. — Tu devrais retourner Ă  ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme n’a absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. L’hĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux s’écarquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă  son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Qu’est-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec l’homme le plus puissant d’AmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. L’homme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres d’un simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme s’il se doutait de quelque chose. L’hĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je m’effondre dans mon siĂšge. À travers l’allĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien n’était ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. J’hĂ©site. Puis je dĂ©croche. — Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelqu’un d’autre. Bien sĂ»r. Je l’ai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. — Ne raccroche pas. Écoute-moi juste une seconde... — Je n’ai rien Ă  te dire. Mais il parle dĂ©jĂ  par-dessus moi. — Ce que tu as vu n’est pas ce que tu crois ! Je t’aime, Ember. Je te le jure. Ça ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, j’entends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. L’audace de ces deux-lĂ  est sidĂ©rante. — Tu m’appelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. — BĂ©bĂ©, s’il te plaĂźt... — Ne m’appelle pas comme ça. — Je sais que j’ai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. — Ce que tu veux, c’est que je continue Ă  jouer l’épouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. — Ce n’est pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. — Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. — Alors maintenant, tu me menaces ? — Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne l’ai mĂȘme pas vu bouger. Il s’est installĂ© dans le siĂšge libre Ă  cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. — Qu’est-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. — Je sais que je t’ai blessĂ©e, mais rentre Ă  la maison. Je peux arranger les choses... Knox m’observe silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. — Tu n’es pas obligĂ©e d’écouter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. — Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. — Tu es avec quelqu’un ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. — Elle t’a parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă  l'autre bout du fil. — Qui est lĂ  ? demande Gale. Knox ne cille pas. — Les documents de divorce sont dĂ©jĂ  en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de m’étouffer. — Quoi ? — Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte d’un cran. — Attends... C’est le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. — Qu’est-ce que ça veut dire ? Ember, qu’est-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. — Ce qu’elle a fait, c’est rĂ©aliser qu’elle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox l’écoute quelques secondes. Puis il coupe simplement l’appel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.

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Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV D’EMBER — Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă  peine. C’est quoi cette Omega incapable de garder l’attention de sa propre Ăąme sƓur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. À l’intĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer l’étincelle entre mon mari et moi. C’était censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand l’amour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sƓur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. — DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot — bĂ©bĂ© — m’avait fait bondir le cƓur d’un espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă  nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point d’en blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč j’ai ouvert la porte d’entrĂ©e, j’ai su que quelque chose clochait horriblement. L’odeur m’a frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, s’est hĂ©rissĂ©e, m’avertissant de faire demi-tour et de partir. Mais j’ai continuĂ© d’avancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ça venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. J’ai tournĂ© au coin et j’ai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă  genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je n’avais jamais vu, pliĂ© sur l’accoudoir du canapĂ© pendant qu’un autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait d’encaisser ce que je voyais. Gale n’arrĂȘtait pas de dire Ă  quel point l’homosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes n’était mĂȘme pas le pire. — DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata d’un rire essoufflĂ©. — Est-ce qu’elle sait seulement que son mari Alpha n’a jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? — Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour s’essuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps. — Elle est trop conne pour s’en rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce qu’elle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. — Gale, s’il te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, qu’est-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© d’un rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge s’est rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi d’un coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. — Ember, c’est pas ce que tu crois— Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte d’entrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que j’avais du mal Ă  mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone s’est mis Ă  vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : C’était pas ce que tu as vu. Gale : Reviens qu’on en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă  qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis Ă  ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč j’allais jusqu’à apercevoir le panneau de l’aĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs l’atterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă  l’aĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que j’avais vu. Au comptoir, j’ai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. — Un billet en premiĂšre classe pour l’Alaska, au plus vite, ai-je dit Ă  l’employĂ©e, d’une voix Ă  peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ça a englouti presque tout l’argent auquel j’avais accĂšs sur mon compte perso, mais je m’en fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. J’ai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă  la manipulation. Gale : S’il te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi t’expliquer. Gale : Tu dramatises. C’était juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu n’auras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă  quel point tu es une ratĂ©e. J’ai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et j’ai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans l’avion on ne sait comment et j’ai trouvĂ© mon siĂšge. L’engourdissement a commencĂ© Ă  se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je n’arrivais plus Ă  respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il m’avait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que j’étais le bon choix — soumise, obĂ©issante, issue d’une bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč j’avais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre l’épouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je l’aimais. Ou je le pensais. J’étais l’Omega inutile incapable mĂȘme de garder l’intĂ©rĂȘt de son mari. L’échec qui poussait son Ăąme sƓur dans les bras d’autres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne m’avait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusqu’aux toilettes et je m’y suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. J’ai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ça faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand j’insistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de l’affection, n’importe quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ  oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages d’affaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă  quel point j’étais pathĂ©tique Ă  croire ses mensonges. Quelqu’un a frappĂ© Ă  la porte si fort qu’elle en a tremblĂ©. — OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. — J’ai dit que c’était occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte s’est quand mĂȘme ouverte. — Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. J’ai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. C’était l’homme le plus beau que j’aie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous l’embrasure, avec des Ă©paules si larges qu’il remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme s’il y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus qu’ils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. — DĂ©solĂ©e, je n’avais pas vu
 J’ai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il m’attrapa l’avant-bras doucement mais fermement, m’arrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. — Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, d’une façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je n’arrivais pas Ă  parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme s’il voyait jusqu’au fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. J’avais dĂ©jĂ  vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je n’arrivais pas Ă  le replacer Ă  travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, l’hiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. — Ça ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. — S’il te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive d’une maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. — Je crois que si, ça me regarde. J’aime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot m’a percutĂ©e. C’était quand, la derniĂšre fois que quelqu’un m’avait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelqu’un m’avait regardĂ©e comme si j’avais de la valeur au lieu d’ĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. — Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. — Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă  genoux en train d’en satisfaire un autre pendant qu’ils se marraient tous sur Ă  quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression s’est assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que j’ai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© d’une maniĂšre qui m’a fait rougir malgrĂ© tout. — Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant d’un ton, plus rauque. Le son m’a fait frissonner de la nuque jusqu’aux reins. — Quel genre de type t’aurait et choisirait quelqu’un d’autre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi s’est rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et d’estime que mon propre mari ne l’avait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne l’avait fait en des annĂ©es, si j’étais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix s’est brisĂ©e. — J’ai tellement essayĂ© d’ĂȘtre ce qu’il voulait. J’ai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă  un Ă©tranger. — Et pendant tout ce temps, il
 se moquait de moi. Sa mĂąchoire s’est contractĂ©e, un muscle battant lĂ . — Il n’y a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, c’est lui. — T’en sais rien, murmurai-je. — J’en sais assez d’oĂč je suis. Il s’est rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. — Tu trembles. — Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais c’est sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. J’ai avalĂ© avec peine. — Je ne sais pas quoi en faire. — Qu’est-ce que tu veux faire ? Qu’est-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser d’ĂȘtre l’Omega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelqu’un me regarde comme cet homme me regardait Ă  cet instant, comme si j’étais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que j’en valais la peine. J’étais si fatiguĂ©e d’ĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. D’essayer d’ĂȘtre l’épouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait s’amuser, pourquoi pas moi ? — Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse
 Je marquai une pause, en voyant ses yeux s’assombrir encore, ses pupilles se dilater. — Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui — entre un grognement et un gĂ©missement — qui m’a fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue d’Ember Les mots flottent entre nous, et je n’arrive pas Ă  croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier l’intensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cƓur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela n’a aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. — C’est vraiment ce que tu veux ? Sa voix s’abaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur m’envahit. C’est insensĂ©. Mais j’en ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, l’image de mon mari avec quelqu’un d’autre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que l’instant s’embrase, il s’éteint lorsqu’il recule d’un pas. Son expression se refroidit. — Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, j’ai d’autres affaires Ă  rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, j’attrape son bras alors qu’il s’éloigne. Puis je l’embrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne l’aurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă  mon baiser. L’intensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je m’accroche Ă  lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras m’entourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je n’en ai aucune envie. Tout ce que je veux, c’est oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui s’effondre. — Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cƓur s’emballe. Je n’arrive plus Ă  penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. — Je veux t’entendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă  tout laisser derriĂšre moi. À tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. — Jamais je n’aurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et l’observe vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. — Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? L’inconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. — Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent d’une lueur que j’ai dĂ©jĂ  vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. L’homme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de l’embrasser. La honte m’écrase instantanĂ©ment. C’est le supĂ©rieur de Gale. L’autoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes d’AmĂ©rique du Nord. Si quelqu’un apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. — Ne t’arrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. — Non... non... c’était une erreur. Je secoue la tĂȘte. — Une Ă©norme erreur. Son expression s’assombrit aussitĂŽt. L’or remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage s’évapore. — Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cƓur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă  quel point la situation m’échappe. — Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains s’agrippent au lavabo pour retrouver un semblant d’équilibre. — Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. — C’est ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. — RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, d’émotions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelqu’un me regarde comme si j’étais importante. Comme si j’avais de la valeur. Comme si j’existais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. — C’est quand la derniĂšre fois que quelqu’un t’a vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. — Je... je ne m’en souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. — Tu ne t’en souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. — Gale n’a jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd s’installe. Puis Knox me regarde comme s’il venait de comprendre quelque chose. Comme s’il dĂ©couvrait l’étendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelqu’un frappe soudainement Ă  la porte des toilettes : — Ici l’agent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cƓur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă  10 000 mĂštres Point de vue d’Ember Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de l’hĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cƓur, lui, bat Ă  tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de s’éloigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. L’hĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque qu’il n’a rien vĂ©cu d’exceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il m’aide Ă  remettre de l’ordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. — Tu devrais retourner Ă  ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme n’a absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. L’hĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux s’écarquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă  son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Qu’est-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec l’homme le plus puissant d’AmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. L’homme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres d’un simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme s’il se doutait de quelque chose. L’hĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je m’effondre dans mon siĂšge. À travers l’allĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien n’était ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. J’hĂ©site. Puis je dĂ©croche. — Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelqu’un d’autre. Bien sĂ»r. Je l’ai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. — Ne raccroche pas. Écoute-moi juste une seconde... — Je n’ai rien Ă  te dire. Mais il parle dĂ©jĂ  par-dessus moi. — Ce que tu as vu n’est pas ce que tu crois ! Je t’aime, Ember. Je te le jure. Ça ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, j’entends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. L’audace de ces deux-lĂ  est sidĂ©rante. — Tu m’appelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. — BĂ©bĂ©, s’il te plaĂźt... — Ne m’appelle pas comme ça. — Je sais que j’ai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. — Ce que tu veux, c’est que je continue Ă  jouer l’épouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. — Ce n’est pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. — Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. — Alors maintenant, tu me menaces ? — Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne l’ai mĂȘme pas vu bouger. Il s’est installĂ© dans le siĂšge libre Ă  cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. — Qu’est-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. — Je sais que je t’ai blessĂ©e, mais rentre Ă  la maison. Je peux arranger les choses... Knox m’observe silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. — Tu n’es pas obligĂ©e d’écouter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. — Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. — Tu es avec quelqu’un ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. — Elle t’a parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă  l'autre bout du fil. — Qui est lĂ  ? demande Gale. Knox ne cille pas. — Les documents de divorce sont dĂ©jĂ  en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de m’étouffer. — Quoi ? — Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte d’un cran. — Attends... C’est le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. — Qu’est-ce que ça veut dire ? Ember, qu’est-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. — Ce qu’elle a fait, c’est rĂ©aliser qu’elle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox l’écoute quelques secondes. Puis il coupe simplement l’appel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.

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Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV D’EMBER — Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă  peine. C’est quoi cette Omega incapable de garder l’attention de sa propre Ăąme sƓur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. À l’intĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer l’étincelle entre mon mari et moi. C’était censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand l’amour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sƓur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. — DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot — bĂ©bĂ© — m’avait fait bondir le cƓur d’un espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă  nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point d’en blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč j’ai ouvert la porte d’entrĂ©e, j’ai su que quelque chose clochait horriblement. L’odeur m’a frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, s’est hĂ©rissĂ©e, m’avertissant de faire demi-tour et de partir. Mais j’ai continuĂ© d’avancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ça venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. J’ai tournĂ© au coin et j’ai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă  genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je n’avais jamais vu, pliĂ© sur l’accoudoir du canapĂ© pendant qu’un autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait d’encaisser ce que je voyais. Gale n’arrĂȘtait pas de dire Ă  quel point l’homosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes n’était mĂȘme pas le pire. — DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata d’un rire essoufflĂ©. — Est-ce qu’elle sait seulement que son mari Alpha n’a jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? — Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour s’essuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps. — Elle est trop conne pour s’en rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce qu’elle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. — Gale, s’il te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, qu’est-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© d’un rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge s’est rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi d’un coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. — Ember, c’est pas ce que tu crois— Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte d’entrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que j’avais du mal Ă  mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone s’est mis Ă  vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : C’était pas ce que tu as vu. Gale : Reviens qu’on en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă  qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis Ă  ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč j’allais jusqu’à apercevoir le panneau de l’aĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs l’atterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă  l’aĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que j’avais vu. Au comptoir, j’ai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. — Un billet en premiĂšre classe pour l’Alaska, au plus vite, ai-je dit Ă  l’employĂ©e, d’une voix Ă  peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ça a englouti presque tout l’argent auquel j’avais accĂšs sur mon compte perso, mais je m’en fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. J’ai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă  la manipulation. Gale : S’il te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi t’expliquer. Gale : Tu dramatises. C’était juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu n’auras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă  quel point tu es une ratĂ©e. J’ai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et j’ai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans l’avion on ne sait comment et j’ai trouvĂ© mon siĂšge. L’engourdissement a commencĂ© Ă  se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je n’arrivais plus Ă  respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il m’avait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que j’étais le bon choix — soumise, obĂ©issante, issue d’une bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč j’avais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre l’épouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je l’aimais. Ou je le pensais. J’étais l’Omega inutile incapable mĂȘme de garder l’intĂ©rĂȘt de son mari. L’échec qui poussait son Ăąme sƓur dans les bras d’autres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne m’avait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusqu’aux toilettes et je m’y suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. J’ai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ça faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand j’insistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de l’affection, n’importe quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ  oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages d’affaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă  quel point j’étais pathĂ©tique Ă  croire ses mensonges. Quelqu’un a frappĂ© Ă  la porte si fort qu’elle en a tremblĂ©. — OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. — J’ai dit que c’était occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte s’est quand mĂȘme ouverte. — Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. J’ai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. C’était l’homme le plus beau que j’aie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous l’embrasure, avec des Ă©paules si larges qu’il remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme s’il y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus qu’ils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. — DĂ©solĂ©e, je n’avais pas vu
 J’ai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il m’attrapa l’avant-bras doucement mais fermement, m’arrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. — Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, d’une façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je n’arrivais pas Ă  parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme s’il voyait jusqu’au fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. J’avais dĂ©jĂ  vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je n’arrivais pas Ă  le replacer Ă  travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, l’hiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. — Ça ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. — S’il te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive d’une maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. — Je crois que si, ça me regarde. J’aime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot m’a percutĂ©e. C’était quand, la derniĂšre fois que quelqu’un m’avait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelqu’un m’avait regardĂ©e comme si j’avais de la valeur au lieu d’ĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. — Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. — Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă  genoux en train d’en satisfaire un autre pendant qu’ils se marraient tous sur Ă  quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression s’est assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que j’ai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© d’une maniĂšre qui m’a fait rougir malgrĂ© tout. — Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant d’un ton, plus rauque. Le son m’a fait frissonner de la nuque jusqu’aux reins. — Quel genre de type t’aurait et choisirait quelqu’un d’autre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi s’est rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et d’estime que mon propre mari ne l’avait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne l’avait fait en des annĂ©es, si j’étais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix s’est brisĂ©e. — J’ai tellement essayĂ© d’ĂȘtre ce qu’il voulait. J’ai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă  un Ă©tranger. — Et pendant tout ce temps, il
 se moquait de moi. Sa mĂąchoire s’est contractĂ©e, un muscle battant lĂ . — Il n’y a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, c’est lui. — T’en sais rien, murmurai-je. — J’en sais assez d’oĂč je suis. Il s’est rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. — Tu trembles. — Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais c’est sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. J’ai avalĂ© avec peine. — Je ne sais pas quoi en faire. — Qu’est-ce que tu veux faire ? Qu’est-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser d’ĂȘtre l’Omega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelqu’un me regarde comme cet homme me regardait Ă  cet instant, comme si j’étais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que j’en valais la peine. J’étais si fatiguĂ©e d’ĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. D’essayer d’ĂȘtre l’épouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait s’amuser, pourquoi pas moi ? — Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse
 Je marquai une pause, en voyant ses yeux s’assombrir encore, ses pupilles se dilater. — Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui — entre un grognement et un gĂ©missement — qui m’a fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue d’Ember Les mots flottent entre nous, et je n’arrive pas Ă  croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier l’intensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cƓur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela n’a aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. — C’est vraiment ce que tu veux ? Sa voix s’abaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur m’envahit. C’est insensĂ©. Mais j’en ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, l’image de mon mari avec quelqu’un d’autre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que l’instant s’embrase, il s’éteint lorsqu’il recule d’un pas. Son expression se refroidit. — Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, j’ai d’autres affaires Ă  rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, j’attrape son bras alors qu’il s’éloigne. Puis je l’embrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne l’aurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă  mon baiser. L’intensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je m’accroche Ă  lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras m’entourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je n’en ai aucune envie. Tout ce que je veux, c’est oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui s’effondre. — Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cƓur s’emballe. Je n’arrive plus Ă  penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. — Je veux t’entendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă  tout laisser derriĂšre moi. À tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. — Jamais je n’aurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et l’observe vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. — Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? L’inconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. — Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent d’une lueur que j’ai dĂ©jĂ  vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. L’homme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de l’embrasser. La honte m’écrase instantanĂ©ment. C’est le supĂ©rieur de Gale. L’autoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes d’AmĂ©rique du Nord. Si quelqu’un apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. — Ne t’arrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. — Non... non... c’était une erreur. Je secoue la tĂȘte. — Une Ă©norme erreur. Son expression s’assombrit aussitĂŽt. L’or remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage s’évapore. — Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cƓur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă  quel point la situation m’échappe. — Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains s’agrippent au lavabo pour retrouver un semblant d’équilibre. — Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. — C’est ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. — RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, d’émotions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelqu’un me regarde comme si j’étais importante. Comme si j’avais de la valeur. Comme si j’existais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. — C’est quand la derniĂšre fois que quelqu’un t’a vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. — Je... je ne m’en souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. — Tu ne t’en souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. — Gale n’a jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd s’installe. Puis Knox me regarde comme s’il venait de comprendre quelque chose. Comme s’il dĂ©couvrait l’étendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelqu’un frappe soudainement Ă  la porte des toilettes : — Ici l’agent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cƓur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă  10 000 mĂštres Point de vue d’Ember Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de l’hĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cƓur, lui, bat Ă  tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de s’éloigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. L’hĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque qu’il n’a rien vĂ©cu d’exceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il m’aide Ă  remettre de l’ordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. — Tu devrais retourner Ă  ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme n’a absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. L’hĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux s’écarquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă  son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Qu’est-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec l’homme le plus puissant d’AmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. L’homme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres d’un simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme s’il se doutait de quelque chose. L’hĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je m’effondre dans mon siĂšge. À travers l’allĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien n’était ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. J’hĂ©site. Puis je dĂ©croche. — Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelqu’un d’autre. Bien sĂ»r. Je l’ai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. — Ne raccroche pas. Écoute-moi juste une seconde... — Je n’ai rien Ă  te dire. Mais il parle dĂ©jĂ  par-dessus moi. — Ce que tu as vu n’est pas ce que tu crois ! Je t’aime, Ember. Je te le jure. Ça ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, j’entends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. L’audace de ces deux-lĂ  est sidĂ©rante. — Tu m’appelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. — BĂ©bĂ©, s’il te plaĂźt... — Ne m’appelle pas comme ça. — Je sais que j’ai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. — Ce que tu veux, c’est que je continue Ă  jouer l’épouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. — Ce n’est pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. — Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. — Alors maintenant, tu me menaces ? — Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne l’ai mĂȘme pas vu bouger. Il s’est installĂ© dans le siĂšge libre Ă  cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. — Qu’est-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. — Je sais que je t’ai blessĂ©e, mais rentre Ă  la maison. Je peux arranger les choses... Knox m’observe silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. — Tu n’es pas obligĂ©e d’écouter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. — Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. — Tu es avec quelqu’un ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. — Elle t’a parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă  l'autre bout du fil. — Qui est lĂ  ? demande Gale. Knox ne cille pas. — Les documents de divorce sont dĂ©jĂ  en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de m’étouffer. — Quoi ? — Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte d’un cran. — Attends... C’est le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. — Qu’est-ce que ça veut dire ? Ember, qu’est-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. — Ce qu’elle a fait, c’est rĂ©aliser qu’elle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox l’écoute quelques secondes. Puis il coupe simplement l’appel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.

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Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV D’EMBER — Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă  peine. C’est quoi cette Omega incapable de garder l’attention de sa propre Ăąme sƓur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. À l’intĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer l’étincelle entre mon mari et moi. C’était censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand l’amour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sƓur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. — DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot — bĂ©bĂ© — m’avait fait bondir le cƓur d’un espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă  nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point d’en blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč j’ai ouvert la porte d’entrĂ©e, j’ai su que quelque chose clochait horriblement. L’odeur m’a frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, s’est hĂ©rissĂ©e, m’avertissant de faire demi-tour et de partir. Mais j’ai continuĂ© d’avancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ça venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. J’ai tournĂ© au coin et j’ai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă  genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je n’avais jamais vu, pliĂ© sur l’accoudoir du canapĂ© pendant qu’un autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait d’encaisser ce que je voyais. Gale n’arrĂȘtait pas de dire Ă  quel point l’homosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes n’était mĂȘme pas le pire. — DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata d’un rire essoufflĂ©. — Est-ce qu’elle sait seulement que son mari Alpha n’a jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? — Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour s’essuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps. — Elle est trop conne pour s’en rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce qu’elle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. — Gale, s’il te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, qu’est-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© d’un rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge s’est rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi d’un coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. — Ember, c’est pas ce que tu crois— Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte d’entrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que j’avais du mal Ă  mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone s’est mis Ă  vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : C’était pas ce que tu as vu. Gale : Reviens qu’on en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă  qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis Ă  ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč j’allais jusqu’à apercevoir le panneau de l’aĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs l’atterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă  l’aĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que j’avais vu. Au comptoir, j’ai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. — Un billet en premiĂšre classe pour l’Alaska, au plus vite, ai-je dit Ă  l’employĂ©e, d’une voix Ă  peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ça a englouti presque tout l’argent auquel j’avais accĂšs sur mon compte perso, mais je m’en fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. J’ai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă  la manipulation. Gale : S’il te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi t’expliquer. Gale : Tu dramatises. C’était juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu n’auras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă  quel point tu es une ratĂ©e. J’ai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et j’ai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans l’avion on ne sait comment et j’ai trouvĂ© mon siĂšge. L’engourdissement a commencĂ© Ă  se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je n’arrivais plus Ă  respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il m’avait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que j’étais le bon choix — soumise, obĂ©issante, issue d’une bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč j’avais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre l’épouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je l’aimais. Ou je le pensais. J’étais l’Omega inutile incapable mĂȘme de garder l’intĂ©rĂȘt de son mari. L’échec qui poussait son Ăąme sƓur dans les bras d’autres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne m’avait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusqu’aux toilettes et je m’y suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. J’ai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ça faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand j’insistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de l’affection, n’importe quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ  oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages d’affaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă  quel point j’étais pathĂ©tique Ă  croire ses mensonges. Quelqu’un a frappĂ© Ă  la porte si fort qu’elle en a tremblĂ©. — OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. — J’ai dit que c’était occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte s’est quand mĂȘme ouverte. — Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. J’ai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. C’était l’homme le plus beau que j’aie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous l’embrasure, avec des Ă©paules si larges qu’il remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme s’il y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus qu’ils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. — DĂ©solĂ©e, je n’avais pas vu
 J’ai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il m’attrapa l’avant-bras doucement mais fermement, m’arrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. — Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, d’une façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je n’arrivais pas Ă  parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme s’il voyait jusqu’au fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. J’avais dĂ©jĂ  vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je n’arrivais pas Ă  le replacer Ă  travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, l’hiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. — Ça ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. — S’il te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive d’une maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. — Je crois que si, ça me regarde. J’aime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot m’a percutĂ©e. C’était quand, la derniĂšre fois que quelqu’un m’avait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelqu’un m’avait regardĂ©e comme si j’avais de la valeur au lieu d’ĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. — Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. — Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă  genoux en train d’en satisfaire un autre pendant qu’ils se marraient tous sur Ă  quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression s’est assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que j’ai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© d’une maniĂšre qui m’a fait rougir malgrĂ© tout. — Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant d’un ton, plus rauque. Le son m’a fait frissonner de la nuque jusqu’aux reins. — Quel genre de type t’aurait et choisirait quelqu’un d’autre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi s’est rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et d’estime que mon propre mari ne l’avait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne l’avait fait en des annĂ©es, si j’étais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix s’est brisĂ©e. — J’ai tellement essayĂ© d’ĂȘtre ce qu’il voulait. J’ai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă  un Ă©tranger. — Et pendant tout ce temps, il
 se moquait de moi. Sa mĂąchoire s’est contractĂ©e, un muscle battant lĂ . — Il n’y a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, c’est lui. — T’en sais rien, murmurai-je. — J’en sais assez d’oĂč je suis. Il s’est rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. — Tu trembles. — Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais c’est sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. J’ai avalĂ© avec peine. — Je ne sais pas quoi en faire. — Qu’est-ce que tu veux faire ? Qu’est-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser d’ĂȘtre l’Omega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelqu’un me regarde comme cet homme me regardait Ă  cet instant, comme si j’étais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que j’en valais la peine. J’étais si fatiguĂ©e d’ĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. D’essayer d’ĂȘtre l’épouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait s’amuser, pourquoi pas moi ? — Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse
 Je marquai une pause, en voyant ses yeux s’assombrir encore, ses pupilles se dilater. — Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui — entre un grognement et un gĂ©missement — qui m’a fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue d’Ember Les mots flottent entre nous, et je n’arrive pas Ă  croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier l’intensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cƓur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela n’a aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. — C’est vraiment ce que tu veux ? Sa voix s’abaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur m’envahit. C’est insensĂ©. Mais j’en ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, l’image de mon mari avec quelqu’un d’autre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que l’instant s’embrase, il s’éteint lorsqu’il recule d’un pas. Son expression se refroidit. — Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, j’ai d’autres affaires Ă  rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, j’attrape son bras alors qu’il s’éloigne. Puis je l’embrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne l’aurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă  mon baiser. L’intensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je m’accroche Ă  lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras m’entourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je n’en ai aucune envie. Tout ce que je veux, c’est oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui s’effondre. — Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cƓur s’emballe. Je n’arrive plus Ă  penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. — Je veux t’entendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă  tout laisser derriĂšre moi. À tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. — Jamais je n’aurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et l’observe vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. — Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? L’inconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. — Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent d’une lueur que j’ai dĂ©jĂ  vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. L’homme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de l’embrasser. La honte m’écrase instantanĂ©ment. C’est le supĂ©rieur de Gale. L’autoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes d’AmĂ©rique du Nord. Si quelqu’un apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. — Ne t’arrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. — Non... non... c’était une erreur. Je secoue la tĂȘte. — Une Ă©norme erreur. Son expression s’assombrit aussitĂŽt. L’or remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage s’évapore. — Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cƓur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă  quel point la situation m’échappe. — Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains s’agrippent au lavabo pour retrouver un semblant d’équilibre. — Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. — C’est ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. — RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, d’émotions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelqu’un me regarde comme si j’étais importante. Comme si j’avais de la valeur. Comme si j’existais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. — C’est quand la derniĂšre fois que quelqu’un t’a vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. — Je... je ne m’en souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. — Tu ne t’en souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. — Gale n’a jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd s’installe. Puis Knox me regarde comme s’il venait de comprendre quelque chose. Comme s’il dĂ©couvrait l’étendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelqu’un frappe soudainement Ă  la porte des toilettes : — Ici l’agent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cƓur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă  10 000 mĂštres Point de vue d’Ember Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de l’hĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cƓur, lui, bat Ă  tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de s’éloigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. L’hĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque qu’il n’a rien vĂ©cu d’exceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il m’aide Ă  remettre de l’ordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. — Tu devrais retourner Ă  ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme n’a absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. L’hĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux s’écarquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă  son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Qu’est-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec l’homme le plus puissant d’AmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. L’homme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres d’un simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme s’il se doutait de quelque chose. L’hĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je m’effondre dans mon siĂšge. À travers l’allĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien n’était ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. J’hĂ©site. Puis je dĂ©croche. — Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelqu’un d’autre. Bien sĂ»r. Je l’ai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. — Ne raccroche pas. Écoute-moi juste une seconde... — Je n’ai rien Ă  te dire. Mais il parle dĂ©jĂ  par-dessus moi. — Ce que tu as vu n’est pas ce que tu crois ! Je t’aime, Ember. Je te le jure. Ça ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, j’entends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. L’audace de ces deux-lĂ  est sidĂ©rante. — Tu m’appelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. — BĂ©bĂ©, s’il te plaĂźt... — Ne m’appelle pas comme ça. — Je sais que j’ai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. — Ce que tu veux, c’est que je continue Ă  jouer l’épouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. — Ce n’est pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. — Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. — Alors maintenant, tu me menaces ? — Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne l’ai mĂȘme pas vu bouger. Il s’est installĂ© dans le siĂšge libre Ă  cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. — Qu’est-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. — Je sais que je t’ai blessĂ©e, mais rentre Ă  la maison. Je peux arranger les choses... Knox m’observe silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. — Tu n’es pas obligĂ©e d’écouter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. — Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. — Tu es avec quelqu’un ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. — Elle t’a parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă  l'autre bout du fil. — Qui est lĂ  ? demande Gale. Knox ne cille pas. — Les documents de divorce sont dĂ©jĂ  en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de m’étouffer. — Quoi ? — Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte d’un cran. — Attends... C’est le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. — Qu’est-ce que ça veut dire ? Ember, qu’est-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. — Ce qu’elle a fait, c’est rĂ©aliser qu’elle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox l’écoute quelques secondes. Puis il coupe simplement l’appel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.

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Chapitre 1 Mon mari est gay ? PDV D’EMBER — Pauvre Ember. Huit ans, et son mari la regarde Ă  peine. C’est quoi cette Omega incapable de garder l’attention de sa propre Ăąme sƓur ? Les chuchotements cruels de la meute me vrillaient la tĂȘte pendant que je serrais des sacs de shopping hors de prix, les mains tremblantes. À l’intĂ©rieur, il y avait un ensemble de lingerie rouge, la moitiĂ© de mes Ă©conomies parties dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique de rallumer l’étincelle entre mon mari et moi. C’était censĂ© ĂȘtre une pĂ©riode de miracles. Quand l’amour triomphe et que les choses brisĂ©es se recollent. Mon Ăąme sƓur, Gale, avait mĂȘme insistĂ© pour que je passe la journĂ©e au spa. — DĂ©tends-toi, bĂ©bĂ©. Fais-toi les ongles. Je te veux parfaite pour le gala de demain. Ce seul mot — bĂ©bĂ© — m’avait fait bondir le cƓur d’un espoir. Peut-ĂȘtre que les choses allaient enfin changer. Peut-ĂȘtre que ce soir, il me voudrait Ă  nouveau. Je me suis garĂ©e dans notre allĂ©e, les doigts crispĂ©s sur le volant au point d’en blanchir les jointures. Ce soir devait marcher. Il le fallait. Mais au moment oĂč j’ai ouvert la porte d’entrĂ©e, j’ai su que quelque chose clochait horriblement. L’odeur m’a frappĂ©e aussitĂŽt. Brute, musquĂ©e, indĂ©niablement sexuelle. Ma louve, Sapphire, s’est hĂ©rissĂ©e, m’avertissant de faire demi-tour et de partir. Mais j’ai continuĂ© d’avancer comme une idiote, suivant les gĂ©missements sourds, les rires essoufflĂ©s, le rythme sans Ă©quivoque de corps qui se mouvaient ensemble. Ça venait du salon. GĂ©missements. Rires. De la chair qui claquait contre la chair. J’ai tournĂ© au coin et j’ai cessĂ© de respirer. Gale Ă©tait Ă  genoux, le visage enfoui entre les jambes de Logan Reeves. Logan, son soi-disant associĂ©, qui venait deux fois par semaine pour des sĂ©ances de stratĂ©gie nocturnes. Il y avait aussi un homme plus jeune que je n’avais jamais vu, pliĂ© sur l’accoudoir du canapĂ© pendant qu’un autre inconnu le baisait par derriĂšre. Une vraie partouze. Que des hommes. Tous nus, en sueur, en train de rire. Mon cerveau refusait d’encaisser ce que je voyais. Gale n’arrĂȘtait pas de dire Ă  quel point l’homosexualitĂ© Ă©tait dĂ©goĂ»tante, contre nature, et comme les traditions de la meute interdisaient ce genre de comportement. Il avait humiliĂ© des gens pour ça en public. Et maintenant, il faisait ça. Mais le choc de le voir avec des hommes n’était mĂȘme pas le pire. — DĂ©esse, Gale, gĂ©mit Logan, les doigts emmĂȘlĂ©s dans les cheveux de mon mari. Tu es incroyable. Pas Ă©tonnant que tu gardes cette Omega frigide juste pour sauver les apparences. Le plus jeune Ă©clata d’un rire essoufflĂ©. — Est-ce qu’elle sait seulement que son mari Alpha n’a jamais Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par les femmes ? — Bien sĂ»r que non, dit Gale en se reculant pour s’essuyer la bouche. Sa voix Ă©tait dĂ©contractĂ©e, amusĂ©e, comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps. — Elle est trop conne pour s’en rendre compte. Trop dĂ©sespĂ©rĂ©e et pathĂ©tique pour voir ce qu’elle a juste sous le nez. Puis il a fait quelque chose qui a pulvĂ©risĂ© mon monde. Il a imitĂ© ma voix, aiguĂ« et geignarde. — Gale, s’il te plaĂźt, touche-moi. Gale, tu ne me veux pas ? Gale, qu’est-ce que je fais de travers ? Ils ont tous Ă©clatĂ© d’un rire cruel qui a rĂ©sonnĂ© contre les murs. Mes mains se sont engourdies. Les sacs ont glissĂ© de mes doigts et ont heurtĂ© le marbre dans un fracas sourd. De la lingerie rouge s’est rĂ©pandue sur le carrelage blanc. Quatre tĂȘtes se sont tournĂ©es vers moi d’un coup. Le visage de Gale est devenu livide, puis Ă©carlate. — Ember, c’est pas ce que tu crois— Je courais dĂ©jĂ . Dans le couloir, par la porte d’entrĂ©e, jusque dans ma voiture. Mes mains tremblaient si fort que j’avais du mal Ă  mettre la clĂ© dans le contact. Mon tĂ©lĂ©phone s’est mis Ă  vibrer aussitĂŽt. Des textos arrivaient en rafale. Gale : C’était pas ce que tu as vu. Gale : Reviens qu’on en parle. Gale : Tu fais du drame. Puis les menaces ont commencĂ©. Gale : Si tu racontes Ă  qui que ce soit ce que tu as vu, je te dĂ©truirai. Le traitĂ© exige notre mariage. Tu me ruines, tu ruines les deux meutes. RĂ©flĂ©chis Ă  ça, Ember. Les larmes me brouillaient la vue pendant que je conduisais. Je ne savais pas oĂč j’allais jusqu’à apercevoir le panneau de l’aĂ©roport et tourner machinalement. Il fallait que je parte. Que je rentre en Alaska, chez mes parents. Je demanderais le divorce dĂšs l’atterrissage. Je ne pouvais pas rester mariĂ©e avec lui. Je ne pouvais pas. Je suis arrivĂ©e Ă  l’aĂ©roport sous le choc, mon corps en pilote automatique pendant que mon cerveau essayait de digĂ©rer ce que j’avais vu. Au comptoir, j’ai sorti ma carte de crĂ©dit avec des mains tremblantes. — Un billet en premiĂšre classe pour l’Alaska, au plus vite, ai-je dit Ă  l’employĂ©e, d’une voix Ă  peine audible. Elle a traitĂ© le paiement rapidement. Ça a englouti presque tout l’argent auquel j’avais accĂšs sur mon compte perso, mais je m’en fichais. Il me fallait juste rentrer. Mon tĂ©lĂ©phone vibrait sans cesse. J’ai baissĂ© les yeux et vu les messages dĂ©filer. Les textos de Gale Ă©taient passĂ©s des excuses aux menaces puis Ă  la manipulation. Gale : S’il te plaĂźt, bĂ©bĂ©, laisse-moi t’expliquer. Gale : Tu dramatises. C’était juste pour Ă©vacuer le stress. Gale : Si tu me quittes, tu n’auras plus rien. RIEN. Gale : Tes parents te renieront pour avoir brisĂ© le traitĂ©. Gale : Rentre tout de suite ou je ferai en sorte que toutes les meutes sachent Ă  quel point tu es une ratĂ©e. J’ai bloquĂ© son numĂ©ro avec des doigts tremblants et j’ai enfoui le tĂ©lĂ©phone au fond de mon sac. Je suis montĂ©e dans l’avion on ne sait comment et j’ai trouvĂ© mon siĂšge. L’engourdissement a commencĂ© Ă  se dissiper, remplacĂ© par une douleur si violente que je n’arrivais plus Ă  respirer. Je lui avais donnĂ© huit ans. Deux ans de relation oĂč il m’avait courtisĂ©e pour convaincre son pĂšre que j’étais le bon choix — soumise, obĂ©issante, issue d’une bonne famille. Le mariage arrangĂ© parfait. Six ans de mariage oĂč j’avais tout essayĂ© pour lui plaire, pour ĂȘtre l’épouse Omega parfaite, pour lui donner envie de moi. Et tout Ă©tait un mensonge. Bien. Peut-ĂȘtre que maintenant tu arrĂȘteras de dĂ©fendre le salaud qui te frappe, grogna Sapphire avec venin. Ma louve le dĂ©testait depuis le dĂ©but. Mais moi, je l’aimais. Ou je le pensais. J’étais l’Omega inutile incapable mĂȘme de garder l’intĂ©rĂȘt de son mari. L’échec qui poussait son Ăąme sƓur dans les bras d’autres hommes. Non, mĂȘme pas. Il ne m’avait jamais voulue. Je me suis traĂźnĂ©e jusqu’aux toilettes et je m’y suis enfermĂ©e. Les sanglots sont sortis de tout au fond de ma poitrine, laids, bruts, incontrĂŽlables. J’ai plaquĂ© les mains sur ma bouche pour rester silencieuse, mais le chagrin Ă©tait trop grand. Ça faisait des mois que je remettais tout en question chez moi. Trop, ou pas assez ? Et quand j’insistais trop pour obtenir des rĂ©ponses, de l’affection, n’importe quoi, ses mains se transformaient en poings. Les bleus, toujours cachĂ©s lĂ  oĂč personne ne pouvait les voir. Tous ces voyages d’affaires. Toutes ces nuits tard au bureau. Toutes ces fois oĂč il disait ĂȘtre trop fatiguĂ© ou trop stressĂ©. Il Ă©tait avec eux. Avec ces hommes. En train de rire de Ă  quel point j’étais pathĂ©tique Ă  croire ses mensonges. Quelqu’un a frappĂ© Ă  la porte si fort qu’elle en a tremblĂ©. — OccupĂ© ! ai-je suffoquĂ©. Les coups ont continuĂ©, plus forts, plus insistants. — J’ai dit que c’était occupĂ© ! Allez-vous-en ! La porte s’est quand mĂȘme ouverte. — Tu sais que ce sont les toilettes des hommes, hein ? La voix Ă©tait grave et rĂąpeuse, elle vibrait dans le minuscule espace et a tranchĂ© net dans ma spirale de dĂ©tresse. J’ai levĂ© les yeux, la vue brouillĂ©e de larmes, et je me suis figĂ©e. C’était l’homme le plus beau que j’aie jamais vu. Assez grand pour devoir se baisser sous l’embrasure, avec des Ă©paules si larges qu’il remplissait tout le cadre. Des cheveux sombres en dĂ©sordre comme s’il y avait passĂ© les mains, une mĂąchoire acĂ©rĂ©e, et des yeux si bleus qu’ils semblaient presque irrĂ©els. Il y avait chez lui quelque chose de dangereux, de prĂ©dateur, qui fit se redresser ma louve malgrĂ© mon Ă©tat brisĂ©. — DĂ©solĂ©e, je n’avais pas vu
 J’ai essayĂ© de me faufiler, mais les toilettes Ă©taient trop petites et lui trop grand, et soudain nous Ă©tions assez proches pour que je sente la chaleur qui Ă©manait de son corps. Il m’attrapa l’avant-bras doucement mais fermement, m’arrĂȘtant net. Ce contact envoya une dĂ©charge Ă©lectrique le long de ma peau qui me fit haleter. — Pourquoi tu pleures ? Sa voix Ă©tait devenue froide et impĂ©rieuse, d’une façon qui fit se nouer quelque chose trĂšs bas dans mon ventre. Je n’arrivais pas Ă  parler. Ses yeux bleus plantĂ©s dans les miens comme s’il voyait jusqu’au fond de mon Ăąme, et il y avait dans ce regard une chaleur qui me coupa le souffle. Je connaissais cet homme de quelque part. J’avais dĂ©jĂ  vu son visage, peut-ĂȘtre dans des bulletins de meute ou des rapports de territoire, mais je n’arrivais pas Ă  le replacer Ă  travers le brouillard du chagrin. Son odeur me droguait : du pin, l’hiver, et quelque chose de sauvage qui me faisait tourner la tĂȘte. — Ça ne te regarde pas, chuchotai-je en essayant de dĂ©gager mon bras. — S’il te plaĂźt, laisse-moi partir. Sa prise se resserra un peu, possessive d’une maniĂšre qui aurait dĂ» me faire peur, mais non. — Je crois que si, ça me regarde. J’aime pas voir une belle femme pleurer. Belle. Le mot m’a percutĂ©e. C’était quand, la derniĂšre fois que quelqu’un m’avait appelĂ©e belle ? La derniĂšre fois que quelqu’un m’avait regardĂ©e comme si j’avais de la valeur au lieu d’ĂȘtre un poids dĂ©cevant ? De nouvelles larmes ont coulĂ© sur mes joues avant que je puisse les retenir. — Tu veux savoir pourquoi je pleure ? TrĂšs bien ! Les mots sont sortis acides, tranchants. — Je viens de surprendre mon mari en pleine partouze avec ses associĂ©s. Dans notre salon. Sur notre canapĂ©. Il Ă©tait Ă  genoux en train d’en satisfaire un autre pendant qu’ils se marraient tous sur Ă  quel point je suis dĂ©sespĂ©rĂ©e. Son expression s’est assombrie aussitĂŽt. Quelque chose de fĂ©roce et de violent a traversĂ© ses yeux bleu glace, apparu et disparu si vite que j’ai failli le rater. Puis son regard est devenu brĂ»lant, chauffĂ© d’une maniĂšre qui m’a fait rougir malgrĂ© tout. — Ton mari est un idiot, dit-il, sa voix descendant d’un ton, plus rauque. Le son m’a fait frissonner de la nuque jusqu’aux reins. — Quel genre de type t’aurait et choisirait quelqu’un d’autre ? Ses mots Ă©taient si inattendus, si sincĂšres, que quelque chose en moi s’est rĂ©chauffĂ©. Cet inconnu me regardait avec plus de dĂ©sir et d’estime que mon propre mari ne l’avait fait en des mois de mariage. Plus que Gale ne l’avait fait en des annĂ©es, si j’étais honnĂȘte avec moi-mĂȘme. Ma voix s’est brisĂ©e. — J’ai tellement essayĂ© d’ĂȘtre ce qu’il voulait. J’ai dĂ©tournĂ© les yeux, incapable de soutenir son regard en avouant ça Ă  un Ă©tranger. — Et pendant tout ce temps, il
 se moquait de moi. Sa mĂąchoire s’est contractĂ©e, un muscle battant lĂ . — Il n’y a rien qui cloche chez toi. Le problĂšme, c’est lui. — T’en sais rien, murmurai-je. — J’en sais assez d’oĂč je suis. Il s’est rapprochĂ©, me repoussant contre le petit lavabo. Sa main est montĂ©e pour me prendre le visage, son pouce essuyant mes larmes avec une douceur surprenante. — Tu trembles. — Je suis en colĂšre, chuchotai-je, mais c’est sorti dans un souffle parce que son toucher me faisait des choses que je ne comprenais pas. J’ai avalĂ© avec peine. — Je ne sais pas quoi en faire. — Qu’est-ce que tu veux faire ? Qu’est-ce que je voulais ? Je voulais arrĂȘter de me sentir comme une moins que rien . Je voulais cesser d’ĂȘtre l’Omega pathĂ©tique que tout le monde plaint. Je voulais me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre jetĂ©e. Je voulais que quelqu’un me regarde comme cet homme me regardait Ă  cet instant, comme si j’étais prĂ©cieuse, dĂ©sirable, et que j’en valais la peine. J’étais si fatiguĂ©e d’ĂȘtre sage. De suivre toutes les rĂšgles pendant que les autres les brisaient. D’essayer d’ĂȘtre l’épouse parfaite pendant que mon mari me ridiculisait. Si Gale pouvait s’amuser, pourquoi pas moi ? — Si tu veux vraiment jouer les gentlemen maintenant et sauver la demoiselle en dĂ©tresse
 Je marquai une pause, en voyant ses yeux s’assombrir encore, ses pupilles se dilater. — Alors tu devrais me pencher ici mĂȘme et me prendre contre ce mur. Ses pupilles sont devenues complĂštement noires. Un son grave et rugueux s'est Ă©chappĂ© de lui — entre un grognement et un gĂ©missement — qui m’a fait serrer les cuisses. Oui, je viens de lui demander de me prendre. Chapitre 2 Le grand mĂ©chant Lycan Point de vue d’Ember Les mots flottent entre nous, et je n’arrive pas Ă  croire que je viens de dire ça. Mais je ne peux pas nier l’intensitĂ© de ce que je ressens pour cet homme, mĂȘme au cƓur de ma dĂ©tresse. Sapphire devient complĂštement folle en moi. Elle veut sa proximitĂ©, son attention, la chaleur de sa prĂ©sence. Et cela n’a aucun sens. Nous ne le connaissons mĂȘme pas. Il arque un sourcil, une lueur sombre et amusĂ©e traversant son visage saisissant. — C’est vraiment ce que tu veux ? Sa voix s’abaisse, plus grave, chaque mot faisant naĂźtre un frisson le long de ma peau. Je hoche la tĂȘte. Une vague de chaleur m’envahit. C’est insensĂ©. Mais j’en ai besoin. De lui. Je veux me sentir dĂ©sirĂ©e au lieu d’ĂȘtre rejetĂ©e. Je veux oublier la voix moqueuse de Gale, le rire cruel de Logan, l’image de mon mari avec quelqu’un d’autre. Si Gale peut tourner la page aussi facilement, alors pourquoi pas moi ? Mais aussi vite que l’instant s’embrase, il s’éteint lorsqu’il recule d’un pas. Son expression se refroidit. — Aussi tentant que cela puisse ĂȘtre, j’ai d’autres affaires Ă  rĂ©gler. Quoi ? Il me repousse ? Une douleur cuisante me traverse la poitrine. Bien sĂ»r. MĂȘme un inconnu ne veut pas de moi. Les paroles de Gale reviennent aussitĂŽt me hanter. Non. Non. Avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir, j’attrape son bras alors qu’il s’éloigne. Puis je l’embrasse. Ses lĂšvres sont douces, bien plus que je ne l’aurais imaginĂ©. Pendant une seconde, il reste immobile. La panique me transperce. Puis quelque chose change. Il rĂ©pond Ă  mon baiser. L’intensitĂ© de sa rĂ©action me coupe le souffle. Le monde autour de nous disparaĂźt. Je m’accroche Ă  lui comme si ce moment pouvait effacer toute la douleur que je porte depuis des mois. Ses bras m’entourent. Sa prĂ©sence est Ă©crasante. Protectrice. Dangereuse. Je devrais reculer. Je devrais arrĂȘter. Mais je n’en ai aucune envie. Tout ce que je veux, c’est oublier. Oublier Gale. Oublier mon humiliation. Oublier ce mariage qui s’effondre. — Quels jolis sons, murmure-t-il contre ma peau. Mon cƓur s’emballe. Je n’arrive plus Ă  penser clairement. Chaque seconde me rapproche davantage du bord du prĂ©cipice. — Je veux t’entendre le dire. Sa voix est calme. ContrĂŽlĂ©e. Et pourtant elle me bouleverse complĂštement. Je ferme les yeux. Je suis prĂȘte Ă  tout laisser derriĂšre moi. À tout oublier. Puis il se penche vers mon oreille. — Jamais je n’aurais cru te voir aussi tĂ©mĂ©raire, Ember. Je me fige. Attends. Mon prĂ©nom ? Comment connaĂźt-il mon prĂ©nom ? Le brouillard dans mon esprit se dissipe brutalement. Je recule lĂ©gĂšrement et l’observe vraiment pour la premiĂšre fois. Cette silhouette. Cette voix. Ce regard. Tout me paraĂźt soudain familier. — Comment... comment tu connais mon prĂ©nom ? L’inconnu esquisse un sourire. Un sourire qui me glace aussitĂŽt. — Ne me dis pas que tu ne reconnais pas ton roi Lycan, ma douce Ember. Ses yeux bleus brillent d’une lueur que j’ai dĂ©jĂ  vue. Et la vĂ©ritĂ© me frappe de plein fouet. Non. Oh, DĂ©esse. Non. Knox Volkov. Le roi Lycan. L’homme le plus puissant et le plus redoutĂ© du monde surnaturel. Je viens de l’embrasser. La honte m’écrase instantanĂ©ment. C’est le supĂ©rieur de Gale. L’autoritĂ© suprĂȘme de toutes les meutes d’AmĂ©rique du Nord. Si quelqu’un apprenait ce qui vient de se passer, ma rĂ©putation serait dĂ©truite. Je tente de prendre mes distances. Mais Knox ne recule pas. Au contraire. — Ne t’arrĂȘte pas maintenant, dit-il avec un sourire dangereux. — Non... non... c’était une erreur. Je secoue la tĂȘte. — Une Ă©norme erreur. Son expression s’assombrit aussitĂŽt. L’or remplace momentanĂ©ment le bleu de ses yeux. Son loup affleure. Mon courage s’évapore. — Il est trop tard pour ça, grogne Knox. Mon cƓur cogne dans ma poitrine. Je rĂ©alise alors Ă  quel point la situation m’échappe. — Attends... Mais il ne me laisse pas terminer. Il me fait pivoter face au miroir. Mes mains s’agrippent au lavabo pour retrouver un semblant d’équilibre. — Regarde-toi. Sa voix est basse. ImpĂ©rieuse. Mes yeux croisent mon reflet. Mes joues sont rouges. Mes cheveux en bataille. Mon regard troublĂ©. Je ne reconnais presque plus la femme qui me fixe dans le miroir. — C’est ta derniĂšre chance de partir. Ses mains se referment sur mes hanches. — RĂ©flĂ©chis bien. Je devrais dire non. Je devrais partir. Penser aux consĂ©quences. Mais je suis incapable de bouger. Knox laisse Ă©chapper un grondement satisfait. La tension entre nous devient presque insupportable. Puis les minutes suivantes se dissolvent dans un tourbillon de sensations, d’émotions contradictoires et de dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, quelqu’un me regarde comme si j’étais importante. Comme si j’avais de la valeur. Comme si j’existais encore. Puis sa voix rĂ©sonne prĂšs de mon oreille. — C’est quand la derniĂšre fois que quelqu’un t’a vraiment rendue heureuse ? Je reste silencieuse. Parce que je ne connais mĂȘme plus la rĂ©ponse. — Je... je ne m’en souviens pas. Quelque chose change dans son regard. La colĂšre. Une colĂšre froide. ContrĂŽlĂ©e. — Tu ne t’en souviens pas ? Je secoue lĂ©gĂšrement la tĂȘte. — Gale n’a jamais vraiment essayĂ©. Un silence lourd s’installe. Puis Knox me regarde comme s’il venait de comprendre quelque chose. Comme s’il dĂ©couvrait l’étendue des blessures invisibles que je porte depuis des annĂ©es. Mon souffle devient irrĂ©gulier. Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi ressentir. Je sais seulement que rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu. Et lorsque quelqu’un frappe soudainement Ă  la porte des toilettes : — Ici l’agent de bord ! Vous devez quitter les toilettes immĂ©diatement ! Mon cƓur manque un battement. Merde. Chapitre 3 Orgasme Ă  10 000 mĂštres Point de vue d’Ember Le roi Knox ne semble pas perturbĂ© par les coups rĂ©pĂ©tĂ©s de l’hĂŽtesse contre la porte des toilettes. Mon cƓur, lui, bat Ă  tout rompre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Tout paraĂźt irrĂ©el. Lorsque Knox rĂ©duit la distance entre nous, son regard dorĂ© reste fixĂ© sur moi avec une intensitĂ© troublante. Puis il dĂ©pose un bref baiser sur mes lĂšvres avant de s’éloigner lĂ©gĂšrement. Pendant quelques secondes, nous restons immobiles, tentant de retrouver notre souffle. L’hĂŽtesse frappe de nouveau, plus insistante cette fois. Knox se redresse calmement, rajuste sa tenue et retrouve immĂ©diatement son assurance habituelle. On dirait presque qu’il n’a rien vĂ©cu d’exceptionnel. Moi, en revanche, je me sens complĂštement dĂ©boussolĂ©e. Il m’aide Ă  remettre de l’ordre dans ma tenue avec une douceur inattendue. — Tu devrais retourner Ă  ta place, dit-il simplement. Mon visage brĂ»le. Cet homme n’a absolument aucune gĂȘne. Knox ouvre la porte. L’hĂŽtesse dĂ©couvre aussitĂŽt qui il est. Ses yeux s’écarquillent. Tout le monde connaĂźt le visage du Roi Lycan. Sans la moindre Ă©motion apparente, Knox lui remet quelques billets en guise de dĂ©dommagement pour le dĂ©rangement. Puis il retourne tranquillement Ă  son siĂšge sans mĂȘme se retourner. Je reste figĂ©e quelques secondes. Qu’est-ce que je viens de faire ? Je viens de passer un moment avec l’homme le plus puissant d’AmĂ©rique du Nord. Le Roi Lycan. Le supĂ©rieur de Gale. L’homme capable de faire basculer le destin de meutes entiĂšres d’un simple ordre. Je rejoins finalement ma place sur des jambes tremblantes. Le passager du rang 3B affiche un sourire Ă©trange, comme s’il se doutait de quelque chose. L’hĂŽtesse Ă©vite soigneusement mon regard. Je m’effondre dans mon siĂšge. À travers l’allĂ©e, Knox consulte son tĂ©lĂ©phone avec un calme dĂ©concertant. Comment peut-il agir comme si de rien n’était ? Moi, je suis en train de remettre toute ma vie en question. Mon tĂ©lĂ©phone vibre. Un numĂ©ro inconnu. J’hĂ©site. Puis je dĂ©croche. — Ember ! Merci, DĂ©esse, tu as rĂ©pondu ! La voix de Gale me raidit immĂ©diatement. Il appelle depuis le tĂ©lĂ©phone de quelqu’un d’autre. Bien sĂ»r. Je l’ai bloquĂ©, alors il a trouvĂ© un autre moyen. — Ne raccroche pas. Écoute-moi juste une seconde... — Je n’ai rien Ă  te dire. Mais il parle dĂ©jĂ  par-dessus moi. — Ce que tu as vu n’est pas ce que tu crois ! Je t’aime, Ember. Je te le jure. Ça ne signifiait rien... Je ferme les yeux. Toujours les mĂȘmes excuses. Toujours les mĂȘmes mensonges. En arriĂšre-plan, j’entends mĂȘme Logan lui souffler quoi dire. L’audace de ces deux-lĂ  est sidĂ©rante. — Tu m’appelles avec le tĂ©lĂ©phone de Logan ? demandĂ©-je froidement. Un silence. Puis Gale reprend. — BĂ©bĂ©, s’il te plaĂźt... — Ne m’appelle pas comme ça. — Je sais que j’ai fait des erreurs, mais je veux sauver notre mariage. Je laisse Ă©chapper un rire amer. — Ce que tu veux, c’est que je continue Ă  jouer l’épouse parfaite pendant que tu fais ce que tu veux derriĂšre mon dos. — Ce n’est pas vrai ! Puis sa voix change. Elle devient plus froide. Plus calculatrice. — Notre mariage est un traitĂ© entre meutes. Si tu pars, tu risques de provoquer un conflit. Pense aux consĂ©quences. Je serre les dents. — Alors maintenant, tu me menaces ? — Je suis simplement rĂ©aliste. Avant que je puisse rĂ©pondre, une grande main se referme sur mon poignet. Je sursaute. Knox. Quand est-il arrivĂ© ? Je ne l’ai mĂȘme pas vu bouger. Il s’est installĂ© dans le siĂšge libre Ă  cĂŽtĂ© de moi. Ses yeux bleus croisent les miens. Sans un mot, il prend mon tĂ©lĂ©phone. — Qu’est-ce que tu fais ? Il active le haut-parleur. La voix de Gale envahit immĂ©diatement la cabine. — Je sais que je t’ai blessĂ©e, mais rentre Ă  la maison. Je peux arranger les choses... Knox m’observe silencieusement. Puis il se penche lĂ©gĂšrement vers moi. — Tu n’es pas obligĂ©e d’écouter ça. Son ton est calme. Protecteur. Pour une raison que je ne comprends pas, cette simple phrase me touche davantage que toutes les promesses de Gale. — Ember ? insiste Gale. RĂ©ponds-moi ! Je reste silencieuse. — Tu es avec quelqu’un ? Mon regard rencontre celui de Knox. Une lueur amusĂ©e traverse briĂšvement ses yeux. Puis il prend la parole. — Elle t’a parfaitement entendu, Gale. Le silence tombe immĂ©diatement Ă  l'autre bout du fil. — Qui est lĂ  ? demande Gale. Knox ne cille pas. — Les documents de divorce sont dĂ©jĂ  en prĂ©paration par mon Ă©quipe juridique. Je manque de m’étouffer. — Quoi ? — Ils sont complets. TrĂšs complets. La voix de Gale monte d’un cran. — Attends... C’est le roi Knox Volkov ? Son incrĂ©dulitĂ© est presque comique. — Qu’est-ce que ça veut dire ? Ember, qu’est-ce que tu as fait ? Knox garde son calme. — Ce qu’elle a fait, c’est rĂ©aliser qu’elle mĂ©rite mieux. Le silence qui suit est glacial. Puis Gale explose. Menaces. Insultes. Accusations. Knox l’écoute quelques secondes. Puis il coupe simplement l’appel. Le tĂ©lĂ©phone retombe sur mes genoux. Le calme revient.

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